Marche des rapatriés : Une répression brutale

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Partis de Boghé le 25 avril dernier, une caravane de marcheurs d’une centaine d’anciens réfugiés, rapatriés du Sénégal, a parcouru plus de 300 kilomètres, pour arriver jusqu’au carrefour de Madrid, zone intermédiaire entre Nouakchott et la banlieue, le dimanche 04 mai 2014. Elle a été violement chargée par les forces de l’ordre. Colère et étonnement chez tous les acteurs politiques.

En signe de solidarité, les marcheurs ont été accueillis par plusieurs milliers d’individus, issus de la classe politique, notamment quelques députés, de simples citoyens, des curieux, mais des brebis galeuses, infiltrées pour donner, parait-il, un alibi à une intervention des forces de l’ordre.

Une immense randonnée pédestre, à travers laquelle ces citoyens oubliés de tous et parqués honteusement dans des hangars, exposés aux intempéries, entendaient protester pacifiquement contre des conditions de vie misérables et qui a connu son épilogue à travers une violente charge sans sommation des éléments de la police et de la gendarmerie déployés sur place.

Celles-ci ont dispersé la foule en faisant abusivement usage de grenades lacrymogènes, avec à la clef plusieurs blessés et de nombreuses arrestations parmi les marcheurs. Les éléments infiltrés se sont volatilisés dans la nature commettant ainsi des actes de pillage dans le quartier «Carrefour de Madrid».

La volonté des marcheurs, qui voulaient arriver aux grilles du Palais de la République pour exposer leurs doléances au plus haut niveau, a été finalement étouffée. Déportés suite aux graves affrontements ethniques de la fin avril 1989, qui ont fait plusieurs centaines de victimes de part et d’autre du fleuve Sénégal, Ces hommes, femmes et enfants (parmi eux on notait un bébé de moins de 18 mois), sont rentrés au pays entre le 28 janvier 2008 et le 31 mars 2012.

Un retour organisé de prés de 25.000 individus, sur la base de l’accord tripartite signé entre les gouvernements de Mauritanie, du Sénégal et le Haut Commissariat des Nations Unies aux Réfugiés (HCR).

Promesses non tenues

Après l’entrée en lice brutale et provocatrice des forces de l’ordre, qui semèrent encore une fois de plus le désordre, prolongeant un long chapelet de bêtises dont l’origine se situe dans une absence totale de culture démocratique et de respect des droits humains, les marcheurs ont trouvé refuge dans un endroit situé dans la commune d’El Mina.

Ces populations entendent ainsi étaler devant les médias et aux yeux du monde, une vie de misère « sans eau, ni électricité, sans structures sanitaires, ni écoles, avec pour toute richesse deux (2) vaches octroyées » dans le cadre d’une opération à la nature et aux contours mal définies.

Les promesses non tenues des autorités portent sur « la restitution des terres de culture ayant fait l’objet d’une expropriation au profit d’autres personnes au moment de l’expulsion, la délivrance des actes d’état civil dans le cadre de la décriée opération d’enrôlement lancée au mois de mai 2011, l’absence des services sociaux de base à proximité des sites de recasement…

Autant de manquements qui autorisent que l’opération retour, qui a débuté sous le régime du président Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallahi, n’a été poursuivie après le putsch du 06 août 2008, que pour la consommation extérieure.

Indignation unanime de l’opposition

Après les événements du dimanche 04 mai, plusieurs partis politiques ont dénoncé « la répression brutale d’une marche pacifique » dont les organisateurs, réclamaient des droits légitimes. Le Rassemblement des Forces Démocratiques (RFD) a exprimé « son entière solidarité avec la marche et sa ferme condamnation de la répression brutale d’une manifestation pacifique, ainsi que son rejet de toute atteinte aux biens publics et privés, dont la responsabilité entière incombe au pouvoir ».

Pour sa part, l’Union des Forces de Progrès (UFP), dénonce « le déchaînement brutal de la répression sur une foule totalement prise de court, et sur des marcheurs qui ont parcouru 350 kilomètres dans des conditions particulièrement éprouvantes pour porter haut le flambeau de leurs droits spoliés depuis un quart de siècle »..

Ce parti exige l’ouverture d’une enquête sérieuse et crédible pour situer les responsables et « faire toute la lumière sur cette grave atteinte aux droits de l’homme et qu’en soient punis les coupables ». Son de cloche identique de la part du Mouvement Pour la Refondation (MPR), de l’Alliance pour la Justice et la Démocratie/Mouvement pour la Réconciliation (AJD/MR)……

Ainsi, apparaît clairement qu’au-delà des promesses non tenues et de la brutalité, ces populations n’ont rien à attendre d’un pouvoir dont les priorités sont manifestement ailleurs.

Ould Bladi

rmibiladi

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