La pluie et le beau temps

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J’ai lu avec intérêt un article de Marième Mint Derwich, publié par Adrar-info, et qui parle des eaux stagnantes dans les différentes Moughataas de la capitale de notre Pays.

En traitant ce sujet, elle a été d’une exhaustivité appréciable, d’une objectivité remarquable, et d’une pertinence indéniable. En quelques paragraphes, elle a exposé la problématique et ébauché les solutions envisageables.

Paul Eluard avait raison lorsqu’il disait : « il nous faut peu de mots pour exprimer l’essentiel ; il nous faut tous les mots pour le rendre réel ». Mint Derwich, avec éloquence, a exprimé l’essentiel. Mais il revient aux autorités du pays de le rendre réel.

A entendre les plus hautes autorités de l’Etat réagir à ce sujet, on est obligé de faire deux constats amers. Le premier est que ce qui se passe dépasse les moyens disponibles. Quant au second, il impute aux régimes antérieurs, l’entière responsabilité du calvaire que vivent les populations aujourd’hui.

Ce sont donc les fameuses « Tarakoumats » (accumulations). Autrement dit, cette invention géniale de compte pertes et profits exceptionnels en politique, qu’on mouvemente au gré des tendances, pour tirer profit du principe élémentaire en comptabilité dit la double-écriture. En termes terre à terre, si on débite un compte, on doit absolument – équilibre oblige- en créditer un autre.

Dans notre cas de figure, si nous débitions, comme le veut la version officielle, la Mauritanie au passé composé, que mettrons-nous à notre crédit, nous de celle du présent vindicatif ?

Rien du tout, parce que ce qui se passe dépasserait, pour les mêmes autorités, les moyens dont nous disposerions. C’est incompatible avec l’abondance et l’opulence qu’on affichait depuis que « les moyens ne sont plus utilisés que pour l’intérêt général » (du ?).. Ce qui me gêne, c’est que rien du tout, a une autre dénomination, qui n’est autre, excusez-moi, que zéro.

Moi, je ne peux pas coller un zéro rond au directoire du pays des merveilles. Mais, franchement, il pouvait faire mieux pour ne pas me mettre dans cette situation embarrassante.

Il devait savoir qu’un pouvoir doit assumer le passé, gérer le présent en se projetant de façon prospective dans l’avenir du pays et le devenir de ses citoyens. Ensuite, si les moyens sont insuffisants – et ce n’est pas l’idée généralement distillée- il devait faire appel à l’aide, à la solidarité régionale, internationale.

On ne peut plus, au 21 ème siècle, vivre en autarcie. En plus, ce n’est nullement désobligeant d’avoir besoin de ses voisins et amis. Le japon, hyper riche, a reçu l’aide de ses amis lors du Tsunami et du problème de Fukushima qui en a découlé. En réalité, ce n’est pas la première fois que Nouakchott fait face à ce genre de situation, même si c’était toujours de moindre acuité.

Mais, comme à l’accoutumée, on s’est toujours limité à des solutions de fortune, de raccommodage, de saupoudrage, en siphonnant par ci, et en pompant par là. On ne s’est jamais inscrit dans une approche cohérente d’aménagement de la ville de Nouakchott pour la viabiliser. La nécessité n’était ni à montrer ni à démontrer. Pourtant, le problème est connu de tous. La SOCOGIM dite PS est dans l’eau depuis deux ans, sans qu’aucune autorité ne s’en émeuve.

J’ai vu et entendu l’actuel Ministre de l’équipement et des transports, expliquer devant les députés, non sans pertinence et bon sens, les difficultés que ses services rencontraient pour la conception et la construction des voiries.

Ou les maisons sont très hautes, ou elles sont trop basses pour caler convenablement la voie. Le malheur dans cela, est que la stagnation de l’eau est fatale pour les routes. Selon les spécialistes, une journée d’eau sur le bitume réduit d’une année sa durée de vie. Imaginez ce qui va rester des « goudrons » flambant neufs après ces intempéries. C’est dommage !

Gérer c’est prévoir, et prévoir ne fait pas partie de notre culture. Nous vivons au quotidien, notre heure, comme dit notre adage. Nous nous occupons uniquement des cas d’urgence, sans jamais décréter l’état du même nom.

