Le Président de l’UFP à Chaab : « Nous continuerons notre combat jusqu’à l’organisation d’élections différentes, qui soient transparentes »

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Le président de l’UFP, M. Mohamed Ould Maouloud, évoque dans cette interview ses remarques sur les dernières élections municipales et législatives,- dénonce les dysfonctionnements de la Commission électorale nationale indépendante, les pressions exercées sur les électeurs et le recours, à grande échelle, à la corruption lors de ces échéances. Il explique les raisons du boycott des élections par des partis de la Coordination de l’opposition démocratique (COD), et réitère la détermination de son parti à poursuivre son combat pour un changement politique, à la faveur d’élections différentes, assorties de garanties de transparence, et préparant à une alternance pacifique au pouvoir.

Chaab : Quels sont les reproches et les remarques les plus importantes que vous avez par rapport à l’expérience démocratique depuis son début, en 1992, à nos jours ?

Mohamed Ould Maouloud : Tout d’bord, je souhaite adresser, à l’occasion de la fête nationale, mes félicitations à l’ensemble du peuple mauritanien. Je souhaite a tous les Mauritaniens, qui entretiennent, en chaque début d’année, l’espoir de voir les conditions du pays et les leurs changer en mieux, que leur espoir et leurs attentes ne soient pas vaines.

S’agissant de votre question, il est bien connu que le processus démocratique a débuté en 1991, après une longue période de monopartisme et, ensuite, de dictature militaire absolue, avant que des améliorations ne soient introduites pour permettre au peuple mauritanien, pour la première fois, de vivre des libertés dont il a longtemps été privé, telles que la liberté d’expression, d’organisation et l’exercice du pluralisme politique. Ce sont là, certes, des acquis positifs. Toutefois, depuis cette période, le processus démocratique n’a pas évolué. Il est resté en l’état, par la volonté du pouvoir en place qui est, en fait, un pouvoir militaire arborant une démocratie de façade, comme une couverture esthétique pour cacher sa propre nature, parce que* dans les conditions actuelles, la dictature flagrante et primaire n’est plus acceptable pour la communauté internationale et encore
moins pour les peuples.

La dictature a donc vidé le système démocratique de son contenu et de sa consistance, qui consacrent le respect de la volonté du peuple. Si cette volonté est aliénée et étouffée par différents moyens, et que les élections n’ouvrent pas de perspectives pour un changement qui permet l’alternance au pouvoir, cela signifie tout simplement que cette démocratie-là est tronquée.

Malheureusement, notre pays est confiné, jusqu’ici, dans la spirale de cette situation, hormis la période de 2005 à 2007 quand le pouvoir a lâché du lest et observé une neutralité relative au cours des élections. C’est alors que le Mauritanien a eu le sentiment d’être libre dans l’expression de sa volonté. Ce printemps démocratique a suscité chez les Mauritaniens l’espoir de voir, enfin, leur pays entrer dans une nouvelle ère dans laquelle toutes les ambitions légitimes du peuple mauritanien à la liberté, au progrès, au développement et à la prospérité pouvaient s’exprimer et se concrétiser. Mais les auteurs du putsch de 2005 se sont vite révélés au grand jour comme des personnes avides de pouvoir et des chercheurs d’intérêts personnels qui attendaient l’occasion pour saper la démocratie naissante et ramener le pays à la démocratie de façade qui masque les pratiques dictatoriales.

Je tiens à souligner que le système actuel n’est; au fond, que l’expression d’un pouvoir dont l’objectif principal est P enrichissement illicite de ceux qui l’exercent, sans la moindre vision ni volonté pour la mise en œuvre de stratégies pour la croissance économique, le développement du pays et l’amélioration des services publics.

