Ce que vous ne savez pas sur Ould Dedew : Les risques du (nouveau) métier. Mohmed Ould Sid’Ahmed – Le marabout star

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Quels secrets d’alcôves l’agresseur de l’érudit Mohamed El Hasse ould Dedew peut-il bien détenir qui lui procure l’immunité contre un chef religieux suivi par des milliers d’adulateurs ? La réponse se trouve peut être dans le parcours singulier de Ould Dedew lui-même.

En effet, et bien que la Mauritanie ait produit des milliers d’ulémas dont l’érudition islamique force le respect dans le monde musulman depuis des siècles, aucun n’a atteint une notoriété ni un auditoire aussi grand (télévisions satellites, internet et réseaux sociaux islamistes aidants bien sûr) que ceux de Mohamed El Hasse ould Dedew.

Les vénérables cheikhs Bouddah Ould Bousseiri, Mohamed Salem Ould Addoud (le défunt propre oncle d’Ould Dedew), Ould Sidi Yahya, Hamden Ould Tah, Abdallahi Ould Boya, Ethman Ould Abou El Maali et bien d’autres tous connus des mauritaniens et tous aussi érudits et respectables ne se distinguent pas par l’ascension fulgurante et la médiatisation internationale de Ould Dedew mais, ils ont l’avantage en revanche de n’avoir jamais été frappés par leurs disciples.

Né en 1963 à Boutillimit, Ould Dedew a été formé dans la mahadhara de son oncle maternel Mohamed Salem Ould Addoud, l’un des érudits les plus respectés du monde islamique de ces quarante dernières années. Ould Dedew a été rapidement repéré à l’ISERI de Nouakchott par les dirigeants de l’institut saoudien d’Etudes Islamiques de Nouakchott qui l’envoyèrent se former au wahhabisme à l’université Ibn Saoud à Riyad. Là les frères musulmans saoudiens et jordaniens le cooptèrent au sein de leur organisation semi-secrète et l’envoyèrent comme conférencier à travers le monde y-compris aux Etats-Unis pour recruter de nouveaux adeptes.

Ould Dedew rentrera en Mauritanie pour s’y installer comme imam à Nouakchott et coordonner son action politique avec les frères musulmans locaux dont Jemil ould Mansour. Il s’isole alors rapidement des autres ulémas du pays et entre en désaccord avec son propre oncle dont la mahadhara d’Ehl Addoud est plus ancienne que le mouvement égyptien des frères musulmans fondé par l’instituteur Hassan Al Banna en 1928.

Unanimement respecté par les mauritaniens et dans le monde islamique, ayant été des plus grandes universités islamiques et donne des conférences devant des rois émirs et présidents du monde musulman, Mohamed Salem ould Addoud décèdera d’ailleurs dans sa mahadara d’Oum Alkoura en gardien des traditions de l’islam, certes conservateur, mais bienveillant et pacifique hérité de ses ancêtres, prônant la paix et le rapprochement entre les tribus, les ethnies et les peuples.

C’est l’établissement de relations diplomatiques avec Israël par le régime d’Ould Taya en 1996 qui donnera à son neveu l’occasion de se positionner en tant qu’imam politisé et radical et conduira à son arrestation par le régime dictatorial d’ould Taya qui le rendra populaire.

Ould Dedew se met alors à émettre des fatwas et devient de facto le chef spirituel du courant islamiste mauritanien qu’il dirige officieusement tout en mettant en avant Jemil ould Mansour qu’il considère utile comme activiste politique en Mauritanie mais n’autorise pas pour autant à conduire les prières ni à être l’interlocuteur direct des leaders internationaux du mouvement alors en Arabie Saoudite et en Jordanie puis plus récemment au Qatar.

Avant l’autorisation officielle du parti Tawassoul, Ould Dedew insistera d’ailleurs toujours pour signer lui-même les accords politiques secrets qui engagent la mouvance islamique que ce soit en Mauritanie et à l’étranger, surveillant de près les ambitieux et bouillonnants Jemil ould Mansour et Mohamed ould Ghoulam.

