Je ne cesse de m’étonner…

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UFP | Mohamedou Nagi Ould Mohamed Ahmed – J’ai suivi avec un grand intérêt-chose naturelle- les trois séquences passées de l’émission « la dernière page » présentée parle Dr Cheikh Ould sidi Abdalla et son invité le camarade militant Mohamed El Moustapha Ould Bedreddine. De l’avis de beaucoup de personnes, chacune des séquences nous faisait oublier l’autre.

Tellement, elles rivalisaient en qualité et en intérêt. Il est pourtant établi qu’en général relater l’histoire est une activité lourde et ennuyante. Cependant, l’animateur et l’invité de l’émission ont su sortir « l’Histoire » de l’ennui vers un espace de plaisir et de convivialité ».

Et comme je suis concerné par ce sujet qui a suscité un large débat entre sympathisants et détracteurs, notamment la question de la relation du Président Moctar ould Daddah-Qu’allah le bénisse- avec le colonisateur, je me dois de contribuer par certaines remarques, sinon l’histoire nationale ne saurait me pardonner mon silence.

Jusque là, j’évitais d’aborder ce sujet ou du moins en cette période. Je me souviens tout de même que depuis quelques mois, je me suis entretenu avec certains cadres à propos du texte de notre hymne national.

J’avais émis mon point de vue de façon naturelle et spontané, pour dire que notre hymne national n’en est pas un, du fait qu’il n’évoque pas l’identité du pays ni l’attachement à la résistance anticoloniale, à la patrie, à l’intégrité territoriale et à l’unité nationale.

Le texte de notre hymne national est un texte religieux interdisant la créativité comme on le sait chez Cheikh Sidia Baba. C’est peut être aussi une critique dissimulée de certaines voies soufistes.

Mon interlocuteur s’emporta et s’abstint de discuter du sujet considérant qu’il y’a d’autres sujets d’occupation plus importants. Et pourtant, il s’agissait d’une personne d’un niveau politique élève. A partir de cet instant, j’ai considéré que les conditions n’étaient pas encore mures pour lancer un débat ou écrire l’histoire du pays suivant une approche objective.

Au cours de la forte fièvre des media qui précède d’habitude la célébration de l’anniversaire de l’indépendance, on explore les mémoires, les agendas de chacun pour évoquer toutes les informations, allant jusqu’ aux détails avec la génération de l’indépendance.

Cette situation crée l’envie de parler et d’extérioriser, chez ceux qui ont vécu durant cette période. Les interventions se font sous forme de rectificatifs, de commentaires ou de compléments d’informations. Dans cette atmosphère provocatrice, j’ai été invité pour un débat de ce sujet sur la chaîne « El Jezzira » et je me suis excusé.

Et suite à de fortes insistances, j’ai avancé les raisons de mon attitude : Evoquer tout ce que je connais, ferait un tolet de colère, ou me taire et faillir à mon devoir. Aujourd’hui, le dossier étant ouvert au public, je dois exposer mon point de vue « Moukrahoun Akhaka la Batal », contraint et non méritant.

Que ceux qui ne sont pas d’ accord avec moi, veillent bien m’excuser. Je respecte leurs opinions. En réalité avant et après l’indépendance, il y’avait deux camps visibles à l’œil nu.

Un camps opposé à la colonisation glorifiant les héros de la résistance, chantant leurs louanges, évoquant ce qu’ils ont réalisé comme sacrifices et faits d’armes et actes de bravoure. Tout ceci se traduit en leçons de défense de l’intégrité territoriale, de l’honneur et la dignité.

Cependant le deuxième camp était passif face au colonisateur, voir complice. Il évitait tout e qui peut déranger le colon, accepte ce qu’il dit, écoute et obéit. Ce camp était celui de ceux qui considéraient que la situation ne permettait pas de faire autrement.

C’était leur lecture de la réalité. Nous savions tous qui était dans quel camp ? Nous savions aussi distinguer entre les uns et les autres pour choisir son camp ?

« Wil moukhayar mahou maghboun » N’est pas exclu, celui qui à l’opportunité de choisir

Cette disposition en camp deviendra plus claire et nette avec les élections parlementaires des années (1946-1951-1957). Aussi, aucun de nous n’ignore que le mouvement des jeunes, de la Nahda et plus tard le Mouvement National Démocratique et autres mouvements nationaux sont fondés sur la base de cette contestation face au camp collaborateur du colonialisme.

