La gifle du 21 juin !

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Enfin, le 21 juin tant attendu est arrivé ! La question essentielle n’étant pas de savoir qui sortirait vainqueur des urnes mais quel est le taux de participation aux suffrages, les Mauritaniens sont restés sur leur faim. Et pour cause, alors que le camp de Ould Abdel Aziz criait à cor et à cri que le pays venait d’obtenir le taux de participation, le plus élevé de 52% de son histoire électoral, l’opposition boycottiste fêtait son triomphe, soutenant haut et fort que les Mauritaniens ne sont pas sortis massivement pour aller voter. Pour les simples observateurs que nous sommes, les populations n’étaient pas au rendez-vous. En tout cas à Nouakchott, ils n’ont pas été.

Le taux de participation, seul véritable enjeu de scrutin, était très faible en milieu de journée. Le long de la journée du 21, les informations concordantes en provenance de certaines zones de l’intérieur du pays, notamment au Gorgol, au Brakna, en Assaba et voire dans certaines localités des deux Hodhs, l’affluence est loin d’être massive. Le 100 pour cent demandé par le Président Aziz lors de ses différents meetings électoraux ne semble pas avoir été bien reçu par les populations. Constat amer même si, en début de soirée de samedi, le porte-parole du directoire de campagne du candidat Mohamed Ould Abdel Aziz a estimé que le taux de participation à l’élection présidentielle avait atteint les 52% ! Est-ce autant dire que les appels répétés de l’opposition, notamment le FNDU et l’APP, ont été mieux suivis que ceux de la majorité et du parti du pouvoir ? Le dire, serait très vite aller en besogne. Mais ignorer le rôle de l’opposition en plus de l’atmosphère générale de déception et de frustration qui traverse le pays équivaudrait à refuser de voir le soleil briller en milieu de journée en plein Sahara. Pourtant, les meetings du président Aziz à Nouakchott et à Nouadhibou étaient « impressionnants ». Ils avaient même fini par convaincre les observateurs les plus sceptiques qui croyaient que cet élan allait se répercuter sur le taux de participation qui semblait tant préoccuper le président. Il fat bien le constater, dans les faits, c’est exactement le contraire qui s’est traduit le jour j.

Les fameux mouvements de jeunes qui avaient investi les médias, occupés les espaces publics et privés des pages sociales sont apparus être un véritable épiphénomène passager qui n’aura pas fait mouche.

Ils sont passés en position de réceptacle du discours du président, mais ils ont échoué à confirmer qu’is méritaient bien de se positionner en héritiers de ce système qui tente de se recycler par une élection qui a, quelque que soit le résultat, fait flop. Quoi que ce soit, l’élection du 21 juin confirme tout ce que les observateurs indépendants avaient prédit : elle est tout sauf une sortie de crise dans le pays. Le refus du peuple mauritanien d’affluer massivement vers les bureaux de vote l’a exprimé.

Les observateurs internationaux, les correspondants de la presse internationale et certains organes de presse locaux ont attesté que le taux de participation était très faible. Par un coup de baguette magique, le voilà pourtant revu à la hausse ! Comme le voulait l’opposition, les mauritaniens ont préféré rester chez eux…, même si cette opposition n’a pas fait beaucoup d’efforts pour imposer son option qui, du reste, n’avait visiblement pas besoin de plus qu’un discours pour faire échec à « l’agenda » du pouvoir.

C’est la sanction du peuple qui s’est elle-même exprimée spontanément pour signifier au pouvoir que le déroulement du processus électoral n’était pas approprié. Au moins en ce qui concerne la présidentielle qu’il s’est obstinée à organiser malgré les appels répétés de l’opposition et de certains partenaires extérieurs de la Mauritanie de revoir sa date. Aujourd’hui, disons-le clairement, le peuple a désavoué le processus électoral. Et ce n’est certainement pas l’annonce du taux de participation de 52% par le pouvoir qui va changer la donne.

Partant, le président Ould Abdel Aziz ne doit pas rester indifférent à la situation. Il doit revoir ses calculs. Il doit surtout tirer les conclusions objectives qui s’imposent : la nécessité d’écouter les Mauritaniens… pas seulement ceux de son bord, mais tous les Mauritaniens. Ces derniers en ont marre de cette situation de crise, ils en ont marre des processus électoraux manipulés par les régimes, orientés par une élite corrompue et pourrie qui ne s’en tient qu’à elle-même.

Toutefois, avec la leçon du 21 juin, c’est toute la classe politique qui reçoit une gifle. Le président sortant, sa majorité mais aussi l’opposition dans toutes ses branches. La démocratie mauritanienne est malade. A l’image de son régime politique qui navigue à vue, de son armée qui tire les ficelles du jeu et de son élite compromise par la corruption, le népotisme, le clientélisme et le mensonge !

Amar Ould Béjà

lauthentic.info

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