Ceux-ci n’étant ni érudits ni même simple imams, de rang social moins prestigieux dans un pays encore très féodale, Dedew n’a pas trop de mal à obtenir leur allégeance alors qu’il n’est pas l’un des fondateurs historiques de leur mouvement.

Après le renversement du régime d’Ould Taya en 2005 et de retour de ses fréquents voyages dans les pays du Golfe, Ould Dedew prend alors du poids et se retrouve soudain à la tête d’une fortune grandissante.

Il s’éloigne de ses parrains et formateurs saoudiens dont le clergé religieux est strictement fermé aux étrangers non saoudiens de naissance et dont le puissant Grand Mufti est quasi-inaccessible, et se rapproche de leur adversaire et concurrent l’ambitieux émirat du Qatar qui ouvre ses portes aux étrangers et laisse même un égyptien diriger la prière des émirs et lui accorde la nationalité qatarie et une tribune mondiale sur Al Jazeera.

En Mauritanie avec la santé déclinante de son oncle Ould Addoud, l’influence d’ould Dedew grandit et il se positionne politiquement en faveur de certains candidats politiques réputés proches des islamistes comme Ould Haidalla, puis soutient ouvertement le printemps arabe. Pour une raison ou une autre les régimes qui se suivent après Ould Taya le laisse faire sans jamais vraiment l’inquiéter car il ne les attaque jamais de front.

Sous la présidence de Sidi Ould Cheikh Abdellahi il plaide pour la légalisation du parti Tawassoul, et le changement du week-end international vers le week-end musulman du Vendredi et Samedi. Avec les militaires qui renverseront Sidi Ould Cheikh Abdellahi son ambition demeure inchangée, c’est l’approche utilisée qui le devient. Ould Dedew s’inspire désormais de l’exemple des frères musulmans au Soudan et veut devenir le Hassen Tourabi de la Mauritanie.

Il semble même un certain temps avoir leur attention et le général Mohamed Ould Abdel Aziz le reçoit deux ou trois fois au palais présidentiel et accepte même son arbitrage pour régler l’affaire des banquiers ould Noueigued et ould Abdellahi accusés d’avoir détourné des milliards de la banque centrale.

Il arriver à les tirer des griffes de la police chargée des crimes financiers en cautionnant un accord qui contraint les banquiers à rembourser la BCM avec un échéancier avec un taux d’intérêt que l’on dit dit être entre 7% et 10% car la divulgation de cette pratique d’usure nuirait à son image d’homme de religion.

Il tente de convaincre le régime de créer un poste de mufti national. Ould Abdel Aziz et Ould Ghazwani qui ont grandi dans une Mauritanie aux mille mahadhra et mille uléma rejettent catégoriquement l’idée et le régime commence alors à voir Ould Dedew pour ce qu’il est véritablement ; un concurrent pour le pouvoir qui utilise Tawassoul comme cheval de Troie.

Au cours de ces dix dernières années Ould Dedew est devenu une sorte de star parmi les ulémas. Plus jeune et plus riche que la plupart d’entre eux, il prône des idées étrangères aux traditions mauritaniennes. Il est par exemple favorable à la représentation des califes et des compagnons du prophète au cinéma et à la télévision. Il est aussi favorable à la musique et à même organisé à grands frais en 2011 un festival de musique religieuse où il esquissera lui-même quelques pas de danse.

La réputation de Ould Dedew, qui à ce moment-là est à son sommet auprès de la jeunesse, commence alors à se lézarder au sein des couches intellectuelles en Mauritanie. Les influents chefs religieux traditionnels mauritaniens qui, malgré l’absence d’un clergé organisé et structuré comme le sont les mollahs chiites ou les muftis wahhabites du Moyen-Orient, demeurant tout de même puissants dans une république islamique dont 100% de la population est musulmane et duquel le président répète sans complexe et à chaque occasion qu’elle n’est pas laïque.

