Fatwa contre Aminetou Mint Moctar : où sont les oulémas ?

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Le Calame – Ailleurs, ça s’appelle un appel au meurtre et c’est passible de poursuites judiciaires. Ainsi, en France, « la menace, par quelque moyen que ce soit, de commettre un crime ou un délit contre les personnes, est punie de trois ans d’emprisonnement et de 45 000 euros d’amende, lorsqu’elle est faite avec l’ordre de remplir une condition.

La peine est portée à cinq ans d’emprisonnement et à 75 000 euros d’amende, s’il s’agit d’une menace de mort. » Trente millions d’ouguiyas, ça donne, clairement, à tourner sa langue sept fois dans sa bouche, avant de lancer un quelconque anathème…

Chez nous, c’est plus… voilé. Ça dépend avec qui vous êtes amis. Le nec plus ultra, c’est de prétendre l’être avec le prophète (PBL). Qui peut être plus savant que l’ami du Prophète (PBL), hein, je vous le demande, à part le prophète lui-même (PBL) ?

Donc – et ce donc est importantissime, il est la marque du raisonné – tout ami du prophète est un savant. Et ça l’autorise, donc, à émettre une fatwa. Ah, ce n’est pas rien une fatwa !

A la différence d’un avis ordinaire, bâti sur une réflexion sensée, à partir de faits et de textes discutés par une communauté de pauvres humains, la fatwa relie le vôtre, de fil en aiguille et cousu de fil blanc, au Sacro-saint du Sacré : la Parole de Dieu, Elle-même ; le Saint-Coran, au mieux ; sinon, celle du Prophète (PBL). Y a pas photo : vous dites fatwa, et votre appel au meurtre acquiert, les doigts dans le nez, droit de cité.

Yadhih Ould Dahi, grand intime du Prophète (PBL), s’il en est de nos jours, nous apprend, ainsi, que Mohammed (PBL) crevait les yeux des femmes. Une petite gâterie, comme ça, aup’tit déjeuner, sans doute, comme deux cerises sur un gâteau.Yaddhih cherche, donc, des yeux féminins coupables, autour de lui. Et il en trouve notre fatwateux de service !

Ceux d’Aminetou Mint El Moctar lui semblent particulièrement apostasiés. Hé oui, mes sœurs musulmanes, on n’est pas apostats, de nos jours, on est apostasiés. Voix passive. Nos Ahbab Errassoul auto-proclamés, s’en chargent. Foin, donc, d’« abandon, public et volontaire, d’une religion » !

Et le pauvre Ould Mkheïtir peut bien clamer qu’il n’en est rien, en ce qui le concerne, il n’en croupit pas moins au fond de sa cellule, de son épouse « divorcée» – voix passive, encore – par les bons de ces si bons amis du Prophète (PBL)… Il n’en est manifestement pas, lui. Donc, il n’est pas apte à émettre un jugement, il faut, donc, l’émettre à sa place. Et couic ! CQFD.

Aminetou croit savoir, elle, que le Prophète (PBL) ne crevait les yeux de personne et avait, même, tendance à défendre tout accusé. Naturellement, un peu comme on respire. Et d’autant plus que celui-ci était réputé ne pas jouir de tout son jugement.

Se trouvera-t-il, enfin, quelque doctes savants – vraiment savants, ceux-là – pour dire qu’en effet, oui et même au plus fort du conflit contre les polythéistes, Mohamed (PBL) ne cessa de promouvoir miséricorde, mesure et droit du faible ?

C’est ceux-là qui devraient animer, en Mauritanie, le débat des droits de l’Homme ; démonter, calmement, les erreurs, de part et d’autre, qui caricaturent le Prophète (PBL), dans un sens ou un autre ; proposer des chemins sûrs, pour vivre, au mieux, la révolution sociétale qui bouleverse notre pays, depuis soixante ans…

Cela fait trop longtemps qu’ils se taisent, laissant la Mauritanie sombrer, peu à peu, dans un chaos d’idées et de comportements excessifs. Leur silence pèse lourd, dans la balance de l’actuel débat… et pèsera, probablement, encore plus lourd, dans leur propre balance… Mais Dieu, certes, est Le Savant…

Tawfiq Mansour

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