Exclusif/ Lo Gourmo Abdoul, vice-président de l’UFP : « Des mesures pour éviter une surexposition communautaire préjudiciable à l’unité nationale ».

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Le Quotidien de Nouakchott – L’élection présidentielle du 21 juin 2014 en Mauritanie, la marche de 300 kilomètres des rapatriés, le manifeste pour les droits politiques, économiques sociaux des hartanis et le soutien apporté par l’ex maire UFP de Boghé à la candidature du président de la République à l’élection présidentielle sont au menu de cet entretien avec Lo Gormo Abdoul, vice président de l’Union des force de progrès, UFP.

QDN : Le Bureau Exécutif de l’UFP, réuni en session extraordinaire le 1er Mai, a décidé de proposer auForum pour l’Unité et la Démocratie « de boycotter l’élection présidentielle prévue pour le 21 juin 2014 en Mauritanie. » Pourquoi et qu’attendez-vous de cette décision ?

LGA : Notre Bureau exécutif a en effet ainsi décidé, à l’unanimité de ses membres, après analyse approfondie. Nous à l’UFP, nous faisons toujours ce que nous disons et nous avions déjà dit, depuis les municipales et législatives que nous ne participons pas à une mascarade destinée à tromper les gens et à légitimer un système de non alternance institutionnalisée ! Telle qu’elle se présente, la « présidentielle » est la reine des farces électorales et nous ne sommes pas preneurs de ce genre de choses.

QDN : Au moment où les différentes parties au dialogue réaffirmaient leur bonne volonté, une telle proposition de boycott était-elle opportune ?

– Le Forum pour la Démocratie et l’unité auquel nous sommes partie a exprimé et n’a cessé de réaffirmer son engagement de dialoguer avec le pouvoir pour organiser dans le pays une élection présidentielle acceptable, consensuelle, inclusive. Il a systématiquement répondu présent à tous les rendez vous fixés par le pouvoir. Sans préalable ni lignes rouges.

C’est le pouvoir dont on peut mettre en doute la bonne volonté. C’est lui qui a enfreint la règle n°1 du dialogue, à savoir l’absence de questions non discutables, l’absence de données imposées d’avance ou non négociables. C’est lui qui a voulu d’abord imposer que le nombre de jours de discussions sur l’ensemble des questions à débattre ne dépassent pas quatre (4) jours !

Et qu’en tout état de cause, l’on ne puisse pas discuter au-delà de la date prévue pour l’adoption du decret de convocation du corps électoral, c’est-à-dire le 21 avril. Au-delà de cette adte nous a-t-on dit, on discutera de tout ce qu’on veut sauf de cette élection présidentielle en vue. Donc, vous voyez, il y’avait bien un « agenda caché », une ligne rouge qui était maintenue en filigrane malgré les déclarations lénifiantes d’ouverture au dialogue.

Nous voulons un dialogue serieux. Celui-ci, en raison de l’ampleur des questions inscrites dans l’ordre du jour ne peut durer 4 jours. Sauf si c’est pour la forme et pour amuser la galerie. Nous boycottons ce nouveau 6/6 mais nous restons ouverts à la discussion pour un autre échéancier et un autre agenda qui soit serieux et consensuel.

QDN : La date de l’élection présidentielle est légalement fixee. Comment trouver une autre date « consensuelle » sans violer la constitution ?

LGA : On ne viole la constitution que si l’on ne respecte pas les règles qui y sont inscrites concernant notamment les conditions dans lesquelles ses différentes dates peuvent être légalement modifiées. Les conditions de report des élections municipales ont porté gravement atteinte aux régles et procédures prévues dans la constitution. C’est pour cela que nous les avons dénoncées.

Pour le cas actuel aussi, si le régime se décide à modifier l’échéancier présidentiel, il n’yaurait rien de plus simple : convocation du Congrès (députés et sénateurs ensemble) et adoption d’un projet de loi constitutionnelle par la majorité requise et le tour est joué. Une simple formalité protocolaire pour le pouvoir et son opposition institutionnelle ! Seuls ceux qui veulent violer la constitution la violent, comme par exemple la situation invraissemblable dans laquelle l’on se trouve encore actuellement avec des sénateurs dont le mandat a expiré au su et au vu de tout le monde, sans que ceux qui sont subitement devenus des défenseurs de l’orthodoxie constitutionnellle ne trouvent rien à y redire !

QDN : Au moment où l’opposition et le pouvoir discutent de la date de l’élection présidentielle, ont eu lieu la marche des haratine pour leurs droits, celle des rapatriés pour leurs droits également… N’avez-vous pas souvent le sentiment que ces discussions sur le calendrier électoral sont décalées des préoccupations des citoyens, du peuple?