Ould Dedew s’attire alors la désapprobation de plus en plus publique de certains de ces Oulémas respectés comme Hamden ould Tah et Ehtmane ould Abou El Maali. Ils l’accusent d’ignorer la religion et de prôner le chaos et le désordre. Dans ces prêches Ould Dedew va jusqu’à encourager la désobéissance aux autorités, puis rappelé discrètement à l’ordre par on ne sait qui, se rétracte et radoucit son discours.

Pire, parmi ses cousins de la tribu des Messouma et du grand ensemble Lemtouna, Tajkant, Ideyboussate, les langues commencent à se délier et deviennent critiques envers le turbulent érudit et font apparaître principalement l’image d’un homme qui ne dit pas toujours la vérité, ce qui est un euphémisme pour ne pas simplement le traiter de menteur. L’autre image qui apparaît plus clairement est celle d’un homme plus porté sur les plaisirs de la vie terrestre que concerné par sa place dans l’au-delà.

Un érudit qui roule en Land Cruiser V8 et voyage en première classe, achète de vaste terrains et des maisons auprès des courtiers en immobiliers, multiplie les mariages avec des jeunes filles, possède des comptes en banque et des coffres pleins à craquer, ça ne passe pas inaperçu en Mauritanie où la majorité de la population est pauvre et où tous, pauvres et moins pauvres, scrutent les possessions des autres.

Ould Dedew est aussi un homme qui aime la célébrité et la fréquentation des gens importants. Par l’intermédiaire de ses amis de l’internationale islamiste il se fait introduire auprès de celui qui est alors la star des stars des oulémas du monde islamique Youssef Al Qaradaoui qu’il arrive à inviter à Nouakchott en 2011. Cette amitié ne durera pas bien longtemps quand le vieux égyptien comprendra que le jeune mauritanien veut prendre sa place à l’organisation internationale des oulémas musulmans et à Doha comme vedette de l’émission d’Al Jazeera « Al Charia wa al hayat ».

Qaradaoui, est alors au sommet de son influence médiatique en 2011 car il est autorisé par les islamistes au pouvoir à revenir sur le territoire égyptien après 30 d’exil et le 18 février 2011 dirige sur la place Tahrir la prière du vendredi. Il est également instrumentalisé par le Qatar dans leur soutient à la guerre civile libyenne et le 21 février 2011, Qaradaoui émet la fatwa appelant à assassiner Mouammar Kadhafi.

Puisque l’Arabie Saoudite ne veut plus de lui et que le Qatar a déjà Qaradaoui, l’internationale islamiste fait comprendre à Ould Dedew que sa place est en Mauritanie où il pourra être utilisé en temps voulu.

Il émerge donc chez nous comme personnage particulièrement dangereux, qui joue sur nos traditions, manipule avec habilité notre respect ancestral des oulémas, le nom et la réputation de sa famille respectée et la crédulité et l’ignorance de certains jeunes pour faire avancer son dangereux agenda personnel et celui de ses complices de l’internationale islamiste qui n’avaient jamais eu aucune emprise réelle sur la Mauritanie.

Un phénomène étranger à la culture mauritanienne

Nombreux sont ceux qui commence donc à s’interroger sur le phénomène Dedew. D’où lui vient tout cet argent ? Pour le compte de qui Ould Dedew travaille-t-il ? Que veut-il vraiment ? Car contrairement aux érudits tels que Bouddah ould Bousseiri, Mohamed Salem ould Addoud ou ould Sidi Yahya et les milliers de nos oulémas qui ont consacré leurs vies à éduquer les couches ignorantes et les plus démunies de la population mauritanienne dans un Islam pacifique, tolérant et pratiquant une vulgarisation positive des enseignements religieux pacifiques ;

Dedew lui est un personnage qui tient un discours qui menace la paix sociale et qui dans son comportement privé mène une vie de mollah adulé tel une icône. Ould Dedew n’a pas vraiment de temps pour les pauvres ou les ignorants ? Il a des orphelinats et des centres de formation qui s’occupent de cela. Il cherche surtout des adhérents puissants et riches pour son mouvement et des élèves prédicateurs pour son centre d’Arafat. Il n’assiste, parait-il, qu’aux funérailles des riches et des notables.

