Une marche pour l’histoire

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Après dix jours de marche tout au long de 318 km, distance séparant Houdalaye de Nouakchott, la centaine de marcheurs issus des sites d’accueil des rapatriés mauritaniens du Sénégal entre 2008 et 2012 a donné une léçon de sacrifice et d’abnégation à nous autres. Ces dizaines de femmes et d’hommes, de toutes les classes d’âge, issus des 118 sites disséminés dans 5 régions du pays, ont démontré à tous qu’ils étaient d’abord des citoyens lesés et des compatriotes laissés pour compte.

Pour avoir eu à croiser leur chemin à deux reprises, votre serviteur a été plus que fasciné par la détermination de ces marcheurs presque en haillons. Sûrs d’eux et confiants de la justesse de leur cause, ils ont toujours tenus à duire, sans ambage, qu’ils n’en avaient rien à foutre de la politique et que leur combat s’inscrivait plutôt dans une démarche révendicative à connotation patriotique et pacifique. A plusieurs reprises, ils ont démontré combien la situation leur est gênante, car ils auraient voulu ne pas être dans l’obligation de tenter cette aventure périlleuse pour la plupart d’entre eux. Surtout en cette période de l’année où les températures atteignent le zénith ! Ils ont dit qu’ils avaient voulu que ce qui leur revenait de droit dans leur pays leur soit attribué. Ils avaient volu que le gouvernement mauritanien applique, à la lettre, les termes de l’Accord tripartite dont l’esprit avait présidé à leur retour

volontaire dans le pays des leurs. Ils auraient surtout voulu que le Président Ould Abdel Aziz se souvienne des mots forts qu’il leur avait tenu lors de son putsch, en 2008, quand il disait, à leur adresse, : « vous^avez quitté vos camaps d’infortune au Sénégal et vous vous êtes aujourd’hui retrouvés réfugiés dans votre pays. Cette situation est inacceptable et nous travaillerons à la changer » ! Depuis, beaucoup d’eau a coulé sous les ponts comme l’on dit !

A entendre parler les Marcheurs, l’on se demande où sont opassés les 23 milliards que l’Etat dit avoir dépensé, entre 2008 et 2013, dans l’opération d’accueil et de réinsertion des rapatriés à travers l’ANAIR. Selon eux, ce qui a été fait est loin de répondre aux attentes de personnes dépouillées et chassées arbitrairement de leur pays et rentrés sans le sou. L’Etat qui avait promis des écoles, des points d’eau, des postes de santé, la restitution des terres, la reconstitution des carrières et le rétablissement de l’état-civil, a tout simplement fait dans le « semblant ». Au jour d’aujourd’hui, soutiennent-ils, la plupart des sites comme celui de Kadiel Abou dans le département de Bababé s’abreuvent à partir de citernes. A défaut, c’est l’eau du Fleuve qui est consommée. L’école du site ne dispose pas d’enseignant, car celui qui a été recruté à titre de contractuel, n’en fait qu’à sa tête et ne se rend à l’école que quand le coeur lui dit. Comme la plupart des « enseignants » du site, il se sent le protégé d’un puissant. Alors, que les enfants des rapatriés, pénalisés le plus souvent par les conditions des parents et l’absence de papiers d’état civil, aillent se jeter au Fleuve !

En effet, sur les 25 milles rapatriés, seuls, moins de 98 mille disposent de leurs papiers. Pourtant, à leur retour, ils avaient subi des procédures de vérification et de contrôle qu’aucun autre mauritanien n’a jamais subi ; Jugez-en vous mêmes ; dès l’enregistrement de la demande de retour volontaire par le HCR, l’Etat mauritanien vérifie d’abord au niveau du village d’origine présumé de l’intéressé, puis auprès du chef lieu de la commune dont dépend le village, ensuite auprès de la Moughatâa avant de confirmer au niveau de la Wilaya et achever le tout par une opération similaire au niveau du ministère de l’intérieur. Mieux, les données civiles et références sociales de chacun d’entre eux, en plus de leurs empreintes assorties d’une photo sont collectées par captage biométrique dès la traversée du Fleuve avant le transfert au site de destination. Pourquoi alors restent-ils tant d’années privés de leur état-civil, alors que dans l’article 9 de l’Accord tripartite, le gouvernement mauritanien s’engageait à établir les actes au plus tard trois mois après le retour du rapatrié ?

Ensuite, ils évoquent la question des terres. Celles qui étaaient jadis les leurs et pour lesquelles ils avaient des titres de prpriété protégés par la loi et que des administrateurs corrompus, gabegistes ou chauvins avaient attribué à d’autres. Pire, ils déplorent que les espaces vitaux de leurs villages de retour soient obstrués par des attributions arbitraires et humiliantes que les administrateurs continuent à attribuer à des influents ou à des riches. Là, ils évoquent les cas de Boynguel Thilé où un influent officier a installé un grillage autour du village pour aphyxier les hommes et le bétail dans une ultime action de vassalisation politique orchestrée. Ils parlent aussi du gravisssime cas de Donaye (Brakna) où un exploitant qui n’est même pas en mesure de produire son titre de prpriété présumé mène la vie dure aux populations qu’il prend en tenaille, occipant même l’espace des cimétières, ce qui oblige les morts
mauritaniens de Donaye d’être inhumés au Sénégal, faute de place !!

Tout ceci est sérieux et inquiétant. Le Président Ould Abdel Aziz ne devait, sous aucun prétexte, accepter que des choses pareilles persistent, car la vicitude est criante dans tout celà ! Il se doit d’être à la hauteur de l’action en récevant les Marcheurs et en donnant ordre, que les cas reglables sur le champ le soient. Il doit surtout prendre, lui-même, en charge le dossier et commencer par une visite des sites pour se rendre compte de l’état de la situation évoquée par les Marcheurs.

Une fois quand il aura vu, il saura que l’ANAIR avait été un immense gâchis pour la Mauritanie et un véritable gouffre financier qui n’a point profité aux populations-cibles et or(donner, en conséquence, un audit retroactif de la gestion de cette agence qui a voulu mener un ambitieux programme d’installation et de réisertion en ne brassant que du vent sur les ondes et les écrans !

Et dans tous les cas, ces Marcheurs méritent un accueil digne de héros, car ils incarnent une nouvelle page civilisée et pacifique dans la lutte pour les droits en Mauritanie.

Amar Ould Béjà

lauthentic

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