SAMBA THIAM, PRÉSIDENT DES FLAM AUX ETATS UNIS : «LE RECENSEMENT EN MAURITANIE POURRAIT ENGENDRER DE GRAVES TROUBLES»

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SAMBA THIAM, PRÉSIDENT DES FLAM AUX ETATS UNIS : «LE RECENSEMENT EN MAURITANIE POURRAIT ENGENDRER DE GRAVES TROUBLES»

SAMBA THIAM, PRÉSIDENT DES FLAM AUX ETATS UNIS : «Le recensement en Mauritanie pourrait engendrer de graves troubles»
Samba Thiam, un des leaders du Mouvement des Forces de Libération Africaines de la Mauritanie, Flam par acronyme, depuis les Etats Unis, est très inquiet du recensement qui est entrain de s’opérer en Mauritanie et qui met en marge les populations souvent noires, dont les Wolofs, les Peuls, les Soninkés, les Bambaras, les Harratines….au profit des Bhidans ou maures blancs qui constituent à 99% les commissions de contrôles et de recensement. Selon lui, « au regard des événements de 1989 qui avaient fini de semer une véritable psychose chez certaines populations, nées en Mauritanie et ne connaissant que la Mauritanie, et pourtant déportées, les risques sont encore là de créer des troubles pouvant secouer même le Sénégal».

LE PAYS – En quoi serait discriminatoire le recensement actuel à l’encontre des Mauritaniens noirs?

Samba Thiam : Il l’est par sa conception et dans son exécution ! Dans tous les pays du monde, ce genre d’operation, aussi importante que l’enrôlement en vue de la refonte d’un’Etat civil, s’accompagne généralement, d’une vaste sensibilisation, d’une large médiatisation en vue d’informer les populations, pour en maximiser, justement, le succès. Ce ne fut pas le cas de ce recensement qui a été concocté dans l‘ombre et l’opacité totale, et se mène presque en sourdine, comme si l’on cherchait à cacher quelque chose. Au ministere de l’interieur , on constitua un comité chargé de la supervision de l’operation, dont le premier responsable recevrait ses consignes non pas du ministre de l’interieur , mais de la Présidence de la République. Qu’est-ce qu’un président de la République vient chercher dans une ‘’ banale ‘’ histoire d’ opération de recensement« ordinaire » de population ? Ensuite , provocation ultime, alors que ce recensement est censé concerner toute la population mauritanienne, dans sa diversité ( Bidhaans , Wolofs , Pulaars, Soninkes , bambaras, Haratines), on crée un comité chargée de la supervision de l’opération, composé à 99% de Bidhaans, ou maures blancs, et des commissions régionales- à son image – toutes mono-ethniques ! Des commissions mono-ethniques chargées de recenser une population pluri-ethnique !

N’y a-t-il pas là quelque chose de suspect, à tout le moins de troublant ?!

Voilà qui explique, en partie , les inquiétudes grandissantes de la population négro-africaine, et cela dès le depart; dans la manière dont ce projet a été conçu; dans son éxecution qui s’accompagne d’humiliation, de provocation ; j’y reviendrai !Inquiétudes légitimes au regard de notre passé récent, marqué par des déportation et des exécutions sommaires; souvenirs douloureux ravivés par les propos d’un Ministre qui parle « d’épurer » le fichier; inquiétudes qui s’expliquent et se justifient par l’environnement d’une idéologie ambiante d’une « Mauritanie arabe » qui distille l’illusion que les Mauritaniens noirs seraient des étrangers venus du Sénégal ! Or l’histoire du peuplement, ici, prouve que les tard-venus dans ce pays ce sont bien les Berbères arrivés au 6e siecle et la fraction arabe – dont celle du président- venue seulement au 16e siecle , qui trouverent sur place les Gangaris et les Tekruurs ! En second lieu , ce recensement est apparu, par la suite, carrément discriminatoire dans son exécution, suscitant une levée de boucliers, un tollé général d’indignation , de la part des populations noires mauritaniennes! D’abord par les pratiques et comportements vexatoires des agents recenseurs qui n’affichent aucun égard pour les personnes âgées, sommées de justifier leur « mauritanité » en présentant les pièces d’état civils de leurs ascendants. Vous avez 45 ans et on vous demande de présenter l’acte de naisance ou de dècès de votre père âgé de 65 ans , dans une Mauritanie « officielle » vieille à peine de 51 ans ! Et ces agents du Gouvernement ne sont pourtant pas sans savoir que dans l ’Afrique, rurale, en général et en Mauritanie, en particulier, le recours aux « pratiques » d’actes d’état civil – déclaration de naissance, de décès – , n’est pas entré dans les mœurs ! Comme pour en rajouter , lorsque vous êtes né au Sénégal ou à l’étranger, vous êtes d’office rejeté, comme si on choisissait son lieu de naissance ! Rejeté aussi lorsque vous portez un nom qui sonne « étranger » , comme Ouedraogo par exemple; Ou encore parce que votre nom a été écorché ou déformé ! quelque fois à dessein, quelque fois involontairement par l’agent recenseur par déformation culturelle . Le paroxysme est atteint enfin, lorsque que le premier ministre des Finances de la Mauritanie indépendante et un des premiers colonels de l’Armée mauritanienne –tous négro-africains –se voient rejetés par ces commissions. Les populations négro-africaines ont de quoi être inquiètes, légitimement. Dernier élément, pour le moins insolite : des commissions de recensement de populations qui s’entourent de policiers et gendarmes, c’est du jamais vu ! qu’est-ce à dire sinon que le Gouvernement cherche à intimider , menacer, voire réprimer ces populations ? Pour rassurer tout le monde , le général , dans une communication récent , répond aux critiques pour dire « que jusqu’ici le plus grand nombre enregistré concerne certaines localités du Sud ! » ; c’est donc la preuve qu’il n’y avait pas de discrimination, laisse –t-il implicitement entendre ! Argument superficiel , et pas du tout convaincant ! Parce que cette assertion ne prouve strictement rien dans son fond , car rien ne dit que le taux des rejets n’est pas proportionnel au nombre d’inscrits ! Si on a inscrit autant , on a aussi peut –être rejeté presque autant , car on assisterait pas à une telle tempête de protestations , à une telle colère montante , partout dans le sud et à Nouakchott, si les rejets avaient été négligeables ou insignifiants ! Sûrement pas ! Des laudateurs , pour soutenir le Général et défendre son projet décrié, s’égosillent à affirmer qu’il n’y aurait rien à craindre ! que cette opération est sans rapport avec la nationalité, et ne saurait donc priver quelqu’un de sa nationalité ! Ces tristes laudateurs , comme toujours, trompent le peuple.