Et pour compléter l’indépendance, s’est constituée le Mouvement National Démocratique (MND) et les autres mouvements nationaux sur l’opposition de la ligne passive voir pro-colonialiste. Les porteurs de l’opinion pour l’indépendance totale estimaient que l’indépendance obtenue est fictive. Le Président Moctar Ould Daddah, qu’Allah le bénisse n’a pas signalé dans ses mémoires la lutte menée par cette élite contre la colonisation.

Toujours pour compléter l’indépendance, s’est constitué le mouvement national démocratique qui va s’élargir rapidement par ses idées et sa culture. Ce développement rapide prouve que la jeunesse était favorable à cette ligne anticolonialiste.

Ce mouvement a mené une lutte rude, sur une longue durée engendrant un éveil politique général dans le pays. Le combat politique a produit une littérature de haut niveau et instauré des valeurs supérieures.

Pour réaliser ses objectifs, défendre les grandes questions nationales, les membres de cette organisation subirent les supplices de la prison, la torture, l’exclusion des fonctions, la suspension des bourses et j’en passe. Tout cela n’a pas arrêté l’élan de la lutte et n ‘a pas diminué de son intensité.

Le MND a maintenu la pression sur le pouvoir jusqu’au jour où le président Moktar Ould Daddah a accepté d’apporter des reformes connues à cette époque (révision des accords, nationalisation de la MiFERMA, création de la monnaie nationale). Ces réformes n’étaient qu’une partie des revendications du MND et autres mouvements pour l’indépendance nationale.

Naturellement, les reformes apportées ne sont pas venues sans raisons. Elles sont provoquées par des conditions internes et externes : l’élargissement du MND et la force du mouvement à l’intérieur du pays renforcée par la pression du courant libérateur dominant dans le tiers monde.

La France n’a pas pu endiguer ces reformes, car elles sont devenues nécessaires pour la stabilité du régime. Ces réformes ont été accueillies avec beaucoup d’enthousiasme de la part des citoyens et avec une grande appréciation de la part des mouvements de libération dans le monde. Ce qui va se traduire rapidement par des soutiens politiques, financiers et logistiques pour encourager la Mauritanie dans sa nouvelle orientation.

A ce niveau, comme l’a signalé le camarade Bedredine au cours de l’émission, « Essafha El Akhira » le mouvement s’est scindé en deux : un groupe va rejoindre le Parti du peuple mauritanien, unique organisation politique autorisée. Il est à noter que cette intégration s’est opérée sur une base nouvelle selon laquelle, il y’ a une nouvelle ligne de changement.

L’orientation précédente est abandonnée parce qu’elle n’était pas valable. Sinon elle n’aurait pas maintenu les autres dans la marginalisation et l’exclusion. Finalement, respectons leur point de vue.

Pour ceux qui ont refusé l’intégration, et favorables aux réformes, pensaient que rester hors du PPM et contracter avec lui une alliance était mieux pour garantir la pérennité des reformes. Le président Mohamed El Moustapha était parmi les principaux leaders de cette orientation.

Avec ses camarades, ils sont restés fermes, résistants, et sobres, dans l’attente d’une vie plus honorable et ce malgré ce qu’ils ont subi et subissent encore. Je ne peux que m’étonnais de ceux qui s’attendaient de cet invité qu’il fasse les louanges de cette autorité qui l’emprisonnait et le malmenait de plusieurs manières. Je ne peux que m’étonnais de ceux qui veulent que le prisonnier produise des louanges de ceux qui le gardaient en prisonnier et le déportaient.

Seulement, le camarade Bedr a pris ses précautions en avançant les preuves écrites de ce qu’il a dit. Que ceux qui ne sont pas d’accord, avancent des preuves claires et convaincantes. Qu’ils ne restent pas prisonniers de leurs sentiments et penchants affectifs. Il est illogique et irrationnel de vouloir que la victime garde le silence sur son supplice de prison.