Le rôle du parlement se limite à légitimer les pratiques dictatoriales, en conférant au système une façade pluraliste. Cette situation prouve, malheureusement, que notre pays demeurera confiné dans cette spirale tant que le peuple n’aura pas décidé le refus de la résignation et de la mascarade. C’est à cet effet que nous avons œuvré à travers notre décision de boycotter les élections que le pouvoir actuel vient d’organiser.

Chaab : Quelle appréciation faites-vous de l’action des partis ? Est-il juste que les formations politiques ne soient pas parvenues à contribuer à l’ancrage de la démocratie et de l’Etat de droit, dont les concepts doivent supplanter les référentiels traditionnels ?

Mohamed Ould Maouloud : On ne peut apprécier valablement l’action d’un parti politique que dans un système réellement démocratique ou qui, tout au moins, respecte les règles du jeu démocratique. De même, il est nécessaire que le parti soit l’expression d’une volonté porteuse d’un projet politique, économique et social.

Le multipartisme que nous vivons actuellement est, dans la plupart des cas, l’expression claire d’un opportunisme politique au point que la création d’un parti politique est comme l’ouverture d’une pharmacie. Cela a contribué à affaiblir le rôle des partis qui ont été, à la fin, vidés de leur consistance en tant que cadre politique de réflexion, d’éducation, de formation et d’action.

Ce phénomène procède du fait que le pouvoir actuel encourage le clientélisme et la corruption politiques, par le recours à l’utilisation des recrutements et des nominations comme moyen, pour lui, d’attirer les allégeances des leaders et des notabilités. Nous vivons dans un système qui n’est pas réellement pluraliste, et qui consacre les anciennes pratiques dictatoriales militaires fondées sur le clientélisme politique et profite du désir des cadres à accéder à des fonctions et à être nommés à des postes de responsabilité. Une telle situation incite ces derniers à créer des partis afin de disposer d’une passerelle avec pouvoir. Ce dernier ne cherche pas à ce que l’action des partis se renforce, comme l’illustrent clairement les dernières élections.

En dépit de la loi qui limite les candidatures aux seules formations politiques, et qui interdit les candidatures indépendantes en raison du fait qu’elles sont considérées comme une forme d’opportunisme personnel, le pouvoir a vidé cette loi de sa consistance en favorisant un opportunisme de partis. De nombreux partis deviennent des refuges pour des transfuges du parti au pouvoir, même s’ils n’ont aucune inclination idéologique, relation antérieure ou vision commune avec les formations politiques qu’ils regagnent. Un parti politique est avant tout une vision politique, un projet de société et un programme. Tout candidat se présentant au nom d’un parti est sensé partager celui-ci, cette vision, ce projet de société et ce programme. Nous sommes aujourd’hui en face de partis qui ne disposent pas de programme politique et encore moins d’objectifs, et dont le rôle se limite à servir de prête-nom. Cet état de fait a affaibli l’action que les partis sont sensés conduire et le rôle qu’ils doivent jouer.

Dans ce cadre, je considère que ce qui s’est produit lors des dernières élections est très dangereux, en ce sens qu’on a accordée une valeur à des partis qui n’existent pas réellement et à d’autres qui viennent à peine de naître. Le pouvoir actuel s’attèle continuellement à affaiblir les partis de l’opposition en les privant de moyens. Dans tout système démocratique, l’affaiblissement de l’opposition engendre immanquablement un recul de la démocratie. C’est à cela justement que s’est attelé le pouvoir, à travers l’embargo imposé aux partis de l’opposition et l’exercice de pressions sur leurs militants, par l’usage à grande échelle de la politique de la séduction et de la coercition, et par les contraintes imposées aux hommes d’affaires qui financent ces partis. Par ailleurs, les dérisoires allocations budgétaires destinées aux partis ne leur permettent pas de couvrir un seul volet de leurs importantes charges de fonctionnement. Cela entraîne, par conséquent, un rétrécissement du rôle des partis et un embargo.

matériel et médiatique. C’est ainsi que les partis politiques de l’opposition sont exclus des médias publics, auxquels ils n’accèdent que pendant les campagnes électorales ou à l’occasion de manœuvres médiatiques du pouvoir. Je crains d’ailleurs que votre présente interview n’en soit une.

