Kadiata Malick Diallo, ancienne députée et membre du bureau exécutif de l’UFP: ‘’La formation du nouveau gouvernement est un non-événement’’

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Le Calame : Près de deux semaines d’attente, les mauritaniens viennent enfin de connaître la composition de leur nouveau gouvernement. Que vous inspire cette liste ? Qu’est-ce qui, à votre avis, pourrait expliquer le retard qu’il a accusé?

Kadiata Malick Diallo : Je vous remercie tout d’abord de m’offrir l’occasion de donner mon opinion dans les colonnes de votre journal sur des questions d’actualité dans notre pays.

S’agissant de la deuxième partie de votre question, à savoir l’explication qu’on pourrait donner au retard de la formation du nouveau gouvernement, je vous dirais franchement que je ne sais pas. Après la reconduction, presque immédiatement du premier ministre Moulaye Ould Mohamed Laghdaf, la seule information qui a été donnée par la presse privée fut la rencontre entre celui-ci et les présidents des partis de la majorité. Cette même presse a livré à l’opinion les tristes compétitions au sein de certaines formations, en particulier celles qui symbolisent « le renouvellement de la classe politique » pour faire des propositions de leurs représentants éventuels dans le gouvernement en formation. Il y a eu après quelques rumeurs ou supputations, selon lesquelles certains hauts gradés de l’armée ne seraient pas contents de la reconduction du Premier Ministre. D’autres commentaires justifiaient certaines nominations comme une manière de calmer quelque peu ce mécontentement.

Quant au gouvernement qui vient d’être formé, je pense que c’est presque un non-événement. A la limite on peut parler d’un léger remaniement car l’essentiel des postes (surtout les postes-clé) n’ont pas changé de titulaires. Par contre, ce qui mérite d’être commenté, c’est le traitement qui a été réservé aux partis de la majorité qui avaient reçu la promesse du président, il y a deux ans, d’être consultés et représentés au gouvernement, et donc associés à la gestion des affaires après les élections législatives. Pourquoi ont-ils été exclus pour certains? Est-ce que l’UPR même a été associée aux choix ? Rien n’est moins sûr. Je crois qu’il y a plutôt un superman à bord, les autres obligés de se faire tout petits.

Je ne manquerai pas quand même de porter une appréciation positive sur le relèvement de la représentation des femmes dans ce gouvernement, même si elle reste en deçà des exigences des objectifs du millénaire, tout en dénonçant le fait que cette représentation n’ait pas reflété (comme d’habitude) la diversité du pays.

– Dans une récente déclaration, vous avez laissé entendre que l’opposition ayant boycotté les dernières municipales et législatives ne va pas hiberner pendant les cinq ans à venir. Peut-on savoir ce que concrètement elle peut faire face au pouvoir en place?


– Il est vrai que le pouvoir a pu faire passer ses élections mais tout le monde sait dans quelles conditions (on me dira qu’on s’est accommodé d’une institution parlementaire invalide pendant deux ans, qu’on peut tout aussi faire avec une assemblée issue d’une élection très contestée et pas suffisamment représentative) ; c’est dire que la situation d’avant élections, dans un contexte de crise politique, demeure, sans parler de la crise économique et sociale. L’incapacité du pouvoir en place à trouver des solutions à ces crises ne fera que donner à la COD et à d’autres secteurs des raisons d’être plus énergiques dans la contestation et la lutte pour des changements réels dans le pays.

– A en croire certaines dépêches relayées par la presse, votre parti enregistrerait une dissidence, notamment à Nouadhibou. Qu’en est-il réellement ?

– Je crois que parler de dissidence au sein de l’UFP à Nouadhibou me parait exagéré. Il est plus juste de parler de démissions. Il s’agit de trois cadres dont un membre du Bureau Exécutif qui ont décidé d’abord de quitter le parti, non pas parce qu’ils remettent en cause sa déclaration de politique générale qui constitue le fondement de sa ligne politique stratégique, ni son positionnement politique sur l’échiquier national mais parce qu’ils ne partagent pas la décision de boycott d’une élection qui, quelle que soit son importance, reste une question tactique ponctuelle.

– Que vous inspirent les élections du nouveau président de l’Assemblée Nationale et celle de la présidente de la Communauté urbaine de Nouakchott ?

– J’ai exprimé plus haut l’appréciation que je me faisais des dernières élections municipales et législatives. L’élection du nouveau président de l’Assemblée Nationale et celle de la présidente de la communauté urbaine de Nouakchott ne constituent que le parachèvement d’un processus électoral contesté par une large opinion politique. Pour moi, le plus important n’est pas de faire un commentaire sur les personnes. Mais le fait que le nouveau président de l’Assemblée soit un ancien ministre de l’intérieur (qui venait juste de quitter le gouvernement) me fait craindre une subordination plus forte du pouvoir législatif au pouvoir exécutif.

Quant à la présidente de la Communauté urbaine, bien que je sois opposée à elle politiquement, je suis contente qu’une femme puisse accéder à un poste aussi important. Je lui souhaite donc pleins succès.

Propos recueillis par DL

lecalame

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