Interview avec Kane Hamidou Baba

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L’Authentique – De tous les combats de l’opposition depuis l’événement de la démocratie en 1992, Kane Hamidou Baba, président du Mouvement Pour la Refondation, reste décidément un irréductible militant politique de gauche.. Dans l’entretien qu’il a bien voulu nous accorder, il nous livre ses inquiétudes pour le pays, mais aussi, ses espoirs de voir dépassée la crise multiforme qui frappe la Mauritanie. Entretien.
« L’échec du dialogue signerait qu’à Dieu ne plaise, la fin des illusions ».

L’Authentique : croyez-vous vraiment à l’aboutissement du dialogue auquel vous convie le pouvoir ?

Hamidou Baba Kane (HBK) : Je suis d’un naturel optimiste, mais instruit par les expériences malheureuses en matière de dialogue avec le pouvoir, je regarde encore la bouteille comme étant plutôt à moitié vide, qu’à moitié pleine. Je ne doute pas de la nécessité d’un dialogue, même si je doute de son succès.

En tout cas, le dialogue est le moyen le plus sûr pour sortir d’une longue crise, à l’évidence multiforme, et qui a été singulièrement compliquée par l’absence de vision et une politique erratique des faits accomplis. L’opinion nationale et internationale, vivement préoccupée par la situation du pays, attend du dialogue une solution globale de sortie de crise. L’échec du dialogue signerait qu’à Dieu ne plaise, la fin des illusions.

L’Authentique : l’opposition ne devrait-elle pas craindre d’être de nouveau driblé pas son interlocuteur qui ne chercherait qu’à contourner la constitution pour s’offrir un troisième mandat ?

HBK : franchement, je n’ai pas ce souci. Mais votre question suggère que le pouvoir nous avait déjà dribblés. Je ne suis pas un footballeur, mais je sais qu’on peut bien penser qu’on a dribblé son adversaire et finir pas être rattrapé. Non, plus sérieusement, si j’étais à la place de Mohamed Ould Abdel Aziz, la seule question que je me poserai, c’est que faire d’un mandat que le peuple ne m’a pas donné ?

L’Authentique : accepteriez-vous une révision constitutionnelle portant sur la suppression de la limite d’âge des candidats aux présidentielles ?

HBK : là aussi, nous devons être sérieux ! Avec tous les problèmes que traverse ce pays, comment peut-on nous distraire avec une telle question ? Une révision constitutionnelle n’est pas à l’ordre du jour.

L’Authentique : avec un RFD qui boycotte le dialogue, ne craignez vous pas une implosion du FNDU ?

HBK : je m’étonne qu’on continue d’évoquer ce prétendu boycott du RFD. Les principaux dirigeants du Parti se sont clairement exprimés sur ce point. Le Président du RFD lui-même nous a solennellement signifié l’attachement de son Parti au FNDU. Cela me suffit.

L’Authentique : si malgré tout, le RFD refusait ce dialogue, le MPR le suivra-t-il ?

HBK : le MPR est un partenaire du RFD dans le cadre du FNDU. L’histoire du MPR témoigne que pour qui cherche un béni-oui-oui, le MPR n’est pas la bonne adresse.

L’Authentique : Le FNDU ira-t-il au dialogue alors que certains de ses préalables telle la tenue d’une élection présidentielle anticipée serait d’emblée rejetée par le pouvoir ?

HBK : nous n’en sommes pas là. Les élections présidentielles anticipées ne sont qu’un point de discussion parmi d’autres. Notre préoccupation, pour le moment, est ailleurs : elle porte sur les conditions-cadres à la réussite d’un vrai dialogue.

L’Authentique : est-ce à dire que l’unique alternative de sortie de crise réside dans la tenue d’un dialogue entre le pouvoir et ‘opposition ?

HBK : ma réponse est affirmative. Nous disons au MPR que le dialogue n’est pas seulement une nécessité, mais il doit être vécu comme une nouvelle forme de civilisation. Les expériences en Afrique et dans le monde Arabe démontrent à satiété le caractère fugace des changements violents qui se sont opérés dans certains pays. Il se dégage même aujourd’hui une forte impression de futilité de certaines « révolutions ». Il est plus facile de détruire que de reconstruire. Le pire n’est jamais sûr ! Cela dit, nous ne sommes pas obligés de coopérer ou de collaborer avec un régime qui peut nous conduire vers la catastrophe.

L’Authentique : quelles appréciations faites-vous de la décision du Tribunal de Rosso de condamner Biram Ould Abeid et ses deux camarades ?

HBK : le droit est sorti orphelin dans un procès plié d’avance. J’ai personnellement assisté au déroulement du procès dans le cadre d’une mission du FNDU. Les plaidoiries ont amplement démontré que la justice était devant un dossier vide. Je ne reviendrai pas sur les arguments avancés par les avocats faisant partie d’un barreau qui nous honore.

Mais personne ne doutait qu’il s’agit d’un procès politique. Le verdict ne pouvait être que tout aussi politique. D’où notre exigence d’une libération pure et simple des prisonniers d’opinion que sont Birame, Djiby et Brahim. Naturellement, ce procès tenu à Rosso n’est pas sans rappeler les bégaiements de l’histoire. Quant à la récurrence des problèmes posés depuis 1978 par EL Hor, elle souligne à la fois la persistance du phénomène de l’esclavage, ainsi que la prise de conscience aigue d’une nouvelle génération décidée à en finir avec cet anachronisme.

L’Authentique : avec la condamnation du jeune Ould Mkheitir, l’incarcération de l’artiste Hamada, de Biram et Cie, l’agression du journaliste Hanevy, la mise sous contrôle judiciaire du journaliste Wedia, la liberté d’expression serait-elle menacée en Mauritanie ?

HBK : tous ces faits ont un dénominateur commun qui s’appelle : l’intolérance. Dans l’affaire de Mkheitir la justice n’a pas fait preuve de sérénité. On a assisté à une justice de la rue, instrumentalisée à des fins obscurantistes.

L’agression contre le journaliste Hanevy ou la mise sous contrôle judiciaire du journaliste Weddia, avec des méthodes différentes, poursuivent le même but : intimider. C’est bien la liberté de la presse et au-delà, la liberté d’expression qui sont menacées. Il est vrai qu’une société n’est pas naturellement portée à se regarder en face. A chaque fois que le miroir nous renvoie notre face cachée, parfois hideuse, il y a ceux qui pensent qu’il faut briser le miroir ! Se pourrait-il que le pouvoir soit de leur côté ?

Propos recueillis par Cheikh Oumar N’Diaye

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