En tout état de cause, on peut affirmer que les élections qui ont été organisées produisent toujours le même résultat, et par conséquent le même système, dans la mesure où le recours du pouvoir aux pressions par l’utilisation des moyens et de l’autorité de l’État, et la corruption électorale infléchissent la volonté des électeurs. Les années 90 ne sont pas bien loin pour nous rappeler que les hommes d’affaires, la Fédération des Transports et les moyens de l’Etat, de manière générale, étaient mis à contribution lors des campagnes électorales. C’est pourquoi l’opposition n’avait pas eu un impact considérable. Le même scénario se répète actuellement. Cela veut dire que les formations politiques, en particulier celles de l’opposition disposant des agrégats d’un véritable parti politique, n’ont pas pu jouer pleinement leur rôle. C’est aussi le cas pour le parti au pouvoir, qui n’a pas d’existence réelle, parce qu’il n’a pas les fondements constitutifs d’un parti. La seule raison d’existence de ce parti est l’unique allégeance à la personne du Chef de l’Etat.

Chaab : Certains estiment que les partis à référentiels idéologiques sont restés prisonniers de visions philosophiques surannées qui ne sont plus porteuses d’élan mobilisateur.

Mohamed Ould Maouloud : Je ne sais pas de quoi vous parlez. En fait, quelles philosophies vous visiez ? Nous avons accompagné le processus démocratique dès sa création, c’est-à-dire près de vingt-deux ans au cours desquels nous avons exercé, et exerçons, l’action politique, quotidiennement. Quelles insinuations particulières souhaitez.

vous faire à travers cette question ? Est-ce que notre pratique de la politique ou notre discours sont dépassés par le temps ? Notre pratique de la politique est claire, sans ambiguïté, et en rapport avec la réalité du pays. De même notre programme, nos revendications et nos slogans traduisent les aspirations profondes du peuple mauritanien. C’est en son nom, et au nom de ceux qui n’ont pas voix au chapitre que nous nous exprimons. Le combat que nous menons, les meetings et les manifestations que nous organisons sont au service de nos convictions. C’est justement cela l’essence de l’action politique.
S’agissant de nos objectifs, nous œuvrons à ce que le changement soit possible dans ce pays, et à ce que soit instauré un système politique qui offre au citoyen le choix libre de ceux à qui il confie la gestion des affaires publiques. Convaincre les citoyens de cet impératif nécessite du temps et de l’organisation. Ce sont là des contraintes qui s’ajoutent à celles que j’ai déjà évoquées.

Nous sommes le parti le plus en phase avec les populations, le plus proche d’elles et le plus attaché à leurs préoccupations quotidiennes. Ce qui est en fait dépassé par le temps c’est la dictature qui permet à une personne de s’accaparer le pouvoir par la force, et s’emploie par tous les moyens à faire reculer le pays vers des périodes sombres de son histoire. Ce système ne peut pas se pérenniser, d’autant plus que les citoyens connaissent un haut degré d’éveil et de prise de conscience et que leurs conditions de vie ne leur permettent plus de supporter davantage de difficultés. Notre souhait est que le changement intervienne par voie électorale et non pas de façon négative. Nous ne voulons pas d’un cycle de violence qui déboucherait sur l’inconnu. C’est pourquoi nous avons refusé de prendre part à cette mascarade qui n’est, en fait, que le «clonage» d’opérations antérieures. Nos avons refusé de prendre part à ces élections qui empêchent tout changement véritable. Nous sommes pour des élections justes, équitables et transparentes, porteuses de changement positif, pacifique et civilisé. Les élections honnêtes doivent refléter le rapport de forces réel des partis politiques, et garantir la possibilité d’une alternante pacifique au pouvoir, ce que réfute justement le système en place. C’est à cet effet qu’il a organisé ces élections, pour se rééditer dans une vaine manœuvre, vouée immanquablement à l’échec. Ce sont là les rai¬sons qui nous ont conduits à boycotter ces élections.