Comment ?

En effet , tout est lié ou relié . Nous sommes face à une chaîne où tous les maillons sont reliés : sans recensement , pas d’état civil , et sans état civil pas de nationalité ! Sans numéro d’enrôlement , pas de carte d’identité , sans identité pas de carte d’électeur et sans carte d’électeur pas de vote ! Il ne faut pas se leurrer , ces registres d’enrôlement seront la base de toutes les pièces administratives : acte de naissance , carte d’identité , permis de conduire , certificat de nationalité . Lorsque l’enrôlement sera achevé , le Gouvernement, sans aucun doute , mettra immédiatement fin à la validité de toute pièce antérieure . Suite logique, et il n’y a que les naïfs pour croire le contraire ! Enfin si les mauritaniens Noirs affluent , massivement, vers ces centres d’enrôlement , c’est parce qu’ils se sentent inquiets ; ils se sentent menacés par ce projet qui vise à remettre en cause leur mauritanité ! Au nord et au Centre du Pays on n’observe pas cette ruée vers les centres ; les populations arabo-berbères s’y rendent au pas du promeneur, sans inquiétude … rassurés dans leur « mauritanité » qui saute aux yeux ! Le Mauritanien blanc (Arabe) est perçu comme « naturellement mauritanien» , là où la mauritanité du Noir est perçue comme douteuse , suspecte ! C’est cela du reste qu’illustrent , au quotidien , les pratiques du contrôle au faciès des postes de garde routiers internes , installés au sud, où seuls les passagers négro- africains sont, généralement , soumis au contrôle d’identité !

Quel sont les risques d’un recensement national en Mauritanie ?

Je dirais non pas « risques »mais menaces et danger ! Nous sommes menacés par le Syndrome de « l’ivoirité » en germe, dans toutes ses conséquences ! L’on est entrain de fonder dangereusement le concept de « mauritanité ». Notre « unité nationale », déjà mise à rude épreuve avec les évènements de 1989, est de nouveau en danger ! Cet enrôlement, en réalité, a pour soubassement ce problème sur l’identité de la Mauritanie : une Mauritanie arabe, exclusivement, comme le veut et le prône une certaine idéologie ? ou une Mauritanie appartenant à la fois à l’Afrique noire et à l’Afrique blanche ou arabe? c’est toute la question ou toute la querelle ! Puisque ces négro-africains résistaient à leur assimilation, et génaient par conséquent l’arabité du pays, à la différence des 5 millions d’algériens noirs relégués à la culture de l’olive dans le sud , il fallait agir, par tous les moyens, sur leur poids démographique. Ce poids démographique des négro-africains, obsession permanente des régimes arabo-berbères-est l’enjeu, secret, de cette opération d’enrôlement . Moctar Oud Daddah s’y attaqua en inventant la théorie du quart ( ¼), sans fondement aucun . Ould Taya le suivit mais usa de méthodes grotesques et barbares pour y faire face, comme la déportation et l’élimination physique massive ; Aziz, à son tour, ne semble pas y avoir renoncé ; seulement, lui, s’y prend autrement; de manière plus fine, plus subtile, en posant les fondements légaux, juridiques du déni de « mauritanité » ou de nationalité des Négro-africains ! L’inquiétude de nos populations est donc toute légitime, car c’est dans cette trajectoire que s’inscrit ce recensement, qui vise à poser les fondements de leur exclusion , et à les rendre ainsi apatrides dans leur propre pays . Apatrides , tous ces réfugiés dépourvus de pièces d’état civil détruits par l’armée, en 1989! apatrides tous ces immigrés et exilés politiques , aux papiers périmés !

