Gourmo Abdoul Lô, vice-président de l’UFP, dans une interview exclusive: ‘’A la COD, nous répétons sans arrêt que nous ne serons jamais prêts à des élections décidées unilatéralement par le pouvoir‘’

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Gourmo Abdoul Lô, vice-président de l’UFP, dans une interview exclusive: ‘’A la COD, nous répétons sans arrêt que nous ne serons jamais prêts à des élections décidées unilatéralement par le pouvoir‘’


Le Calame : Les négociations directes entre le pouvoir et la COD ont finalement démarré ce lundi 30 septembre. Pourquoi Aziz a-t-il fini par lâcher du lest? Quel est l’ordre du jour de la rencontre entre les deux pôles?

Gourmo Abdoul Lô : Je ne sais pas vraiment s’il a lâché du lest. Le fait est qu’il a fait des signes d’ouverture et de disposition au dialogue que nous avons jugés comme relativement positifs. Ce fut le cas lors de sa conférence hyper médiatique de Néma et lorsque le Premier Ministre a demandé à rencontrer certains partis membres de la COD. Après des lustres d’enfermement dans une logique d’exclusion de la COD, le pouvoir en place semble avoir redécouvert les vertus du dialogue. C’est tant mieux. Pour l’instant il n’y a eu que des rencontres qu’on peut qualifier d’exploratoires ou de « mise en forme psychologique » à la demande du Premier Ministre. Au cours de celle qu’il a eue avec Mohamed Maouloud, il a renouvelé ce qu’il avait dit déjà à M. Jemil Mansour concernant leur bonne volonté d’ouvrir un dialogue sérieux et fructueux avec la COD. Maouloud s’est félicité de ces bonnes intentions et a rappelé la nécessité d’aller au-delà d’elles pour trouver un terrain d’entente entre toute la classe politique autour d’élections consensuelles, libres, démocratiques et transparentes préconisées depuis toujours par la COD. L’ordre du jour des discussions qui s’ouvriront portera sur les conditions dans lesquelles ces élections pourront être acceptables par toutes les parties afin qu’elles soient réellement consensuelles et apaisées et permettent de sortir de l’impasse actuelle et d’éviter la poursuite de la crise politique et institutionnelle après les élections. La COD dispose d’une plateforme de revendications dont la prise en compte permettra d’améliorer substantiellement la gouvernance électorale du pays. Nous sommes ouverts également aux propositions des autres acteurs politiques qu’ils soient du pouvoir ou du reste de l’opposition. Pourvu que les discussions soient franches et sincères, un accord devrait être trouvé sur les points essentiels d’une gouvernance électorale normale…

– Cela veut-il dire que les dissensions au sein de la COD à propos de ces discussions n’étaient que des rumeurs sans fondement?

– Il y a eu et il y aura toujours des nuances dans la manière des uns et des autres d’exprimer leur vision à propos de la tactique à adopter vis-à-vis du pouvoir à tel ou tel moment pour une grande alliance politique comme la COD. Mais le fait est que la COD a toujours été unie autour de l’idée qu’il faut créer les conditions nécessaires au plein exercice de la démocratie dans ce pays, notamment à travers une bonne gouvernance électorale. C’est ce qui a amené la COD à défendre dans sa charte le principe suivant lequel les élections doivent être consensuelles, c’est à dire acceptables par la classe politique dans son ensemble et pas seulement par un de ses segments. Donc l’ouverture d’un dialogue entrant dans ce cadre est bien entendu notre volonté commune. Elle devrait être inébranlable pour nous. Dans la forme, nous avons convenu qu’un tel dialogue doit être « polaire » c’est-à-dire, pour nous, se dérouler avec la COD en tant que pôle non inclus dans le dialogue que le pouvoir avait ouvert avec la CAP, qui est un autre pôle oppositionnel. C’est la réponse que, au nom de la COD, Jemil Mansour a portée au Premier Ministre. Il y’a eu des réticences certes de la part de certains au sein de la COD concernant tel ou tel aspect de l’évolution du processus devant aboutir au dialogue avec le pouvoir. Mais le principe même de l’ouverture des négociations ne peut plus être remis en cause. La COD a même mis en place un Comité restreint de trois membres (auquel j’ai appartenu) chargé d’élaborer une plate-forme des discussions avec le pouvoir, depuis un mois. Un comité de négociateurs vient également d’être mis sur pied dirigé par Maouloud. Le pouvoir a également mis sur pied son groupe de négociateurs. Donc on peut dire que le dialogue va s’ouvrir incessamment. Le bon sens voudrait donc que la COD renforce son unité et avance en rangs serrés comme elle l’a fait jusqu’ici malgré les rumeurs plus ou moins entretenues et la désinformation dont elle a souvent été victime pour ceux qui ont compris que sa principale force est précisément cette unité.