Chaab : Certains trouvent injuste de juger la démocratie mauritanienne à l’aune des critères démocratiques des vieilles nations occidentales, et considèrent l’expérience de notre pays dans ce domaine comme parmi les meilleures dans le tiers monde.

Mohamed Ould Maouloud : Cette démocratie est bonne pour ceux qui sont au pouvoir, mais elle ne l’est pas pour le peuple mauritanien. Une démocratie, même n’entraînant pas un changement induisant une amélioration des conditions du pays, et n’offrant pas la possibilité d’une alternance pacifique au pouvoir, pouvait, dans un premier temps, être considérée comme une forme d’ouverture par rapport au système militaire qui était en place. Mais, après cette période, le système militaire est parvenu de nouveau à reprendre son emprise sur le jeu politique et à instrumentaliser la démocratie, à son profit, pour n’en faire qu’en vernis qui masque sa nature dictatoriale. C’est l’exercice du pouvoir par un groupe de militaires, et ce qu’on pourrait appeler un club financier ou d’affaires aux mains d’un groupe tribal dont le seul objectif est l’enrichissement, y compris par des moyens illicites. Ils n’acceptent de la démocratie que le pan qui ne menace pas leur pouvoir.

Ce type de démocratie existe dans de nombreux pays. Je trouve la formulation de votre question quelque peu courageuse quand l’on sait que les pays africains voisins, tels que le Mali et le Sénégal, viennent de connaitre des élections honnêtes et transparentes, comme c’est du reste le cas dans bien d’autres pays africains.

Chaab : Certains observateurs estiment que la décision de la Coordination de l’opposition démocratique de boycotter les élections est en porte-à-faux par rapport à la réalité politique du pays, qui est marquée par l’efficience de l’expérience démocratique, la consécration des libertés publiques, notamment la liberté d’expression et de la presse, en plus des instruments et mécanismes de garantie de l’alternance pacifique au pouvoir.

Mohamed Ould Maouloud : Je pense que la culture qui consiste à se prévaloir, auprès des Mauritaniens et des partis politiques, de leurs droits à l’expression et à l’organisation, comme d’un cadeau qui leur a été offert procède fondamentalement de l’esprit dictatorial qui consiste à ramener tous les droits, y compris celui de respirer, à une grâce bienveillante du pouvoir. Le peuple mauritanien a aussi le droit d’avoir un pouvoir qui exprime la volonté réelle des citoyens.

Les Mauritaniens en sont privés, du fait des mesure» prises par l’Etat, et de l’usage qu’il fait de son pouvoir d’influence et de ses moyens, ainsi que les pressions qu’il exerce sur les citoyens dans le seul dessein de pérenniser le système actuel. Il n’est pas logique que l’on nous dise nous vous accordons la liberté et, en retour, vous devez vous suffire de crier, de manifester et d’écrire, du moment que nous détenons le pouvoir et en faisons ce que nous voulons. Cette logique là démontre, à notre avis, la nature réelle de la démocratie tronquée exercée par le pouvoir, et ternit son vernis de façade. La démocratie véritable suppose l’émergence d’une opinion qui influe sur le pouvoir, et l’oblige, parfois, à revenir sur des décisions et à entraîner la démission du président, du chef du gouvernement et de ministres en raison de la pression que peut exercer l’opposition. Ici, les scandales quotidiens n’ont aucune répercussion parce que le système en place n’accorde aucun intérêt à l’opinion.

Chaab : Vos collègues des partis participationnistes estiment que le dialogue entre la majorité présidentielle et certains partis de l’opposition a permis de satisfaire toutes les revendications de la, Coordination de l’opposition, qui étaient des préalables à sa participation aux élections. Que répondez-vous à cela ?