Consoler des riches héritiers est toujours moins coûteux et peut même rapporter gros. Il n’est pas rare de le voir se faire inviter à dîner par des ambassadeurs ou milliardaires tels ould Ghadda et ould Noueighed. Surtout que depuis l’histoire des banquiers, à laquelle il s’est mêlé, il est devenu le conseiller en finances islamiques de ce dernier.

Cette affaire a d’ailleurs crée un précédent très juteux pour Ould Dedew puisqu’il s’est vu confier à sa suite d’autres conflits financiers opposants des hommes d’affaires (certains se querellant pour les droits d’une licence minière d’autres pour un titre foncier). A chaque fois, bien sûr, ces conflits n’atteignent pas la justice et le Cheikh reçoit de l’une ou même des deux parties une gratification pour son aide à la résolution à l’amiable du problème.

Avec l’aide de ses disciples les légendes de miracles accomplis par le cheikh commencent à courir comme à leur habitude en Mauritanie. Telle femme stérile a eu un enfant après l’avoir consulté, tel cancéreux a été guéri etc. Jouant sur la crédulité, l’ignorance et le désespoir des populations faibles, le cheikh se construit une réputation de saint homme touche par la grâce de Dieu. Il passe de plus en plus de temps à voyager, récolter des fonds auprès des pétromonarchies du golfe.

Ne craignant plus la prison telle qu’à l’époque de Ould Taya, amis des émirs, des banquiers, des leaders religieux étrangers, se prononçant publiquement et régulièrement sur des question nationales et internationales, participant et organisant parfois lui-même forums et conférences sur les sujets les plus divers, Ould Dedew est devenu une star et s’est naturellement habitué à l’adulation de sa personne. C’est pour cela que le coup de poing qui a atterri sur sa lèvre le jeudi 13 février a sonné comme un coup de tonnerre.

Qu’est ce qui a conduit à l’agression d’un ouléma en terre d’Islam ? La majorité silencieuse des mauritaniens a assisté médusé à un phénomène étranger à sa culture et ses traditions islamiques ancestrales. De tout temps les ulémas ont été respectés, honorés et aimés si ce n’est vénérés par les mauritaniens. Chez nous, c’est littéralement le cas ; on ne jure que par eux.

La Mauritanie est un pays dans lequel le simple fait de tenir des propos en public contre n’importe lequel de nos ulémas est extrêmement mal vu et le malheureux ‘blasphémateur’ reçoit immédiatement l’injonction de se taire ou bien il prend le risque de se voir bannir de l’assemblée ou de se faire lyncher par l’assistance. Oser porter la main sur l’un d’entre eux est de l’ordre de l’inconcevable et ne s’est en fait jamais vu en Mauritanie.

Le journaliste Mohamed Vall Ould Oumeir en été si offusqué qu’il a été jusqu’à écrire dans un article mis en ligne le 16 février 2014 que « Un acte d’agression envers lui [Ould Dedew] est plus grave à mes yeux que la destruction de la Bibliothèque nationale, que l’incinération de billets de banque, que l’acte de déchirer le drapeau national, que toutes les offenses faites à touts les symboles de l’Etat… parce qu’il en fait partie ».

Les plus superstitieux parmi les disciples de la secte d’ould Dedew croient d’ailleurs sincèrement que celui qui tentera une telle abomination contre un saint homme verrait la foudre de Dieu s’abattre sur lui instantanément ou du moins sa main figée dans une paralysie permanente. La malédiction de son acte blasphématoire poursuivrait sa famille de génération en génération.