Même si on va me taxer de partisan de parti pris, je dis que la position du camarade Bedr et ses déclarations étaient claires et méthodiques. Il a pu avancer des preuves concrètes. J’ajoute aussi qu’il a parlé de façon sincère et fidèle de la position générale du mouvement national démocratique. La présentation était irréprochable faite dans un style attachant, grâce à une mémoire assez bonne et rare à son âge.

Avant de passer à d’autres remarques concernant le président Moktar, Rahimahou Allah, je m’ excuse d’ évoquer la position prise par les sortants de l’ Ecole nationale démocratique , intégrationnistes et opposants (position que beaucoup de gens ignorent) : Dés que le pouvoir de Moktar Ould Daddah fut renversé, les premiers à descendre dans la rue pour soutenir le coup d’Etat étaient pour la plus part ceux qui lui étaient les plus proches et le défendaient avec toute énergie.

J’ai appris de Dr Bâ Boubacar Alpha qu’à l’époque, il s’était rendu pour participer à la manifestation soutenant le coup d’état. A son arrivée, il vit que les visages des présents sont ceux qui hier aboyaient pour défendre le président Moktar et le vénérer. Il fit demi tour me disait-il étonné et indigné.

Ceux qui ont rallié hier ont refusé le fait accompli et ont maintenu leur position favorable au Président. Ils n’ont même pas bougé de la taille d’une fourmi. Ils ont continué la lutte dans la persécution et l’emprisonnement pour défendre leurs convictions. Jusqu’ aujourd’hui, ils sont sur la même ligne.

Ces opposants à l’intégration ont refusé de participer au coup d’Etat du 10 juillet, malgré l’importance de la question du Sahara eux et son grand risque sur l’avenir du pays. Comme ils se sont abstenus de participer à cette vague satirique et diffamatoire contre le président. Personnellement, j’ai refusé de prendre part à ces dénigrements, malgré la pression. Mes témoins sont encore là, vivants.

De ma part, je suis favorable à cette position. Et je considère qu’il s’agit là d’une position extrêmement rare, hors des milieux du MND. Encore une fois s’agissant du président Moktar, et malgré les débuts timides de l’accès à l’indépendance, comme les autres pères fondateurs francophones ; on ne peut nier les qualités qu’il possède : son rationalisme, sa tranquillité, son désintérêt pour l’accaparement des richesses, sa position historique en faveur de la question palestinienne et son rôle dans la liaison entre l’Afrique et le monde Arabe. Il est responsable de ses actes bons ou mauvais dont certains sont même graves.

Le milieu de Moktar et sa culture l’ont empêché de se rabaisser et verser dans des pratiques dégradantes, comme l’ont fait les présidents ouest-africains fondateurs.

Finalement, le Président Moktar était conservateur, et n’hésitait pas à neutraliser celui qui ne partage pas avec lui le même point de vue. A cette fin, il utilisait tous les moyens. Par rapport aux militaires, il est mieux que tous ceux qui sont venus après lui.

Ces derniers ont ruiné le pays et installer la gabegie et détruit les ressources. « Allah n’aime pas les rapaces » A la fin de cette modeste contribution, j’arrive à la question du rapport du mouvement à la religion, sur laquelle les gens insistent beaucoup. Je m’occupais en personne de cette question et sur ordre du mouvement, j’étais chargé de prendre contact avec certaines personnalités religieuses comme Boudah Ould Bousseiri Rahimahou Allah, pour leur expliquer le rapport du MND avec la religion et leur élucider le sens et la portée du mot kadihine.

A savoir que ce mot signifiait simplement l’intérêt pour les couches laborieuses et déshéritées. Etant donné ma formation de Mahdhari, j’utilisai pour cela les textes religieux. Et je démontrais que l’Islam protège les faibles opprimés « verset de coran » « verset de coran »

Je me souviens de ce jour où je suis venu rendre visite au grand marabout Boudah Rahimahou allah. Il enseignait ses disciples. Il me demanda si j’étais un kadihine. Un peu de plaisanterie, avant de lui rétorquer : « verset de coran» Sans poursuivre le ton plaisantin, je me mis à expliquer le sens et les dérivations du mot Kadihine. Et puis je me retirai convaincu que j’ai influencé sur ses impressions relatives au kadihine.