Mohamed Ould Maouloud : Je ne nie point que le dialogue entre ces partis ait permis de répondre à certaines des exigences de l’opposition, notamment l’élargissement de la proportionnelle au niveau des législatives. Mais de nombreuses et graves erreurs ont été commises au titre des résultats de ce dialogue, parmi lesquelles on peut citer le principe du vote séparé des militaires dans des bureaux spécifiques. Cette question avait fait l’objet d’un dialogue entre l’UFP et l’ancien président Maaouya Ould Sid’Ahmed Taya. Le vote séparé des militaires était utilisé pour influencer le cours des élections, et renverser les rapports de force dans les circonscriptions de leur vote. Au terme de ce dialogue, les militaires sont devenus des électeurs ordinaires, au même titre que les civils. Le dernier dialogue a consacré un recul par rapport à cette avancée, non pas que les militaires ne peuvent pas voter de façon libre, et ils ont d’ailleurs démontré tout le contraire dans certaines circonscriptions où ils ont voté avec une marge de liberté. Nous estimons que cela a été rendu possible par le fait que les dernières élections ne représentaient pas un défi essentiel dans la mesure où elles ne visaient que les législatives et les municipales.

Toutefois, cette situation pourrait changer dès qu’il s’agira d’élections à un autre niveau. A ce moment là, le vote des militaires pourrait être influencé si le pouvoir le désire.

La deuxième erreur commise, lors du dernier dialogue, est celle d’avoir ignoré des points essentiels que les accords de Dakar avaient abordés, notamment la prémunition du pays contre les coups d’Etat, par la réorganisation de l’armée qui doit renouer avec son statut d’institution républicaine. Cette question devait être au centre du dialogue préconisé par l’accord de Dakar. Elle a été remplacée par la criminalisation des putschs qui était déjà stipulée par la constitution. Et l’on sait que la constitution n’a plus d’effet quand un coup d’Etat se produit. De même, il a été procédé à une augmentation exagérée du nombre des députés qui a atteint 146 dans un pays pauvre, après que les dépenses de fonctionnement du Parlement se soient accrues. Cela aurait pu être compréhensible si le Sénat avait été supprimé.

Quoi qu’il en soit, tout dialogue est porteur d’aspects positifs et d’autres négatifs. L’insuffisance fondamentale de ce dialogue est, à notre avis, de ne pas avoir traité de la question essentielle des élections, et qui réside dans leur supervision. Ce qui a toujours entaché les élections et qui les a vidées de leur substance c’est cette propension des pouvoirs publics à utiliser l’administration et les moyens de l’Etat, et à recourir à la corruption pour infléchir le cours des élections. Pour mettre un terme à ces pratiques, il convient que les élections soient supervisées par un directoire neutre et impartial, à même de faire face à l’intervention de l’administration dans le processus électoral. Les arguments que nous avons avancés pour expliquer notre position de boycott sont aujourd’hui repris par ceux parmi nos collègues qui admettent que ces élections n’ont aucune crédibilité. De même, la Commission électorale nationale indépendante, sur laquelle ils comptaient, fait aujourd’hui l’objet de leurs critiques, notamment de manque d’honnêteté et d’indépendance, et l’absence de garanties de justice et de transparence. Tout cela prouve le bien fondé de notre décision de boycott.