Bref, le ciel lui tomberait sur la tête sous forme d’une ‘tazabout’ expresse. Et pourtant, à quoi avons-nous assisté il y a quelques jours ? Ni foudre divine, ni paralysie ne sont venues neutraliser l’agresseur du saint homme. Tout juste quelques braves musulmans se sont-ils interposés pour éviter que le marabout ne finisse à l’hôpital assommé par un coriace Ould Demane visiblement indifférent à l’aura prophétique d’ould Dedew.

Un fait divers révélateur

La manipulation de l’Islam par certains groupes à des fins de domination politique et sociale, l’endoctrinement des jeunes peuvent facilement faire sombrer un pays dans le chaos. Les exemples tunisien, libyen, égyptien, malien et syrien sont là pour nous le rappeler si besoin en était. L’islam qui était le ciment de cette nation fragile est devenu aujourd’hui l’alibi de toutes les violences.

Tantôt des manuscrits religieux brûlés par Biram pour lui assurer une renommée sensée lui paver son chemin vers une hypothétique présidence, tantôt un forgeron qui insulte le prophète pour dénoncer le système des castes et qui du coup cause des manifestations quotidiennes exigeant sa punition. Notre religion est attaqué ou instrumentalisée pour dénoncer tout et m’importe quoi. Pendant ce temps le désordre s’installe.

Les forces de l’ordre essayent de ramener le calme dans les rues du pays, les islamistes de Tawassoul en profitent pour augmenter leur nombre au parlement et Jemil ould Mansour annonce désormais clairement que leur objectif est la présidence du pays. On sait ce qu’il advient des pays où ses mouvements religieux extrémistes et intolérants en prennent le contrôle : guerre civile, chaos, morts par centaines de milliers, écroulement de l’état et destruction du pays. Ce n’est pas cela que les mauritaniens souhaitent pour leur pays.

Quand les oulémas continuaient à remplir leur noble rôle d’enseignants et de gardiens des valeurs religieuses ancestrales la paix civile était garantie mais, dés qu’ils commencent à entrer dans les organisations secrètes, les deals politiques, les affaires et à s’entourer de jeunes enclins à la violence c’est l’instabilité qui menace le pays et leur propre rôle dans celui-ci.

La réponse à la question « qu’est ce qui a conduit à l’agression d’un ouléma sur une terre d’islam ? » devient alors évidente. C’est tout simplement parce que celui-ci a cessé de se comporter en homme de religion et de paix préoccupé avant tout par l’au-delà et qu’il est entré dans le monde des affaires, des magouilles politiques, de la recherche des richesses matérielles ainsi que de l’influence politique.

Ce genre de comportement enlève automatiquement au religieux son aura de sainteté et sa respectabilité et en fait l’égal d’un chef de gang ordinaire. Dans le monde de ces voyous-là, il n’est pas rare de voir un jeune loup se rebeller contre son chef. C’est peut être ce qui vient d’arriver à ould Dedew. Ce sont-là les risques de son nouveau métier.

Mohmed Ould Sid’Ahmed

Cheikh.terrouzy@gmail.com

cridem

Commentaire

antipervers24/02/2014 12:55 X
Ce texte comporte un nœud de désinformation sur la biographie de prime jeunesse de monsieur ould deddew. Il semble que l’objet en soit de minimiser et brouiller la place centrale qu’y tient l’environnement tribal, intellectuel et culturel des clan tribaux qui ont contribués à la formation initiale de monsieur deddew et continuent à graviter autour de lui, pour former le noyaux dur de sa mouvance.

Cela commence par l’occultation du fait que Ould Dedew a d’abord et avant tout été repéré par son oncle maternel, remarquable érudit et influente personnalité dans le monde de l’éducation et des administrations islamiques. Mohamed Salem Ould Addoud, contribua ainsi raccourcir (de façon mérité) le parcours de son brillant neveux dans le système éducatif mauritanien (ISERI), l’aida à obtenir les bourses d’études à l’étranger et veilla à ses premiers placements dans les instances islamiques internationales.

