Ahmedou Ould Abdallah: Corruption et politique

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En ce début d’année 2014, comme ce fut le cas en 2013, la rédaction de Biladi a adressée à notre compatriote qui n’est plus à présenter, Ahmedou Ould Abdallah, qui participait à la rencontre des expertises mauritaniennes à l’étranger tenue dernièrement à Nouakchott. On voulait, exactement comme on l’a fait avec lui l’année précédente, l’interroger tout ce qui se passe et se dit sur la scène nationale. Nous avons trouvé qu’il était braqué actuellement sur un seul et unique point : la corruption dans les pays en développement parmi lesquels bien sûr notre pays la Mauritanie. Il avait déjà préparé un texte sur le sujet que nous vous proposons ci-dessous :

Je présente d’abord mes vœux à tous les Mauritaniens à l’occasion de cette nouvelle année et les invite à méditer les dangers de ce fléau qui gangrène la vie dans nos pays et compromet leur développement: la corruption.

La grande corruption n’est hélas pas spécifique à la Mauritanie. D’après le Global Financial Integrity, un Institut basé à Washington DC, plus de 1300 milliards de dollars se sont évaporés du continent africain au cours des trente dernières années. La corruption existe aussi en Europe, aux Etats Unis et ailleurs. La grande différence est l’impunité dans nos Etats.

Mon propos ici est de mettre en garde contre ce mal qui, en gangrénant un pays, favorise tous les facteurs d’insécurité et de division.

Parce que des millions de dollars disparaissent chaque année du fait de la grande corruption, les classes les plus démunies se trouvent privées du minimum qui leur est du: logement, santé, éducation, etc. Les plus pauvres, payent le prix le plus élevé en termes de travail, d’écoles, de dispensaires, de routes et d’assainissement en moins. Ce que l’on oublie aussi, c’est que la corruption discrédite et déstabilise ses bénéficiaires immédiats, c’est à dire les élites rendant leur avenir national incertain et les fonds transférés à l’extérieur en sursis.

Pour avoir une image concrète de la corruption, il faut penser par exemple à Nouakchott pendant les pluies de septembre dernier : rues neuves défoncées et inondées, activités artisanales – électriciens, tailleurs, taxis, boulangers, – paralysées. La cause : des ressources financières affectées à la gestion de ces situations (assainissement, rues aux normes urbaines) se sont depuis de nombreuses années et, en toute impunité, envolées vers des poches privées. Il faut penser à une capitale nationale où les rues sont goudronnées pour valoriser telle ou telle habitation !

La corruption est différente des pratiques malsaines de favoritisme et clientélisme assez fréquentes dans nos pays. La corruption dont je parle est celle qui affecte, en les discréditant, les Institutions de l’Etat. Les scandales, nombreux en volume et en nombre de cas, sont connus et dénoncés mais presque jamais portés devant la Justice. Celle-ci ne sait sans doute pas par où commencer et ce d’autant plus que le caractère confidentiel, voire secret, de la corruption rend le combat contre elle difficile.

La corruption appauvrit l’état. Pire, elle le retribalise, car elle encourage les complicités claniques comme naguère au temps des rezzous. Mais au niveau national, comme au niveau de la communauté internationale, il faut éviter de considérer la corruption comme un fait culturel ingérable. Des pays, jadis indexés comme structurellement corrompus, sont devenus aujourd’hui des exemples de transparence: Hong Kong, Malaisie et Singapour.

Aujourd’hui, le gouvernement et son administration, doivent entamer une campagne pour clarifier les questions dont parlent les citoyens les plus modestes: Phosphates de Bophal / Civé ; Polyvandong dans la pèche ; Gaz industriel ; Projets de coopération avec le Soudan – sucre et avitaillement; Aéroport nouveau de Nouakchott; Zone Franche de Nouadhibou; Extension des Guelbs; etc.

Les leaders politiques – majorité et opposition, les responsables de la société civile y compris syndicats, patronat et medias, en fait toute notre société, gagne à être mieux informée sur ces projets pour les soutenir, les améliorer ou les retirer. Enfin les représentants sur place de la communauté internationale peuvent aider en s’informant davantage et aviser.

La grande corruption, par l’exclusion sociale et les injustices qu’elle engendre, est sans doute la principale cause de l’insécurité dans le Sahel Sahara. A cet égard, il est intéressant de noter que la prestigieuse Conférence annuelle sur la Sécurité de Munich traitera cette année de la « Corruption comme menace à la Stabilité et la Sécurité dans les Pays Fragiles ».

biladi

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