Nouvelles d’ailleurs : Le temps de l’ignorance…

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Encore une nouvelle polémique, de nouvelles manifestations quasi hystériques où de « braves » et « bons » musulmans crient au scandale, réclament la tête de quelqu’un, un « appel au meurtre » (non encore vérifié), des débats enflammés sur les réseaux sociaux, des vindictes, des accusations…avec le terme «apostasie» utilisé à toutes les sauces, brandi comme arme de destruction massive…

L’objet du délit ? Le texte présupposé blasphématoire et « insultant » écrit par le fils du hakem de Nouadhibou.

A peine la rumeur de l’existence de ce texte connue, beaucoup se sont sentis, sans avoir, visiblement, lu le texte, investis d’une mission quasi divine, à savoir sauver l’Islam des « apostats », des « mécréants », des « impies », des anti musulmans…

Après l’affaire du jeune activiste Cheikh Mezid obligé de fermer son compte facebook pour des propos là aussi jugés comme étant une preuve de son « apostasie », après l’affaire Leyla Moulaye et du clip dans lequel elle apparaît la tête découverte, après la plainte de l’ONG Adam pour « incitation à la pornographie et activités criminelles (???) », voilà l’affaire Mohamed Cheikh Ould Mohamed , du nom de ce jeune homme arrêté par les services de sécurité et dont la tête aurait été mise à prix 10 000 euros par un commerçant de Nouadhibou.

La belle machine huilée et rodée maintenant des crieurs de tous bords s’est mise en branle, barbes au vent, indignation vertueuse à l’appui, imprécations et demandes diverses de « punitions » pour le jeune « sacrilège ».

J’ai attendu de posséder la traduction du texte qui a provoqué tout ce tohu bohu bien pensant. Une fois obtenu le texte, j’ai pris soin de le lire, le relire encore, pesant le poids de chaque mot, de chaque phrase, m’attendant à trouver des insultes à Notre Prophète, des preuves de crime d’apostasie.

Et je n’ai rien trouvé de cela. Ce que le jeune homme a écrit n’est pas nouveau dans notre monde musulman et fait partie de certains textes de la Sira.

Mais passons. Je ne me permettrais pas d’entrer dans le débat car je ne suis pas « savante », ni érudite en la matière. Ce serait faire preuve, en ce qui me concerne, d’un orgueil démesuré qui voudrait que je sois juge, censeur, moralisateur, donneuse de leçon, prédicatrice, professeur..

Ce que je ne suis pas.

Mais, qu’apparemment, les obsédés de « l’apostasie » à tout va, pensent être.

Oubliant un hadith rapporté par Boukhary et Mouslim : « Celui qui lance à son frère une accusation de kufr (mécréance), c’est comme s’il le tuait ».

Car désigner et prouver l’apostasie de quelqu’un requiert des règles rigoureuses, règles demandant un savoir, une compréhension des textes que sont loin de posséder la plupart des musulmans lambda.

La peine encourue par l’apostat est trop sérieuse pour laisser les extrémistes s’arroger le droit de juger et condamner.

Le texte du jeune homme est, certes, maladroit, en cela qu’il s’insurge contre nos sociétés castées en tentant d’expliquer et de combattre les discriminations envers les forgerons ( c’est le sujet de son texte) par la relecture de hadiths et d’événements historiques et religieux sans posséder le savoir nécessaire et inhérent à toute explication historique ; il a , par contre, le mérite de rappeler que nos sociétés sont basées sur l’inégalité sociale, sur les statuts différents attribués aux hommes, statuts et castes légitimés pendant des siècles par nos érudits religieux, allant à l’encontre, ainsi, du Message d’égalité entre les hommes prôné par Notre Prophète.

Quand Mohamed imposait Bilal dans le cercle des Compagnons, nous, via certains de nos religieux, n’avons rien trouvé de mieux que de légitimer et argumenter pour justifier des pratiques abominables telles que l’esclavage, les inégalités de statuts….

Je ne rentrerai pas, non plus, dans le débat sur l’infaillibilité ou non de Notre Prophète. Ce sujet a déjà été débattu par les plus grands penseurs musulmans. Je laisse ça aux gens cultivés et savants.

L’ignorance et la bêtise sont les plus grands ennemis de notre religion.

Et, apparemment, jamais, malgré qu’aujourd’hui nous avons accès au savoir, aux textes, aux livres, aux débats, à la culture, jamais nous ne sommes autant dans les ténèbres, dans la négation de l’intelligence…

Jamais notre Foi n’a été aussi pervertie par les marchands d’apocalypse de tous bords, « gardiens » modernes d’une orthodoxie présentée comme figée.

Ceux là sont les mêmes qui soutiennent et encouragent les attentats kamikazes, ceux là même qui ne rêvent que de lapidations, qui dénient aux femmes leurs droits ; ceux là même qui ont tenté et tentent encore de déstabiliser notre pays ; ceux là même qui lancent des jeunes hommes crédules contre des cibles, une ceinture d’explosifs à la taille.

J’ose espérer que nos services de sécurité mènent une enquête pour trouver et arrêter le commerçant qui a lancé un appel au meurtre du jeune de Nouadhibou. Car s’il y a bien un criminel, c’est cet homme là et ceux qui demandent le sang.

Pour terminer, 2 pensées que j’offrirai bien à nos combattants de la Vertu :

« L’œil satisfait ne remarque aucun défaut, tandis que l’œil haineux remarque le moindre vice » (Ibn al Qayyim Rahimaalullah)

Al Rabi Ibn Khutayn fut questionné : « Pourquoi ne critiques-tu jamais personne ? » Il répondit : « Je ne suis pas satisfait de moi même, comment pourrais je critiquer les autres?».

Mon Dieu, pardonne nous notre orgueil, nos mensonges, nos « petits arrangements » avec Ton Message, nos haines, nos barbaries, nos incultures, notre manque d’amour, de tolérance, notre vide spirituel…

Salut

Mariem Mint DERWICH

lecalame

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