Les chiffres et la mauvaise colère

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Les Mauritaniens ont suivi avec beaucoup de prospection et de méfiance les résultats proclamés par la CENI au lendemain de l’élection du 21 juin. Tous ceux qui ont vécu sur le terrain le déroulement des opérations, doutent sur le taux de participation avancé qui ne reflète pas, du moins, dans certains centres urbains où la presse était massivement déployée, la vérité matérielle du nombre de votants.

En effet, ceux qui ont commencé à couvrir l’événement dès les premières heures de la journée à Nouakchott et dans la majeure partie des grandes agglomérations du pays, les deux Hodhs exceptés, n’en reviennent pas. Ils veulent tout simplement savoir d’où est-ce que la CENI sous a ressorti ce taux de participation ?

Les observateurs nationaux et leurs confrères internationaux venus en villégiature électorale n’ont vu que du chaud et du circo-politique. Les gens n’ayant pas voté comme d’habitude sous les cieux, ce seraient donc les fantômes qui étaient là.
Encore une fois, la CENI oblige notre réserve pour sa manière de faire ? Un analyste politique qui s’exprimait sur les ondes de l’une des radios locales, avait émis le doute que le taux de participation ne soit fabriqué. Il en veut comme preuve que dès les premières heures de l’élection, le porte parole de campagne du candidat Ould Abdel Aziz parlait déjà d’un taux de participation qui avoisinerait les 60% alors que Nouakchott avait réellement les allures d’une ville morte désertée par ses habitants. Exception fait des hodhs, le constat était presque identique dans toutes les autres grande villes du pays, si l’on en croit les correspondants des radios privés, des journaux et des sites électroniques.

Pour étayer son analyse, l’analyste en question s’étonne aussi que moins de deux heures après la fermeture des bureaux de vote, la CENI faisait état de « premiers résultats parvenus » qui laisseraient croire que le taux de participation avoisinerait les 60%. Qu’est-ce qui pourrait justifier cette troublante concordance des estimations entre le propagandiste d’un candidat et le « technicien » supposé être neutre de la CENI ? Echangent-ils des informations et des données ? Ou sont-ils tout simplement les compagnons supplétifs dans une même aventure en faveur d’un candidat bien connu. Ou sont-ils simplement des exécutants d’un scénario tendant à faire passer pour crédible un taux de participation connu d’avance ?

Finie cette polémique autour du taux de participation, d’énormes questions se posent sur les nouvelles donnes politiques qu’enduit l’élection du 21 juin.

La grande surprise est venue du score de Biram. Si les chiffres n’ont pas été manipulés, c’est le coup de massue et pour Boidiel et pour Sarr. Ces deux vieux ténors de la scène politique nationale ont mordu de la poussière se faisant devancer par un nouveau venu diabolisé par toutes les officines et extrapolations du pouvoir et de son système. La donne Bram ne change pas seulement l’ordre de préséance au sein de la classe politique nationale, mais bouleverse tout « l’establishment » longtemps établi au sein des communautés haratines et negro-africiane. Elle crédibilise surtout l’intelligentsia de ces deux communautés que désormais la jeunesse rejette. Le choix de ces ténors de s’aligner sur la ligne du pouvoir est ainsi désavoué même si pas ailleurs, le régime a sauvé sa face dans la plupart des contrées.

Si de telles informations sont fondées, Aziz se bourre encore une fois de colères inutiles et de préjugés infondés. Il doit avoir appris des erreurs de Ould Taya que l’on ne livre pas une guerre à des communautés ou a des tribus, mais à des symboles précis et des idées connues.

Il doit surtout se poser la question de savoir pourquoi tant de jeunes haratines et negro-mauritaniens ont voté pour Biram parce que n’ayant pas été enchantés par lui.. C’est en fait cela la question essentielle à laquelle il doit vite trouve solution, s’il veut se positionner comme le président de tous les Mauritaniens sans exclusive.

Amar Ould Béjà

lauthentic.info

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