La supervision par la CENI de ces élections a démontré son incapacité à les conduire avec transparence, d’autant plus que l’Etat ne lui a pas donné le temps de s’y préparer, et encore moins les moyens nécessaires à leur organisation. Cela procède de l’improvisation qui est érigée en mode de gestion. C’est pourquoi, trois jours après le scrutin, les résultats n’étaient toujours pas connus. A ces dysfonctionnements, s’ajoute la non-observation du principe de l’une des garanties de transparence : la remise d’une copie des procès-verbaux aux représentants des candidats. En plus des remarques que j’ai évoquées, l’anarchie et la désorganisation qui ont prévalu au cours de ces échéances électorales, ainsi que les accusations de fraudes qui les ont marquées dans toutes les wilayas, sont telles que je ne pourrai pas personnellement affirmer que les conclusions du dernier dialogue entre la majorité et certains partis se sont concrétisées sur le terrain électoral, surtout en matière de neutralité des hauts responsables de l’Etat, alors qu’une loi leur interdit de prendre part aux campagnes électorales. Seul le gouvernement avait la capacité d’empêcher l’engagement des hauts responsables dans les actions de campagne. Par conséquent, nous estimons que les partis participationnistes ont été trompés, et qu’on leur a fait miroiter de fausses garanties, alors que les gages réels de transparence des élections sont ceux-là même que la COD avait exigés. Nous réaffirmons la nécessité d’une supervision neutre et consensuelle des élections, et l’impartialité de l’Etat, à travers des dispositions appropriées. Nous considérons que ce sont ces exigences qui ont fait que le pouvoir évite de dialoguer avec nous.

Chaab : De nombreux observateurs estiment que la décision de la Coordination de l’opposition de boycotter les élections ne lui a pas été salutaire, dans la mesure où elle a été suivie par plusieurs défections de militants de la quasi-totalité des partis de la Coordination.

Mohamed Ould Maouloud : Je crois avoir répondu à ce propos précédemment. Les dernières élections ont prouvé la justesse de notre position, tout comme leur déroulement a démontré qu’elles ne disposaient pas des garanties d’honnêteté et de transparence requises. La confusion qu’elles ont jetée, ces derniers jours, dans l’opinion publique, en raison des agissements de la CENI, sont la preuve irréfutable du bien fondé de la position de boycott. La participation à des élections comme celles- ci n’est autre qu’une aventure vers l’inconnu. Il est incohérent que nous soyons, depuis 2009, en conflit avec le pouvoir à propos des garanties de transparence et d’équité des scrutins, pour, finalement, accepter des élections dans des conditions que nous avons refusées tout au long de cette période. Pour ce qui est de la défection de militants des partis de la COD qui ont boycotté les élections, je ne suis pas au courant de départs significatifs. Quant à la défection d’une ou de deux personnes c’est dans l’ordre normal des choses, et cela intervient parfois pour des considérations personnelles.

Chaab : Est-il vrai que la Coordination a brûlé ses cartes quand elle avait fait de « dégage » son slogan et qu’elle en a payé le prix par la perte de ses bases ?

Mohamed Ould Maouloud : Je crois que le slogan « dégage » comme option prônée par la COD, en mars 2012, avait été suivi, d’une manière sans précédent, par la rue mauritanienne. L’opposition est arrivée, selon ce qu’on m’a dit – car j’étais absent du pays – à organiser des manifestations qui ont mobilisé un million de Mauritaniens à travers le pays. Les scandales, à l’époque, justifiaient amplement qu’on appelle à ce que le président dégage, parce qu’il ne méritait plus de rester au pouvoir. Il convient de rappeler que le printemps arabe avait fait peur au pouvoir et, même si elle n’avait pas mis en avant ce slogan, la coordination de l’opposition aurait été marginalisée par le pouvoir, qui aurait finalement fait le dialogue avec certains partis de l’opposition et serait allé vers des élections. L’appel de la Coordination à ce que le président dégage, a retardé l’agenda du pouvoir et ouvert la porte à l’initiative du président Messaoud.