– LGA : Ces discussions opposition et pouvoir ne sont décalées par rapport aux préoccupations des gens que si vous n’avez pas à l’espprit l’enjeu de ce dialogue. Il s’agit de savoir comment et dans quelles conditions élire celui qui va disposer du destin de notre pays pendant les 5 prochaines années. Et qui donc aura à faire face dans un sens ou dans un autre, aux questions centrales, cruciales que vous évoquez : la question des Hrattines et de leur marginalisation et celle des communautés ethniques oppimées.

Questions en plein essor, de la solution desquelles dépendra en partie l’avenir du pays les 5 prochaines années. Je ne parle pas des autres questions que tous les citoyens mauritaniens sans exclusive partagent : redistribution des richesses et des fruits de la croissance résultant notamment de nos exportations minières, éducation, santé, justice, corruption etc.

QDN : La marche des mauritaniens revenus de déportation du Sénégal est arrivée à Nouakchott dimanche 04 mai. Ces refugiés de retour, marchent pour plus de justice, contre la confiscation de leurs terres, pour l’éducation de leurs enfants….plusieurs partis politiques, organisations de la société civile sont allés a leur rencontre. Passée cette médiatisation, ces marcheurs, ne risquent-ils pas de disparaître du débat ?

– LGA : La Marche en elle-même est significative de la détermination de ces concitoyens à oser lutter, oser affronter les pires épreuves, oser souffrir le martyre pour faire entendre leurx voix. Cette marche est un cri de l’opprimé, et ceux qui ne veulent pas l’entendre, qu’ils soient du pouvoir ou de l’opposition, l’entendront quand même. Ils disent qu’ils comptent sur leur propre détermination et qu’ils ne veulent pas que l’on se substitue à eux ou que l’on instrumentalise leur lutte dans des combines politiciennes. Ils ont raison et cela est la meileure antidote contre la « disparition » du paysage médiatique du débat nartional. C’est le seul gage de la poursuite de la solidarité nationale agissante en leur faveur.

QDN : Au-delà de cette marche de 300 kilomètres, qu’est ce qu’il faut pour que ces mauritaniens revenus du Sénégal, après une vingtaine d’année d’exil forcé, recouvrent entièrement leurs droits ?

– LGA : Je crois qu’il leur faut continuer à agir comme ils l’ont toujours fait, avec courage, responsabilté et intelligence. Leur cause est juste et elle finira immanquablement par triompher. Déjà, par cette marche, ils ont élargi le cercle de la sympathie en leur faveur dans le pays mais aussi dans le reste du monde. Je crois que plus rien ne sera plus jamais comme avant. Le pouvoir devra en tenir compte. Leurs droits sont inaliénables et imprescriptibles et les crimes commis à leur encontre sont également imprescriptibles et non amnestiables jusqu’à ce qu’ils recouvrent la plénitude de leurs droits et prononcent eux-mêmes le pardon.

QDN : L’UFP et d’autres partis politiques ont appelé leurs militants et les citoyens mauritaniens à prendre part à la marche du 29 avril pour les droits politiques, économiques et sociaux des haratine. Votre appel à manifester veut-il dire que vous adhérez au contenu du manifeste lui-même ?

– LGA : Nos militants sont venus en masse à cette marche. Nous sommes les premiers dans l’histoire de la Mauriatnie à avoir posé la question des conditions d’existence des haratines et de l’exigence de l’égalité complète entre eux et le reste des mauritaniens. Nous fûmes, dans la clandestinité et sous une répression parfois féroce, le premier parti des hratines de ce pays à travers le PKM (parti des kadihines de Mauritanie) puis le MND, car le prolétariat, depuis l’indépendance de ce pays, est d’abord composé par cette couche opprimée.

Depuis, cette question a connu des développements extraordinaires dont l’aboutissement provisoire actuel est le vaste mouvement démocratique du Manifeste. Nous adhèrons à l’esprit du Manifeste et soutenons ses initiatives qui sont ouvertes, non sectaires, unitaires et démocratiques.

QDN : « Revoir les règles de partage du pouvoir pour attribuer un quota stable de 40 % au minimum (de manière tacite ou solennelle) à la communauté haratine au niveau des Institutions constitutionnelles, du Gouvernement, des Administrations et Établissement publics et des postes de hauts fonctionnaires de l’Etat (Cabinets Présidentiel et ministériel, Administration centrale et territoriale, Diplomatie, Projets de développement, Grands corps de l’Etat etc) ; » C’est une des propositions concrètes du Manifeste. Est-ce pertinent. Comment, par quels mécanismes, ce quota de 40% peut être appliqué ?

– LGA : Le Manifeste propose des mécanismes dits d’accompagnement de discrimination positive. Personnellement je ne suis pas sûr qu’il faille instautrer des quotas chiffrés. Mais je suis très ouvert à la discussion. L’essentiel est qu’il y’ait des règles démocratiques effectives. Si c’est le cas, la nature s’imposera rapidement d’elle-même. Les partis politiques sont des institutions rationnelles. S’ils savent que ne s’imposera que ce qui sera issu des urnes, alors ils feront ce qui plaira à l’opinion dans les proportions auxquelles les citoyens se reconnaîtront et adhèreront. Nous devons nous concentrer sur l’instauration des règles et garanties démocratiques. Le reste suivra. L’exemple des Etats unis avec Obama est édifiant à cet égard. Mais encore une fois tout se discute, dans la concorde et la paix civile.