– La Cod récolte-t-elle ainsi le fruit de l’union?

– Oui, clairement, car sans cette unité le pouvoir n’aurait pas tenu compte de ce que représente la COD comme pôle essentiel dans l’échiquier politique. C’est d’ailleurs ce que n’ont jamais cessé de dire les autres acteurs politiques, en particulier la CAP.

Aziz en a-t-il déduit que des élections sans la Cod ne veulent rien dire?

Je n’en sais rien. Je ne sais pas vraiment quelle est la teneur de son analyse. Mais si c’est ce qu’il pense, il aura vu juste et cette déduction serait sage.

– Peut-on logiquement envisager un nouveau report des élections pour permettre à la Cod de mieux se préparer?

– A la COD, nous répétons sans arrêt que le report des élections n’est pas inscrit à notre programme en tant que tel, que nous ne serons jamais prêts à des élections décidées unilatéralement par le pouvoir après la déchéance inconstitutionnelle de tous les mandats municipaux et législatifs. Nous n’avons en aucun cas demandé le dernier report de ces élections puisque là aussi le pouvoir avait décidé avec sa CENI d’en fixer les dates, tout seul. Si par contre s’ouvrent entre les parties, des discussions sérieuses pour apporter les corrections indispensables pour une bonne gouvernance électorale, le report des dates de ces élections irait de soi. A cet égard, un délai raisonnable et conforme aux exigences du rythme constitutionnel des élections sera nécessairement trouvé et mis en œuvre. Ce n’est donc pas pour la COD un report pour permettre à qui que ce soit (pouvoir ou opposition) de mieux se préparer égoïstement mais un report qui découle des conditions de préparation de la transparence des opérations électorales y compris l’établissement des listes électorales, de l’égalité des acteurs, y compris l’utilisation des moyens de l’Etat, des institutions de régulation électorale, y compris la composition de la CENI etc.…

– Ces négociations directes avec le pouvoir ne risquent-elles pas de marginaliser la Cap et Messaoud dont l’initiative de sortie de crise est passée aux oubliettes?

– Pourquoi la marginaliseraient-elles ? Le Président Messaoud a pris une initiative louée par tout le monde, en tout cas par la COD, comme pouvant servir de base de discussions en vue d’un compromis. Le pouvoir a tergiversé. Mais l’initiative a largement contribué à crédibiliser l’idée qu’il est nécessaire et possible de trouver un accord acceptable entre toutes les parties, à un moment où la tension était vive dans le pays et alors même que le pouvoir niait l’existence d’une crise politique de laquelle on devrait sortir sans dommage pour la stabilité, l’unité et la paix du pays. La lettre de l’initiative peut donc être discutée mais pas son esprit qui est incontestablement l’un des facteurs qui contribue à un nouvel élan politique positif dans le pays. Voilà en tout cas ce que moi j’en pense.

– Boydiel répétait à qui veut l’entendre qu’il n’y aura pas un second dialogue. Ces négociations ne sonnent- elles pas comme un désaveu pour lui et ses alliés de la cap ?

– Ça c’est à M. Boydiel d’y répondre ! Pour moi, en politique, le dialogue devrait être permanent car nous avons des institutions très fragiles, souvent en rupture avec les règles et la réalité et dont il faut constamment négocier leur mise en conformité avec celles-ci. Refuser à tel ou tel moment un dialogue est pour moi insolite. M. Boydiel est un ami, je n’en ai pas discuté avec lui pour comprendre le ressort profond de cette ligne qui semble plus extrême que la position même du Premier Ministre et du Président à l’égard du dialogue. Je ne comprends pas que lui, qui est un républicain, soit plus émiral que l’Emir lui-même ! Je lui demanderai bien sûr…

– Si l’opposition se décide enfin de participer aux élections, ne risque telle pas de subir un revers comme 2009 face à un candidat qui dispose de tous les moyens de l’Etat et a déjà pris une avance en voyant ses ministres battre campagne à l’intérieur sous couvert de missions de travail ?

