La liberté des amnésiques !

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Le nouveau projet de loi sur la cybercriminalité qui fait jaser tous les milieux attachés à la liberté d’expression inquiète à plus d’un titre, les professionnels de la communication. Tous étant persuadés qu’au lieu de servir comme cadre juridique ne régissant que les contraventions et crimes qui pourraient être commis par des « outils » liés à la toile, elle pourrait bien s’élargir comme la toile d’un parachute étalé.

Touchant tous les domaines et toutes les formes de l’expression, elle vise en effet à mettre entre parenthèse la loi régissant la liberté de presse.

Par des voies détournées, elle nous resserre, sur un plateau cabossé, le fameux article 11 et la trop pénale loi revissée en 2006. Plus, elle introduit le principe de la « licité » de certaines pratiques d’écoutes, de mise sous surveillance et d’espionnage en dehors du contrôle du juge. C’est, en quelque sorte, une carte blanche aux cyber policiers ou aux « flicnautes » pour nous épier à travers nos échanges par mail, facebook et bientôt par skype.

En d’autres termes, les hommes chargés de conseiller le président de la République sur le volet juridique de cette loi, l’ont tout simplement trompé. Par eux et à cause d’eux, l’Etat avance, désormais à visage découvert, sous couvert d’une loi qui, dit-on, n’est qu’un copier-coller, d’un texte déjà en vigueur (avec beaucoup de contestations aussi) au Sénégal voisin.

Le « truchement » est tellement évident que ce projet de loi introduirait, en son article 40, la notion dite de « l’orientation sexuelle » comme une sphère privée que protège désormais la loi. Ce qui voudrait dire qu’un travesti, un homosexuel, une lesbienne peut s’en prévaloir en toutes circonstances devant les tribunaux mauritaniens, car la vie privée électronique est désormais sacrée.

Une « avancée » par ignorance est donc en train d’être enregistrée par la Mauritanie à travers une bévue du législateur trop paresseux pour produire de lui-même et sur les fondements objectifs de l’évolution de la société, un texte qui prend en considération l’impératif de respecter les droits sacrés à l’expression tout en protégeant l’Etat et la vie privée.

Malheureusement, c’est le contraire qui se passe. Sous le prétexte de la lutte contre la cybercriminalité qui soutient toutes les formes de crimes graves qui vont du terrorisme à l’état brutal comme celui d’Al Qaida et ses membranes, à la pédophilie jusqu’au blanchiment de l’argent et l’escroquerie à l’ivoirienne, nigériane ou encore ghanéenne, le législateur met les Mauritaniens sous la coupe des espions de l’Etat qui écoutent tout, pistent tout, fouinent partout, jusqu’à dans votre crâne.

C’est dire que c’est peine perdue de croire que les « crachats » de votre clavier pourraient échapper à la « Cellule » aux mille ordinateurs branchés, vingt-quatre heures sur vingt-quatre heures, sur toutes les « sorties » sons, images, codes des appareils et outils de communications de tout calibre qui fonctionnent dans le pays à l’heure !

Aujourd’hui, la crainte est sérieuse et grande de voir cette loi détournée de son sens et de ses objectifs initiaux. Exactement comme fût le cas avec la création de l’Agence de l’état-civil et des titres sécurisés. Initialement fondée pour un noble et stratégique objectif de sécuriser et de fiabiliser les données civiles des citoyens, elle a été, trop vite, été instrumentalisée à des fins destructrices en privant de milliers de Mauritaniens de leur état civil, tout en reconduisant. Partant, cette grande supercherie appelée « état-civil » a permis à des milliers de sahraouis, de maliens, pour ne parler que ceux-ci, de s’inscrire sur le fichier national de l’état-civil, alors que dans la Vallée, de milliers de Mauritaniens depuis la nuit des temps, avant même que la Mauritanie n’existât, demeurent privés du droit à la citoyenneté !

Ainsi donc, cette loi est tout simplement dangereuse. Elle est le texte le plus liberticide que les pouvoirs publics ont eu à édicter depuis 1991. C’est dire qu’elle est pire que la loi de Ould Taya sur la presse.

Pourtant, à Nouadhibou, le Président a déclaré devant les journalistes que cette loi n’avait rien de « liberticide ». Il ne savait, peut-être pas, en prononçant ces mots que ses conseillers l’ont berné et qu’ils ne lui ont pas dit la vérité. Une non-vérité qui lui-même a dite au peuple. Et dans les deux cas, c’est très grave.

Un homme qui a accepté d’accorder des libertés et des droits, notamment sur le champ de l’accès à la libre expression, ne devrait pas laisser passer un texte pareil qui fait l’unanimité contre lui ; un texte que tous les professionnels du secteur décrient. Même le très « sage » Syndicat National des Journalistes a tiré les sonnettes d’alarme, ajoutant sa pesante voix à celle de centaines d’internautes et de jeunes, politiquement engagés dans tous les bords, pour exiger la suspension des procédures de discussion de cette loi dans les deux chambres. Un président qui cherche à être réélu tranquillement, ne s’en prend point aux libertés.

A moins qu’il ne soit face à un électorat amnésique !

Amar Ould Béjà

lauthentic

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