Il est vrai, comme avait dit Edgar Morin, qu’à force de sacrifier l’essentiel pour l’urgence, on finit par oublier l’urgence de l’essentiel. En vérité, et sans vouloir écrire l’Histoire, il faut reconnaître que les régimes qui se sont succédé, ont tous vécu sous le sceau de l’urgence, ou de l’instinct de maintien et d’existence.

Celui de feu Mokhtar Ould Daddah, père de la nation, devait, dès l’indépendance, contre vents et marées, faire face à des défis extérieurs majeurs. Il devait asseoir sa légitimité et celle de son pays contestées par des Etats qui étaient loin d’être insignifiants.

Une fois cette bataille gagnée, et avec brio, il devait faire face, dans la foulée, après les événements de 1966, à une contestation de plus en plus grandissante de la part d’une jeunesse marxisante et farouchement opposée au néo-colonialisme, aux affres de la guerre du Sahara qui va finir par avoir raison de son régime.

A partir du 10 juillet 1978, les militaires, qui ont annoncé à tous que les forces armées et de sécurité étaient « dépositaires en dernier recours de la légitimité nationale », ont spolié le pouvoir, et n’ont eu la possibilité de réaliser quoi que ce soit, si ce n’est l’armistice et la fuite du Sahara. Aussi étaient-ils accaparés par les déchirements internes et les interminables complots à la Sékou Touré de Guinée.

Le seul parmi eux qui a eu une longévité, au cours de laquelle il s’est « civilisé » à la suite du sommet de la Baule, était Ould Taya. Ses vingt ans de pouvoirs (tous), lui aussi, ont connu des soubresauts (événements de 89, divers complots), qui ont perturbé les efforts entrepris sous son règne.

Il faut quand même mettre à son actif, le seul programme de développement urbain que le pays ait connu : l’actuel PDU, financé par la Banque Mondiale. Ce projet dont les actions ont touché la quasi-totalité des capitales régionales, a principalement travaillé à Nouakchott.

Mais, en dépit des efforts déployés par ledit projet, il a été aussi victime de la pression des pouvoirs pour consacrer l’essentiel à l’urgence, sacrifiant ainsi l’urgence de l’essentiel. Aussi, ce projet ne pouvait avoir un impact durable, que s’il s’était inscrit dans une démarche globale d’aménagement urbain. Ce qui, il faut le déplorer, n’était, et n’est pas encore le cas.

La nature n’a pas été clémente avec tous ces pouvoirs qui se suivaient et se ressemblaient, dans l’improvisation totale et le manque absolu de vision stratégique. En effet, les sécheresses cycliques ont conduit à un exode rural massif qui, en plus des plans et opérations d’urgence qu’il a nécessité, a accentué les difficultés d’une capitale déjà exsangue.

Puis, depuis 2005, vinrent les Mauritanie (s), virtuelle et nouvelle. La première n’a eu, ni le temps, ni la latitude de faire quoi que ce soit. La seconde quant à elle, s’est lancée dans d’interminables, et d’innombrables projets, dont la pertinence et l’efficience sont mises en doute par nombre de spécialistes. Des projets sans études, sans évaluation de l’impact réel sur le pays et ses populations. D’aucuns les qualifient de populistes, visant tout simplement à montrer que la Mauritanie venait de naître.

En conclusion, nous sommes toujours en quête de solutions durables pour vivre en toute quiétude dans nos cités. Nous ne pourrons y arriver qu’avec des politiques dépassionnées, et des schémas de développement et d’aménagement urbains. C’est technique et non politique, à part la volonté.

C’est le devoir et la responsabilité historique des « géniteurs » de la nouvelle Mauritanie, qui ont l’honneur et la charge de diriger le pays. Ils ne peuvent continuellement invoquer les manquements de leurs prédécesseurs. Que souhaiteraient-ils que leurs successeurs ou l’histoire disent ou immortalise d’eux ? En tous cas, si les anciens régimes amènent la pluie, qui va faire le beau temps ?

Debellahi

16/09/2013

cridem

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