C’est cet oncle maternel qui est aussi le vrai promoteur de la « mahadra addoud » et fît de cette mahadra familiale modeste, le haut lieu d’enseignement qu’elle est devenue dans les années 80. Le mythe naturel qui accompagne tout succès, faisant imaginer celle-ci comme, similaire à elle-même ; depuis des « des siècles et des siècles ». La volonté de brouiller les cartes est aussi révélé par l’affirmation suivante « parmi SES cousins de la tribu des Messouma et du grand ensemble Lemtouna, Tajkant, Ideyboussate » etc

Faisons un sort aux Tajkant et Ideyboussate : ceux-ci, sont cousins de deddew autant que toutes les tribus maraboutiques ou de souche berbères sont cousines entre elles en Mauritanie ! (ou presque) .. la ficelle est énorme mais a le mérite d’attirer l’attention sur l’autre ficelle qui est autant subtile que révélatrice : l’appellation de Lemtouna pour masquer l’identité tribale de certains cousins de monsieur deddew.

Les Lemtouna :

Les lemtouna correspondent à une confédération tribale berbère de l’actuel Mauritanie, qui connu sont apogée vers le 11° siècle. Elle regroupait une large partie des ancêtres des tribus maures actuels. Ils sont à l’origine de la geste des almoravides. C’est dire que l’identité des lemtouna c’est progressivement effacée à mesure de l’établissement progressif mais définitif et stable de l’identité bidhane à partir du 15° siècle.

Néanmoins le Sahara a de la mémoire : par des appellations géographique et tribales : il existe des factions tribales qui se nomment elles-mêmes et son nommés par les autres « lemtouna » ; elles nomadisaient près de la vallée est, du fleuve Sénégal , au début du 20 siècle et y ont encore leur territorialité.

Par ailleurs de nombreuses tribus et clan tribaux du nord Trarza, ont redécouvert leurs racines lemtouna à l’occasion de la réhabilitation de la geste almoravide dans l’histoire mauritanienne. A noter que jusqu’à présent cette redécouverte ne se fait pas sans difficulté , car 5 siècles d’identité bidhane ont forgés des mythes et récits de lignages, difficiles à concilier avec la geste des almoravides.

Précisément, les clans tribaux qui gravitent de nos jour autour « de la mahadra addoud » font parti de ces tribus maraboutiques très en appétit de récit et mythes fondateurs et celui de Lemtouna y connaît un certain succès . Mais ils ne se nomment pas lemtouna en général, ni ne sont connus sous cette appellation par les bidhanes contemporains.

Donc, il faut plutôt lire à travers le texte, que certains des cousins maternels de monsieur dedew ( lemtouna, s’ils le veulent ) ; en réalité les clan tribaux de la région boutilimitoise, commenceraient a lui faire des reproches. Peut être aussi que certains ne souhaitent-ils pas voir leur image trop associée au jeune Imam, jugé trop turbulent. D’autres peuvent trouver qu’ils leur fait déjà de l’ombre ; d’autre le soutiennent mais observent une prudence toute maraboutique à ne pas mettre tout ces œufs dans le même plat et y vont de leur par de critique tout en brouillant les cartes.

Les messouma :

Il s’agit d’une très ancienne tribu berbère du Sahara qui semble avoir gardé une certaine autonomie envers la confédération lemtouna de jadis ; mais qui comme elle, a donné beaucoup de tribus maraboutiques à l’intérieure de l’identité bidhane. Les messoumas contemporains sont localisées pour l’essentiel dans l’est mauritanien. Ils sont connus pour êtres des tribus qui donnent régulièrement des érudits de grande qualité. Dont le dernier en date est le cheikh sidi yahia de kiffa.

Mais ils donnent aussi des hommes ordinaires. C’est la cas du père de monsieur dedew, émigré sans fortune et sans notoriété, venu s’installer dans un clan tribal (lemtouna si on veut) de la région de Boutilimit. Il y fit alliance et souche avec une famille de marabout indigène et disposant d’une mahadra. Celle des addoud.

