L’inextricable problème des Gazras : Après cinq ans d’attente, la colère des populations

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Aidara Cheikh – La tension est vive ces jours-ci dans les principales Moughataas de Nouakchott, objet de restructuration. La colère grandit en particulier à Arafat et à Toujounine, là où les occupants des anciens squats, aujourd’hui régularisés, ne savent plus à quel saint se vouer après cinq longues années d’attente pour voir le bout du tunnel.

«Nous ne savons pas, malgré nos badges, si nous vivons dans un quartier loti ou si nous sommes toujours dans une gazra » s’exclame une quinquagénaire du Secteur B d’Arafat. Elle est loin cette image d’Epinal, montrant le «Président des Pauvres» s’inclinant en 2009 devant un vieillard blotti dans une vieille bicoque de Haye Saken à Nouakchott.

Cinq années après, les milliers d’habitants des bidonvilles semblent aujourd’hui se résigner à l’idée que la prétendue opération de restructuration des Gazras, lancée à l’époque, n’était en fait qu’une simple carte électorale pour rafler les présidentielles en vue.

Sur le terrain, rien dans la vie des anciens squatters d’Arafat et de Toujours ne semble en effet avoir changé. Ils déclarent au contraire vivre le pire moment de leur existence. «Au moins avant, déclare Sidi Mohamed, un habitant du Secteur B d’Arafat, nous nous étions au moins résignés à notre sort et menions notre vie en toute quiétude ; aujourd’hui, nous vivons l’anxiété de ni ni, ni loti ni déguerpi, avec sur la tête une éternelle épée de Damoclès ; et cela dure depuis cinq années.»

Pour Vatma, une mère divorcée avec cinq enfants, «nous savons que le président de la République est de bonne foi, on lui dit que tout est fini, les problèmes des gazras sont réglés et il y croit ; en réalité, on vit dans l’anxiété depuis plusieurs années».

En fait, l’opération de restructuration de Nouakchott bute sur une dernière procédure. Celles des «Moudkhalat» ou interpénétration. Un véritable casse-tête pour les services de l’urbanisme. Il s’agit de parcelles contigües appartenant à des voisins qui, face au décret du moment, se sont transformés en ennemi juré.

En plus des problèmes de délimitation entre des frontières domaniales souvent contestées, se double l’inextricable équation de savoir qui possède le plus gros terrain, qui ne possède pas assez de superficie pour garder son lopin de terre.

Dans ces conflits sur le foncier interviennent souvent des facteurs subjectifs, où le népotisme et le clientélisme ont souvent le dernier mot. Les conflits latents et les colères les plus sourdes se passent surtout dans les Secteurs 13 B et 13 C d’Arafat. Les protagonistes les plus véhéments sont souvent les femmes.

Ces dernières déclarent avoir tenté de sensibiliser les membres de la Commission de délimitation avant d’aller voir directement la nouvelle ministre de l’Habitat. Cette dernière aurait avoué avoir personnellement demandé à sa commission de surseoir à son travail, le temps qu’elle s’imprègne du faramineux et complexe dossier de la restructuration des anciens bidonvilles de Nouakchott. Sans fixer un délai. Or, les habitants se sentent au bout du rouleau après cinq années d’attente.

Le mercredi 2 avril dernier, les habitants de Toujounine ont ainsi organisé un grand meeting au cours duquel ils ont fustigé la ministre de l’Habitat et de l’Urbanisme, Mme Vatma Habib, réclamant qu’elle fasse plus de célérité. Ils trouvent dérisoire de confier une si grande mission à une seule Commission. Ils ont réclamé la création de plusieurs autres commissions pour accélérer l’achèvement des opérations d restructuration.

C’est la même grogne et la même colère qui montent au Secteur 2 d’Arafat où les problèmes de «Moudakhalat» montent en crescendo, mettant aux prises, dans un affrontement quasi quotidien, voisins contre voisins. A l’ire causée par la grosse attente, se greffe la frustration entre ceux qui sont autorisés à construire et exploiter leur lopin de terre et ceux qui en sont interdits.

«Presque tous mes voisins ont fini de construire, alors qu’on m’en empêche ; chaque fois que je mets une brique, un policier ou un garde alerté par une plainte du voisinage, vient m’intimer l’ordre de tout arrêter » rouspète Alpha, un journaliste. Pour lui, comme pour son voisinage, les autorisations et les interdictions de construire sont distribués par l’Agence de développement urbain (ADU) sans qu’ils en saisissent les critères d’attribution.

Profitant de la période préélectorale, les anciens squatters de Nouakchott, conscients de leur poids démographique, comptent ainsi se faire entendre par les autorités. «Si Aziz veut se faire réélire avec nos voix, il n’a qu’à régler les problèmes de la Gazra » s’exclame Toutou, une fille de salle qui occupe un terrain au Secteur 2 d’Arafat. D’autres déplorent leur argent parti en fumée, et que l’euphorie du nouveau propriétaire foncier avait poussé à acquérir ferraille, briques, ciments et briques.

«Regardez, tout est foutu» montre indigné Abdallahi en désignant des rangées de briques dont la moitié sont cassées, un monticule de sable de construction dévoré par le vent et des lamelles de fer rongées par la rouille.

«En définitive, nous ne savons même pas si nous vivons dans un quartier loti ou dans une gazra » s’interroge une quadragénaire du Secteur B d’Arafat qui ajoute, «nous pensons que pour le président Aziz, cette histoire de bidonvilles à Nouakchott est fini comme le lui rapportent ces sous-fifres ; mais je tiens à lui rapporter que la souffrance des habitants reste encore vive».

Les femmes du Secteur B ont exprimé leur crainte de voir le président Aziz perdre les prochaines élections et avec lui, qu’elles n’enterrent leur rêve et leur dernière espérance.

JOB

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