Festival du Paysan : Un rendez-vous du monde réel

0
77

A l’initiative de l’UFP (Union des Forces du Progrès) et depuis l’année dernière, un festival dédié aux paysans a été lancé dans la région de l’Aftout, plus précisément dans l’espace qu’on appelle le “triangle de la pauvreté”. Il se tient cette année à Bouratt, haut lieu de la désolation et de la misère, dans la région du Brakna.
C’est déjà arrêté. La deuxième édition du Festival des Paysans se tiendra cette année, le 10 octobre prochain, dans la localité de Boura. Une multitude de bourgades peuplées exclusivement de Haratines qui exercent les cultures sous pluie pendant l’hivernage et celles de la décrue pendant la période d’hiver et le début de l’été.

Ce sont des populations particulièrement pauvres, tant l’agriculture traditionnelle ne rapporte que très peu et cette région, en plein ‘’biseau sec’’, est connue pour la rareté de l’eau. Autant de handicaps au développement accentués cette année par la faiblesse des précipitations qui planait déjà le spectre d’une famine au court de l’année. Des organismes internationaux ont même déjà lancé des cris d’alerte par rapport aux effets négatifs du déficit pluviométrique dans toute la région sahélo-saharienne.

Dans ce milieu hostile vivent, en parfaite symbiose, des populations hétérogènes, fatalistes et très généreuses. Pourtant en dépit de leurs origines ethniques différentes, ils partagent les mêmes traits physiques et maitrisent généralement tous les dialectes de la région.

A tel point qu’il est souvent impossible de discerner le peulh du maure, sauf si on se réfère à leurs activités économiques. Là, on verra que les peulhs sont éleveurs et que les Hratines sont cultivateurs.

Mais tous les deux sont pauvres et vivent presque en marge de la société mauritanienne, dans la mesure où ils ne bénéficient de presqu’aucun service de l’Etat. Juste parfois des écoles généralement désertées par leurs enseignants et des centres de santé peu lotis en médicaments et en personnel.

C’est dans cet environnement que s’est tenue, l’année dernière, la première édition du festival du paysan. Elle s’est déroulée à Moyt, dans la région du Gorgol. Cette localité est un lieu mythique pour les Kadihines. C’est là où ils ont gagné leur première mairie de l’histoire et c’est là où ils pouvaient compter sur leurs militants les plus fidèles à ‘’la cause’’.

Toute cette histoire a, apparemment, convaincu l’UFP de lancer son idée de rencontre du monde rural en 2013 dans la localité de Moyt. Au cours de la première édition et pendant trois jours, les cultivateurs et leurs partenaires éleveurs ont eu droit à la parole pour débattre publiquement de leurs problèmes : activités agricoles, esclavage, démocratie…

Fait inédit : les débats ont eu lieu en Hassanya et en Poular. Deux langues que les autochtones paraissent comprendre, naturellement. Une leçon au reste de la nation qui continue de polémiquer sur la langue du pays entre ceux qui cherchent à imposer avec insolence la leur et ceux qui croient qu’en s’accrochant à maintenir présente une langue étrangère, ils éviteront d’être assimilés par la culture de ‘’l’ennemi’’.

Et au-delà de l’atmosphère bon enfant qui caractérise les relations entre les différentes ethnies du monde rural, il y a lieu le poids de bien des siècles de cohabitation fraternelle qui ne peuvent point être effacés par une décennie maudite, fut-elle longue et insupportable, de manipulation et de terreur.

C’est, apparemment, la volonté d’encrer cet esprit d’entente entre les populations qui justifie le lancement du festival des paysans de l’Aftout. La question qui demeure posée est de savoir si la voix de l’UFP, qui a boycotté les dernières élections municipales et législatives et qui par conséquent a perdu le contrôle de certaines maires de cette région, est encore audible dans ces contrées ?

biladi

Laissez une réponse

Please enter your comment!
Please enter your name here