Quelles sont les menaces par rapport à la stabilité de la Mauritanie?

Vous l’avez dit vous-mêmes : menaces d’instabilité interne . Notre unité nationale , bien fragile , risque d’éclater ; or la Mauritanie dans la turbulence c’est le Sénégal et le Mali qui aussi seraient affectés , au regard des liens multiples partagés avec ces pays limitrophes .

Pourquoi le Président Aziz opterait-il pour un recensement sans les noirs Mauritaniens dont les beydanes, wolofs, Peulhs…?

Il faudrait peut-être aller le lui demander vous-même, si vous voulez être édifié ! Mais une chose est sûre , le Général Aziz, depuis son arrivée au pouvoir, ne rassure pas les Noirs mauritaniens . Il ne rassure pas les Haratines qu’il emprisonne à la moindre protestation contre la pratique enracinée de l’esclavage; il ne rassure pas non plus les négro-africains lorsqu’on le voit nouer, en priorité , des relations avec le Gouvernement Soudanais auteur de 2 millions de morts au sud-Soudan ! ou lorsqu’on le voit brader à ces mêmes soudanais leurs terres de culture ! Lorsqu’ils le voient porter ses efforts à renforcer les barrières à la frontière sud , érigeant des fortins et postes frontières tous les cent mètres , alors que la menace réelle, sérieuse , vient du Nord et de l’Est avec Al Qaida ! Lorsqu’enfin ils constatent, perplexes, que l’approche de ce fameux recensement, coïncide bizarrement , avec l’ordre de fermer les consulats mauritaniens à Paris et à Dakar; et l’on sait que la France et le Sénégal concentrent le plus grand nombre d’immigrés Noirs mauritaniens !. Les négro-africains avaient espéré qu’avec la libéralisation de l’audio visuel , leurs langues et culture pourraient enfin s’exprimer librement et pleinement dans une perspective de plein épanouissement, à travers les radios rurales , régionales ! C’était sans compter avec l’article 8 du projet de loi qui stipule que les opérateurs de communication audiovisuelle doivent respecter « la diversité culturelle et linguistique de notre société conformément aux quotas des langues définis dans le cahier des charges» ! En d’autres termes , la portion congrue réservée jusque là aux langues négro-africaine ne changera pas ; même dans nos terroirs ! L’arabe restera privilégié à Rosso , Bogée , Kaëdi et Sélibaby, au détriment du Pulaar Soninké et wolof, hier et aujourd’hui, comme toujours ! Avec le Général le Système reste vivant plus que jamais!

Comment est- ce- que les Flam comptent -elles s’y prendre afin que force reste à la loi et que le justice soit préservée?

Les Flam se battront pour qu’on change plutôt ces lois scélérates qui protègent des lobbies racistes et esclavagiste , et favorisent la suprématie d’un groupe ethnique sur les autres ; Elles se battront pour la suppression des lois, comme celle en gestation sur ce recensement , pour l’instauration d’un ordre plus juste et plus égalitaire entre tous les mauritaniens . Elles recommandent toutefois aux populations de rester vigilantes , de ne pas se laisser distraire par la tactique du pouvoir qui divise le groupe Haalpulaaren, en Pulaars et Peulhs ; c’est une diversion, destinée à les éloigner de l’essentiel qui , en réalité, est que ni les uns ni les ’autres ne seront correctement recensés ; ni les Wolofs , ni les Soninkés , ni les Hartani rebelles ! Elles appellent ces populations au pied du mur, acculées, à faire preuve de détermination à ne pas céder , car leur destin serait alors scellé, pour de bon! Les Flam, avec les forces progressistes, et les compatriotes arabes honnêtes et courageux qui ne se contentent pas de dénoncer du bout des lèvres cette opération , mais se rangent en ordre de bataille, les Flam, dis- je , vont harasser sans répit le Général jusqu’à ce qu’il mette un terme à cette opération grotesque ou en corrige les anomalies majeures!

Propos recueillis par Oumar DIARRA- LE PAYS (Sénégal) DU 31 AOUT 2011- N0 035

boolumbal le 24/07/2013, texte réchauffé

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