– La COD ne se décidera de participer à une élection que lorsque celle-ci aura rempli les conditions indispensables pour la rendre équitable et transparente. Sinon, elle ne devrait pas y participer. Le revers de 2009 ? L’opposition le doit à sa propre suffisance à l’égard de Ould Abdel Aziz qu’elle était tellement sûre de balayer qu’elle a laissé passer toutes les chances de faire face aux iniquités électorales en particulier la convocation illégale et non consensuelle du corps électoral par le Premier Ministre et non par le Président Bâ Mbaré qui en avait seule la compétence constitutionnelle, le contrôle unilatéral des urnes par les tenants du pouvoir, le déploiement régional illicite de la CENI ; l’achat massif des consciences et des voix en numéraire et en nature etc…Nous n’avions pas lutté contre ces violations grossières des accords de Dakar qu’il ne faut donc pas incriminer ! Nous avons payé notre complaisance à l’égard du dispositif de contrôle du processus électoral par le pouvoir par une lourde défaite, car en politique comme dans la guerre, une faute stratégique se paye cash ! Si nous tirons de tout ça les bonnes leçons, alors nous pourrions réduire considérablement les chances de nous faire avoir comme la dernière fois et nous pourrions réduire l’avance du pouvoir dans la préparation frauduleuse des futures élections, y compris par l’utilisation abusive des biens et des personnels de la Haute hiérarchie administrative civile et militaire de l’Etat comme vous le soulignez à juste titre…

– Dans une interview publiée la semaine dernière dans Le Calame, Moussa Fall disait que les discussions entre pouvoir et opposition doivent d’abord porter sur l’édification d’un État de droit. Plus concrètement, sur quels points précis la Cod doit-elle insister pour obtenir des concessions?

– La notion d’Etat de droit utilisé par Moussa Fall renvoie d’abord et avant tout à l’exigence d’une bonne gouvernance électorale. Plus précisément à l’application des règles de droit indispensables au respect des normes et institutions de l’Etat en dehors de toute instrumentalisation partisane. L’Etat de droit seul peut garantir que tous les mauritaniens, à égalité, sans discrimination aucune et sans exception, participeront s’ils le désirent au vote. Seul l’Etat de droit garantira qu’il n’y aura pas un vote censitaire par l’imposition d’un prix de vente pour la carte d’identité, condition pour avoir une carte d’électeur ; seul l’Etat de droit permettra de ne pas avoir un vote contrôlé et téléguidé comme le vote militaire dans les casernes ; seul l’Etat de droit permettra d’empêcher que l’argent de l’Etat ou que des officiers supérieurs se mêlent des élections ; seul l’Etat de droit empêchera les Ministres de la République de confondre leur département à des officines de récolte des voix ou les marchés publics d’être des moyens de discriminer en faveur des partisans plus ou moins chevronnés du régime etc.…L’Etat de droit, c’est une CENI véritable et un Conseil constitutionnel dont la neutralité et l’autorité sont reconnus et respectés par tous et dont les membres ne reçoivent d’ordres que de leur conscience propre…L’Etat de droit c’est l’existence de moyens réels de contrôle de toutes ces règles. Les concessions que nous voudrions avoir sont donc les règles et mécanismes qui s’appliquent dans toute démocratie, même moyenne, pour une efficience électorale et qu’impose la raison elle-même. Rien de plus rien de moins.

– Les enjeux locaux qui font que l’Upr n’a obtenu nulle part un consensus pour ses futurs candidats et le mauvais bilan du gouvernement ne doivent-ils pas inciter l’opposition à aller au vote si on lui garantissait un minimum de transparence ?

– Un parti démocratique ne va pas aux élections parce que son adversaire a des difficultés réelles ou supposées, momentanées ou permanentes. Il y va, c’est tout, même s’il est assuré d’une cinglante défaite ! Celle-ci fait partie des clauses de la vie politique et malheur à qui se dérobe à l’amère défaite d’aujourd’hui. La seule exigence est que l’élection à laquelle ce parti participe respecte les règles de droit en vigueur. La seule chose qui devra nous inciter à participer aux élections, ce sera le respect des conditions de transparence et d’égalité électorales. Tout le reste concerne les aléas de la vie politique courante y compris bien sûr les difficultés réelles de l’UPR, les inondations à Nouakchott etc…

Propos recueillis par AOC

Lecalame

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