Il faut dire que le Mouvement National Démocratique n’était pas un mouvement religieux et non plus un mouvement sans religion. Et il n’était pas du tout fondé sur le non religiosité. Son occupation principale était entière pour les questions nationales dominantes.

Cependant, dans les pays islamiques, s’est instaurée l’habitude de coller l’étiquette d’athéisme aux opposants. Ce procède est efficace envers l’opinion islamique et donne un bon justificatif pour anéantir celui qui tient un discours contre « Emir El mouminin », le prince des croyants.

Prenons l’exemple de Abdallahi ibn El moughafa qui a été accusé par El Mansour, d’hérésie, suite à sa littérature symbolique opposé au pouvoir despotique (Kelilete we dimne, El adab El Kebir wel edeb saghir). Son exécution fut atroce et cruelle.

Disons que lorsque la lutte des kadihine est devenue assez forte et que la répression ne suffisait plus, il a fallu faire usage d’un autre moyen pour combattre ces rebelles. L’accusation d’athéisme et d’anti religieux, dans un peuple 100% musulman, conservateur, jaloux pour sa religion, où est la alors vérité ?

La vérité est qu’il n’était dans les méthodes du mouvement, ni dans son style et sa conduite ni dans ses objectifs de contrarier la religion et de manquer aux dogmes islamiques. Les jeunes étaient tous musulmans. Certains sont très religieux d’autres l’étaient moins.

Le mouvement était pour la plus part porté par des jeunes issus de milieux lettrés. Si certains membres ou cadres du mouvement ont des fonds marxistes ou athées, cela les concerne et ne peut-être comptabilisé contre le mouvement. A chaque courant religieux ou autre ses exceptions, marginaux et extrémistes.

Les jugements et positions sont tirés de la majorité visible et non pas des cas isolés. Doit- on juger le chef religieux sur les déboires et excès de quelques uns de ces disciples ? Certainement pas, on le juge de à partir de ce qu’il dit et ce qu’il écrit et les témoignages récurrents à son sujet.

Le mouvement national démocratique a ses journaux, ses publications, ses archives, ses meeting et ses nombreuses déclarations. Et je défie quiconque pouvant me présenter un texte écrit ou sonore signé MND et portant atteinte à nos dogmes islamiques.

Cette accusation est négligeable parce qu’elle manque de fondement. Aussi, aucune personne sur le territoire national ne peut prétendre qu’un cadre du mouvement a tenté de le trainer vers l’athéisme d’une manière ou d’une autre

Les collabos se sont distingués dans la recherche des rumeurs diffamatoires et dénigrantes d’aspect religieux. C’était le cas prétendu d’une militante du mouvement qui aurait uriné sur un Moushaf, coran.

Mon Dieu ! Qui est cet idiot, qui cherche à développer et élargir le mouvement, par une pareille connerie ?!! IL est vrai que les kadihines se sont inspirés des méthodes socialistes pour combattre le colonialisme. D’ailleurs, peut-on combattre le colonialisme par ses propres méthodes.

En plus il n’ y’ avait aucun lien officiel ou informel avec un lieu de référence communiste dans le monde. Et pourtant cette opportunité était présente et les pays concernés sont demandeurs. Vous serez surpris si je vous dis que notre première rencontre avec une référence communiste fut en 2011 à l’arrivée d’une délégation du Parti communiste Chinois en visite en Mauritanie.

Le Parti communiste chinois a rencontré la plus part des partis politiques, opposition et pouvoir. Il est tout aussi vrai que les kadihines portaient le slogan de la libération des esclaves et disaient que l’origine de l’esclavage était ant-charia (contraire au droit musulman), comme ils réclamaient l’émancipation de la femme et sa dignité.

Ils militaient également pour le recouvrement des droits des travailleurs et des paysans, piliers de la vie sociale. Ajoutons à cela que, les jeunes du mouvement avaient des positions rudes envers certaines personnalités religieuses, qui défendaient le colonialisme au nom de l’Islam Ces slogans méconnus dans la société traditionnelle mauritanienne, ont favorisé la réussite relative de la propagande du régime, pour instaurer une mauvaise image des Kadihines, malgré toutes les preuves ci-dessus avancées.

Traduit de l’Arabe

25 Décembre 2014

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