Mohamed Saïd Hamody, président du Comité permanent du Manifeste des Harratines : ‘’Le Manifeste jouit, désormais, du soutien de toutes les communautés nationales sans distinction’’

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Le Calame – Le Calame : Le CPM a commémoré son second anniversaire par un grand meeting, ce 29 Avril. Quelle évaluation vous faites de cet évènement ?

Mohamed Saïd Hamody : D’abord, c’est un succès que la marche de cette année. Elle a dépassé celle de l’an dernier, par le nombre et la diversité, en genre et en composantes socio-culturelles. C’était, Macha Allah, une symbolique carte humaine de notre Mauritanie. Même les tentatives, à la fin des mots de remerciements, lors du rassemblement de clôture, par un groupe de fascistes qui ont agressé, verbalement, quelques personnalités, apparemment ciblées, et vociféré des slogans inappropriés, n’ont pu en perturber la dignité…

– Qu’est-ce qui explique, à votre avis, ce grand élan de soutien et de solidarité, de la classe politique de l’opposition, de la société civile, et le succès, donc, de cette marche ?

– A mon avis, il y a, d’abord, une importante réalité : Ce Manifeste jouit, désormais, du soutien de toutes les communautés nationales, sans distinction d’ethnie, genre, région, classe sociale etc. Il est, à ce titre, représentatif de la Mauritanie dans sa diversité. C’est vrai des adhésions et c’est vrai de la composition « arc-en-ciel » de ses instances.

– Ne regrettez-vous l’absence, à cette marche, des représentants du pouvoir ? Pensez-vous qu’il soit disposé à solder définitivement ce lourd passif ?

– Pour sûr, nous aurions souhaité que la présence des représentants des groupements politiques soutenant le pouvoir soit plus importante, au sein de nos instances ; et, surtout, plus visible en la Marche. N’oubliez pas, cependant, que des membres des partis dits de la majorité existent au sein de nos instances dirigeantes…

Quant à nos spéculations sur les intentions du pouvoir politique, ne nous demandez pas de jouer au devin ! Nous constatons, cependant, et apprécions, l’avancée que constitue le présent « projet de loi abrogeant et remplaçant la loi N° 2007-048 du 3 Septembre 2007 portant incrimination de l’esclavage et réprimant les pratiques esclavagistes »

– Quel bilan pouvez-vous dresser depuis le lancement du Manifeste ?

– D’abord l’appropriation du « Manifeste » par des cadres issus, comme souligné tantôt, de toutes les communautés socio-culturelles et de toutes leurs classes… Ensuite, la prise en conscience, par les gens de condition servile ou souffrant de ses séquelles, au sein de l’ensemble arabophone mauritanien, de la nécessité de prendre en main, fermement mais pacifiquement, les armes de leur libération et de la revendication du statut de citoyen nanti de tous ses droits-politico-civiques, économiques, sociaux etc.

Troisièmement, le réveil des gens de condition servile, au sein des trois autres communautés linguistiques, à la nécessité de revendiquer leur droit à la pleine citoyenneté… Enfin, la mobilisation d’importantes masses de citoyens provenant des castes privilégiés et leur engagement pour l’éradication des survivances féodales discriminatoires.

– Quels sont, à votre avis les obstacles qui entravent l’application des textes visant à éradiquer l’esclavage et ses séquelles en Mauritanie ?

– Curieusement l’obstacle mental, incontestable et essentiel qui ne peut être effacé en jour, mois ou même année. Mais il est sérieusement entamé. Les esprits les plus rétrogrades savent, maintenant, qu’elle tourne, la Terre !!!

Ils ont, cependant, besoin que le pouvoir politique n’exhibe pas des artifices, des leurres. L’administration – territoriale, particulièrement – les brigades de gendarmerie et, surtout, l’appareil judiciaire feraient alors preuve de plus de sévérité, dans la répression des survivances et des séquelles de ce honteux fléau !

– Ne trouvez-vous pas trop tardive la fatwa émise, récemment, par les oulémas mauritaniens ? Que peut-elle apporter aujourd’hui dans le débat ?

– Il n’y’a pas de doute qu’elle est bien tardive. Cela dit, notre réelle requête, c’est la volonté politique du pouvoir public ; et sa bonne volonté, notre véritable souhait. Cependant l’apport des fouqahas est aussi une contribution, importante, pour la masse de nos citoyens ; aussi bien les victimes réelles – esclaves, héritiers de l’esclavage et héritiers des familles esclavagistes – que l’ensemble des citoyens…

– Croyez-vous en l’application de la plate-forme adoptée par le gouvernement pour le règlement de la question de l’esclavage ?

– Nous pensons, surtout, que la plateforme devrait faire l’objet d’une large concertation, tant pour son contenu que pour son application sur le terrain !

Propos recueillis par DL
Lecalame

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