Schématiquement l’effet de la mixité pour les enfants bidhane peut se résumer par une formule : Les maures sont les fils de leur père quand il est singulier ou de clan familial fort, le reste du temps ils sont les enfants de leur mère et le demeurent sauf si à leurs tour il deviennent des personnages singuliers », Un substrat matriarcal de berbérité additionné de la nuptialité volatile des maures, font que ceci reste vrai encore de nos jours pour la génération des plus de 40 ans. (cf. infra 1)

Ceci pour dire que l’éducation, la psychologie, les premiers pas d’adulte de monsieur dedew ainsi que son réseau de confiance politico-économique ne peuvent être compris qu’à travers son environnement tribale maternelle : Il est ould ahmed salem dit deddew mais en réalité ould adoud ould « tribus maraboutiques ou pas (lemtouna si on veut) du Trarza » et singulièrement du Trarza maure blanc !

La mahadra des addoud :

il y a la mahadra des adoud actuelle ; la mahadra des adoud du mythe d’abord strictement familiale, ensuite secondairement approprié par le grand public qui relaye un succès temporelle et puis il y a la mahadra des addoud où arrive l’illustre inconnu au Trarza et méconnu chez les messoumas et futur père de monsieur deddew.

La mahadra des addoud du début des années 60 était entrain de reprendre une nouvelle envergure. Car jusque –là, il s’agissait d’un de ces lieux parmi des dizaines d’autres, que comptait le Trarza ou un vénérable marabout réunissait tout au plus quelques dizaines de candidat à réciter parfaitement le coran et peinait à garder auprès de lui 1 ou 2 « équivalent doctorant » ayant achevé leur cycle de récitant.

Ces mahadras du Trarza souffraient de l’influence de la mahadra de cheikh sidiya qui est sortie du lot à la fin du 19° siècle et fût fortement renforcé par le fait colonial.

Ce point est capital, si on veut comprendre quelque chose à l’islamisme politique mauritanien actuel ; car ce n’est pas d’hier que (comme dit l’auteur) qu’est apparu « La manipulation de l’Islam par certains groupes à des fins de domination politique et sociale » et ce n’est pas d’aujourd’hui que date la lutte entre groupes, pour la recomposition de leur rapport interne de force pour réécrire la domination politique et sociale.

Un marabout évite de dire que l’ombre persistante donne froid et un marabout en sueurs préfère dire qu’il sort de ses ablutions ; les deux patientent jusqu’au changement de conjoncture : Et un jour le wahhabisme, c’est présenté accompagné de Hassan al banna : l’un permet de conserver l’orthodoxie de l’islam saharien en dégageant les cheikhs soufi, l’autre de porter les frustrations des peuples musulmans post –coloniaux.

L’érudit addoud assura la transition pacifique qui fit que « la mahadra des adoud » était autant cité à sa mort que celle des sidiyaa ; le neveu lui, veut aller beaucoup plus loin……..

( 1) Trois issus pour l’enfant mixte bidhane :

Le père est une personnalité singulière ou de forte famille : l’enfant (mâle particulièrement) est rapidement élevé dans sa famille paternelle : c’est « le maure fils de son père » qui constitue une exception.

Le père est ordinaire, la mère aussi ou pas, mais leur tribu sont dans la proximité géographique ou d’alliance : une éducation mixte est connu par l’enfant ; avec une dominante maternel. Cas fréquent.

Le père est ordinaire, qui de plus est s’implante dans le milieu de sa femme et est « étranger » par le géographie et l’histoire tribal : l’enfant est le fils de sa mère et de sa culture tribale. il est étranger à la tribu de son père jusqu’au jour où la fortune faisant, sa notoriété fait que la tribu de son père essaye de se le réapproprier. Et comme nul ne peut renier son père en terre patriarcal, les retrouvailles prennent différents sorts.

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