Augmentation des salaires, hausse de la TVA : Pour le SG de la CGTM : « nos gouvernants considèrent que les biens publics sont leur propriété privée et en disposent comme ils l’entendent. En plus du fait qu’il est illégal, l’acte lui-même constitue un grand mépris pour les organisations syndicales »

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Dans une sortie assez récente le ministre des Finances – en l’occurrence Thiam N’Diombar – a annoncé une revalorisation des salaires mais également une hausse de la TVA.

Qu’en pensez les quatre centrales syndicales mauritaniennes reconnues sur le plan international. Deux d’entre ces quatre centrales ont bien voulu livrer leur point de vue.

Il s’agit de la Confédération libre des travailleurs de Mauritanie (CLTM) et la Confédération générale des travailleurs de Mauritanie (CGTM), dirigées respectivement par Samory Ould Bedye et Abdallahi Mohamed dit Nahah.

Samory Ould Beye, secrétaire général de la CLTM : Nous à la Confédération libre des travailleurs de Mauritanie nous attendons voir les choses dans leur fond et dans leur globalité, avant de nous prononcer. Parce que par le passé, nous avons entendu des promesses d’augmentation des salaires et on s’est rendu compte en fin qu’il s’agissait d’ une farce. Ça a été le cas notamment en 2008 date où une revalorisation salariale a été annoncée mais n’a jamais été effective pour le personnel de certaines institutions publiques et semi-publiques comme l’Agence mauritanienne de l’information (AMI), Télévision de Mauritanie, Radio-Mauritanie…

En attendant de voir l’application – où la non-application – de la décision relative à la revalorisation des salaires, annoncée ces jours-ci par le gouvernement, nous ne pouvons que constater que nous sommes en présence d’un président qui a la manie de duper l’opinion, de duper tout le monde, comme il l’avait fait en tentant de se faire passer pour le président des pauvres, le président au service des plus démunis, sans toutefois joindre l’acte à la parole.

Nous constatons également que ce président-là tout en annonçant une augmentation des salaires essaye aussi de récupérer d’une main ce qu’il pourrait donner de l’autre, cela en imposant des taxes. Si cela se produisait il faut s’attendre à voir la situation s’envenimer davantage puisqu’il y aura en ce moment-là hausse sûrement des taxes sur les denrées de première nécessité , les salaires connaitront une dépréciation, le pouvoir d’achat s’amenuisera et cela entrainera une détérioration des conditions de vie de Mauritaniens.

A la Confédération libre des travailleurs de Mauritanie notre souhait est que le gouvernement prenne des décisions effectives, des décisions qui peuvent avoir leur impact, des décisions qui peuvent avoir leur effet, des décisions qui peuvent entrainer une amélioration des conditions de vie des citoyens d’une manière générale et des travailleurs en particulier. Nous pensons que notre pays qui a des ressources énormes (fer le poisson l’or le cuivre l’élevage… ) a les moyens pour améliorer les conditions de vie en question. Et donc nous ne pouvons pas concevoir qu’en dépit de tout cela que les Mauritaniens soient confrontés à une situation de précarité, de misère, à une situation de sous développé. Nous pensons qu’à l’évidence qu’il y a quelque chose qui ne va pas et qui demande des solutions urgentes.

Abdallahi Mohamed dit Nahah, secrétaire général de la CGTM : Nous n’avons pas été informés de façon convenable du projet de loi de finances 2015 comme d’ailleurs de tous les projets de loi. Nous avons eu connaissance de ses grandes lignes par voie de presse.

Nous sommes tout à fait demandeurs d’augmentation des salaires du secteur public, nous pensons cependant qu’elle reste très en deçà de ce qui est possible et de ce qui est nécessaire pour permettre aux fonctionnaires et au personnel de l’Etat de subvenir au strict minimum. Mais ce qui nous inquiète ce que depuis l’avènement des militaires une tradition s’est instituée, c’est celle décrétée par le chef de l’Etat concernant l’augmentation de salaires des fonctionnaires et du personnel de l’Etat et qui est illégale. Le statut général de la fonction publique est explicite : aucune modification de la situation salariale du personnel de l’Etat ne peut intervenir qu’après avis du Conseil supérieur de la fonction publique et de la réforme administrative où est représenté l’Etat et les syndicats des travailleurs.

En fait cela exprime un état d’esprit : nos gouvernants considèrent que les biens publics sont leur propriété privée et en disposent comme ils l’entendent. En plus du fait qu’il est illégal, l’acte lui-même constitue un grand mépris pour les organisations syndicales.

Comme vous le savez la richesse nationale appartient à tous les citoyens, ce n’est pas la propriété d’un individu ou d’un groupe d’individus. Il y a des mécanismes de redistribution de cette richesse et parmi les mécanismes institués par la loi il y a la négociation sociale entre l’Etat et les organisations syndicales, entre les entreprises et les travailleurs. Donc normalement l’Etat doit négocier avec les organisations syndicales pour trouver un juste milieu qui tienne compte des possibilités du pays sur le plan financier et des besoins des fonctionnaires et personnel de l’Etat.

Le grand problème de la Mauritanie réside dans le fait qu’on ne connait pas réellement le budget de l’Etat, puisque le budget réel est estimé par le Conseil des ministres, en tous cas au niveau du département des finances. Ce qui est présenté, dans sa première mouture au Parlement n’est jamais le véritable budget de l’Etat et le gouvernement se réserve – tout en sachant que ce n’est pas le budget prévisionnel de l’Etat – une partie de ses dépenses qu’il prendra par décret. Allant de 2009 à 2014, on a constamment présenté des projets de loi modificatifs de la loi des finances.

Donc en matière de budgétisation nous avons certain nombre de préoccupations légitimes et nous avons espoir que les négociations – dont le principe a été déjà retenu depuis mai passé entre les partenaires sociaux (centrales syndicales, gouvernement et patronat) – puissent revenir un peu sur l’ensemble de ces questions (augmentation des salaires ; budgétisation…) et essayer de dégager des règles claires qui respectent la loi, qui procèdent de la promotion du dialogue social dans ce pays, pour nous permettre d’arriver à des mécanismes qui respectent cette nécessité de redistribution équitable des richesses nationales et de tenir compte des possibilités et surtout de respecter des lois qui sont en vigueur dans ce pays.

Propos recueillis par SC

source : cridem

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