En fait la capacité à démettre le pouvoir n’est pas aux mains de l’opposition ; elle appartient au peuple mauritanien qui peut y parvenir par la voie des urnes. C’est pourquoi, à l’opposition, nous acceptons le dialogue et y avons appelé ; afin que les élections soient le moyen de mettre un terme à la crise politique, sur une base consensuelle. Malheureusement, le pouvoir n’a pas saisi cette opportunité, et a fait rater au pays cette occasion, comme du reste il l’avait fait auparavant. Je souhaite insister sur le fait que nous continuons à souhaiter et à espérer que l’alternance au pouvoir soit pacifique et passe par la voie démocratique. C’est pourquoi nous avons choisi de boycotter ces élections qui ne présentent pas les garanties d’honnêteté et de transparence.

Chaab : Vos adversaires estiment que les positions de la Coordination de l’opposition ne sont que l’écho mimétique d’autres expériences dans d’autres pays. Est-il vrai que vous comptiez sur la donne étrangère ?

Mohamed Ould Maouloud : Tous les pouvoirs dictatoriaux indexent leurs peuples quand ceux-ci réclament la liberté, et les accusent de mimer d’autres sociétés, comme si cela était répréhensible. Il n’ya aucun mal à aspirer à la liberté et à la justice, et tous les peuples du monde y aspirent. Le printemps arabe avait, en effet, incité les peuples à réclamer la fin de la dictature et à revendiquer l’ouverture politique. 11 est tout à fait normal que le peuple mauritanien soit perméable à ce qui se passe dans les pays frères. Il convient à ce propos de se rappeler que le combat pour l’indépendance mené par l’Algérie et le Vietnam avait, à l’époque, eu une influence sur les Mauritaniens qui, à leur tour, avaient demandé leur accès à la souveraineté. Le monde est devenu, plus que jamais, un seul village planétaire, où les interactions et les influences sont normales. Par contre, l’inféodation à l’étranger, le non-respect de l’opinion populaire, l’exercice unilatéral du pouvoir et le fait de tirer sa force de l’étranger, toutes choses auxquelles s’adonne le pouvoir actuel, sont condamnables.

Chaab : Les élections qui viennent de se dérouler créeront immanquablement une nouvelle réalité politique. Comment réagirez-vous à cette nouvelle donne?

Mohamed Ould Maouloud : Je ne considère pas que ces élections puissent entraîner un changement significatif. Le tableau général restera le même avec, en toile de fond, une assemblée nationale soumise aux injonctions du pouvoir, et prompte à légitimer tous ses agissements. De même, j’estime que le poids de l’opposition au sein de cette assemblée sera en recul, dans la mesure où l’opposition représentait le tiers des députés soit 30 sur les 95 que compte la chambre basse du parlement.

C’est ce même nombre qu’elle aura, au terme des présentes élections, bien que les députés soient actuellement au nombre de 146. L’opposition ne représenterait alors plus que le cinquième de l’assemblée nationale.
Aucun changement donc n’interviendra à ce niveau. En définitive, ces élections n’ont pas permis de résoudre la crise politique, d’autant plus que rassemblée nationale n’a pas les moyens d’infléchir les décisions du gouvernement ni de lui demander de rendre compte, parce que le pouvoir exécutif dédaigne le législatif et ne lui accorde aucun intérêt.

Ces élections ne sont qu’une réédition de la situation antérieure, même si de légers réaménagements sont intervenus au niveau des rapports des forces entre les partis politiques.

Mais tout cela, finalement, n’entrainera pas de changement, et n’aura pas de conséquences sur les conditions de vie des citoyens ou sur les pratiques du pouvoir exécutif. Ce qui conforte, encore une fois, la position de boycott adoptée par la Coordination de l’opposition. De même, cela constitue une preuve pour les partis participationnistes qu’ils sont allés vers des échéances électorales qui ne présentent pas les garanties d’honnêteté et de transparence, et qui ne font que légitimer et rééditer le même système.
Je voudrai, ici, réitérer notre détermination à poursuivre notre combat pour un changement politique, à la faveur d’élections différentes, assorties de garanties de transparence, et préparant à une alternance pacifique au pouvoir.

Traduction: HMS

Horizons n°6144 du dimanche 1er décembre 2013

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