QDN : « Une autre proposition concrete du manifeste : « Instituer une règle imposant que les deux postes supérieurs du pouvoir exécutif (Président de la République et Premier Ministre) ne soient plus occupés par deux personnalités de la même communauté ; la mesure permettrait de mieux favoriser le partage du pouvoir. » Qu’en pensez-vous ?

– LGA : Je pense nécessaire sur le plan institutionnel de prendre des mesures pour éviter une surexposition communautaire préjudiciable à l’unité nationale et dont seuls les extrêmistes tirent bénéfice. Des citoyens issus d’une seule et même communauté ou d’une seule et même couche d’une seule communauté ne peuvent occuper à la fois, tous les postes clés des princiaples institutions de l’Etat : un Président de la République, un Premier Ministre, un Président du Sénat et un Président de l’Assemblée Nationale, auxquels il faut ajouter les autres institutions piliers de l’Etat , comme la Cour Suprême, le Conseil Constitutionnel, la Banque Centrale etc…

Revoir les règles du jeu en la matière est une bonne chose sans tomber dans le factionnalisme libanais ! Il faut en discuter, comme d’ailleurs le Président Mockhtar Ould Daddah dit s’en être préoccupé au moment de l’accession du pays à l’indépendance, même si à l’époque, par la force des choses, le débat ne concernait que les fractions aristocratiques des différentes communautés au sein du régime naissant et non les couches opprimées en leur sein, comme les hrattines, les esclaves, les castés, les femmes etc.

Aujourdhui, ce débat doit être ouvert et largement ouvert. Il en va de l’avenir de notre pays, de la représentativité et de la solidité de ses institutions. Un jour, ce débat fera sourire nos descendants tant il leur paraîtra insolite. Ce sera alors la preuve de la routinisation de la démocratie dans notre pays. On n’y est pas encore. Donc il faut répondre aux questions de notre temps par des procédés qui relèvent de notre époque.

QDN : Votre avis sur une troisième proposition du manifeste : « Étudier différentes formules pour instaurer une Législation fondée sur la discrimination positive dans certains domaines (Accès aux établissements et bourses d’enseignement, aux financements publics et investissements, aux fonctions publiques et mandats électifs etc) à la lumière des expériences achevées ou non de certains pays confrontés à des défis similaires tels que (les États-Unis d’Amérique, l’Afrique du Sud, le Liban, l’Inde, le Brésil, le Royaume Uni…etc) »

– LGA : Il faut accepter le principe d’une action specifique de soutien en faveur des laissés pour compte historiques de ce pays. Il faut le faire intelligemment, sans stigmatiser personne, sans spolier personne, sans diminuer les acquis de personne, sans susciter quelque esprit de revanche ou de vindicte que ce soit. Il faut apprendre à mener des politiques publiques expérimentales qui suscitent la plus grande adhésion possible des gens concernés, planifiées de manière souple mais ferme, savoir définir des priorités et élaborer des agendas réalisables et contrôlables, qui intégrent le long terme, le durable et le soutenable comme perspectives, en matière d’éducation, de santé, de culture, de protection de la nature etc.

Il faut savoir s’inspirer de l’expérience positive des autres comme celles que vous évoquez, tout en ayant à l’esprit que nous sommes des mauritaniens et que nos politiques publiques doivent s’inspirer d’abord et avant tout de nos particularités historiques nationales, notre identité commune, nos contraintes et nos atouts, nos diversités etc.

QDN : Votre parti, UFP a perdu un de ses membres. L’ex maire de Boghé, Ba Adama Moussa a annoncé son soutien à la candidature du président de la République, Moham Ould Abdel Aziz…

– LGA : Oui, ça à été un coup dur. Adama Bâ est un grand patriote, un fils aimé de Boghé et très respecté dans tout le pays et même à l’étranger. Il le doit à son action et à celle de ses compagnons du parti. Son départ nous coûtera et il nous manquera. Notre parti paye son indépendance d’esprit et l’autonomie de sa ligne de conduite. Mais le parti est debout et n’est fondamentalement pas atteint malgré la rudesse de certaines des épreuves qu’il subit.

Vous savez, nous avons plein de cicatrices et de bosses accumulées depuis des décennies de combat acharné et sans arrêt. Notre parti est un vieux parti, rompu à la lutte et indestructible. Un parti qui nous survivra, nous ses membres, dirigeants ou élus, et se renforcera chaque jour un peu plus car son orientation générale est juste et claire, ses cadres sont unis et ses militants sont déterminés. Pourvu qu’il reste un vrai parti démocratique et patriotique, tout ira bien pour lui et pour notre peuple.

Propos recueillis par Khalilou Diagana

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