Amadou Demba Ba et Isselmou Ould Abdel Kader : Deux témoins d’une histoire sombre – [PhotoReportage]

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« Le Muezzin de Sarandogou », roman d’Isselmou Ould Abdel Kader et « l’obsession du retour » récit autobiographique d’Amadou Demba Ba. Deux livres témoins d’une période sombre de l’histoire de la Mauritanie.

Les années 89-90. Un sale temps de déportations, d’exil, de suspicion, d’exécutions sommaires, de tortures…Dans le cadre de la semaine de la francophonie, les deux livres, le 19 mars, à l’Institut français de Mauritanie à Nouakchott, ont été dédicacés par leurs auteurs.

Une séance dédicace organisée par leur éditeur, la librairie 15/21 et animée par Manuel Bengoéchéa, Chercheur en littératures francophones, spécialiste de littérature mauritanienne francophone

« Le Muezzin de Srandougou »

Ould Abdel Kader était gouverneur pendant cette période sombre. Il a vécu les humiliations infligées aux negromauritanien par les forces de sécurité…pendant cette période, Isselmou a aussi vu les « justes », ceux qui ont refusé de tremper dans le racisme ambiant. Pourquoi avoir choisi la fiction, le roman pour parler de faits d’une telle gravité ?

« Les mauritaniens ne sont pas prêts à regarder leur passé en face. » Un passé très récent. Peut-être aussi parce que raconter quand des acteurs sont encore vivant… « Il faut exorciser par la littérature mais aussi par la justice… » dit Ould Abdel Kader. « Le muezzin de Sarandougou a été préfacée par le Pr Mohamed El Hafez Tolba.

« L’obsession du retour »

Amadou Demba Ba, auteur de « l’obsession du retour » a lui vécu les évènements douloureux de l’extérieur. Il était étudiant au Maroc. L’éloignement met a l’abri des atteintes à l’intégrité physique. Mais l’exil, en soit, est une souffrance. Il devient intenable quand les parents et proche laissés au village se retrouvent réfugiés dans un pays étrangers. Amadou a laissé sa famille a Goural (un petit village peul aux environ d’Aleg). Un jour pendant qu’il était étudiant au Maroc, surprise. Il reçoit une lettre posté de Ndioum au Sénégal…

Dans « l’obsession du retour » à travers le parcours d’Amadou, ressort aussi le destin de sa communauté. Les éleveurs peuls, comme le dit le préfacier, de l’ouvrage, Abdoulaye Mamadou Ba, vivent un recommencement sans fin. La sécheresse, les déportations, les camps de réfugiés…

Extrait du « Muezzin de Sarandougou »

« Au fond de la salle, les membres de la communauté martyre ressemblent à des sardines dans l’une de ces boîtes qu’on donne aux recrues en guise de collation. Sur le sol se sont mélangés des excréments humains et des lambeaux de vêtements laissant présumer que les prisonniers se soulageaient sur place depuis leur détention.

Rien ne brille à l’intérieur de la prison. Tous les détenus ont fermé les yeux par pudeur ou par crainte d’être aveuglés par la lumière intense et subite du jour. Zakaria n’a plus pour pantalon qu’une loque dissimulant à peine ses parties les plus intimes. Malado n’a pu garder de son pagne qu’un mouchoir de poche. La vieille Penda n’a plus rien à cacher et les autres sont devenus méconnaissables. Affolé, l’adjudant de compagnie accourt pour informer le capitaine de cette situation et obtenir la permission de rassembler les suppliciés dans la cour.

De son côté, le commandant de la garnison craint que le Sultan ne soit pas au courant de la dimension de ce drame. Il décide de sauver ceux qui peuvent l’être, en estimant plus facile de réparer l’erreur d’avoir permis la sortie des prisonniers que celle de les laisser mourir. Il les rassemble alors dehors, dans le dénuement le plus complet. Pourtant, ils ont l’air de ne sentir ni la chaleur des rayons solaires ni celle du sol.

Ceux parmi eux qui demeurent conscients semblent à l’aise comme s’ils se trouvaient dans un salon feutré, alors que d’autres n’arrivent plus à plier les jambes à force de rester debout durant toute leur période de détention. On les étend sur le plancher flambant à côté de ceux qui ne se retenaient de mourir que pour ne pas embarrasser les vivants. Dans les ventres chétifs et déshydratés des enfants, on aperçoit quelque chose qui ressemble au lait maternel circulant par miracle. »

Extrait d’une lettre reçu par Amadou pendant qu’il était au Maroc.

Lettre reproduite dans « l’Obsession du retour »

Demette, le 6/06/1989

Très cher intime, Ba Amadou

« Tu seras sûrement étonné de constater que cette lettre provient de Demette, au Sénégal. En effet, tous les parents d’Aleg, de Goural et de Toufdé Diabé ont quitté la Mauritanie. Il y a ceux qui ont été expulsés de force et ceux qui ont fui. Tes parents, ton oncle Kelel, Mamoudou Diallo, Bowa, Samba Dagga, Thierno Mamoudou Alpha font partie des expulsés, ainsi que les habitants de Toufdé Diabé et de Wendou, tandis que le reste des parents d’Aleg et de Goural ont fui. Nous vivons, vraiment, une situation difficile. (…)

Je te prie et tes parents se joignent à moi de ne pas venir ici pendant les grandes vacances, tu risquerais fort de connaître le même sort que nous tous. Quand à moi, j’étais en vacances, au moment où a éclaté la chasse aux Noirs mauritaniens, par le régime d’Ould Taya. (…) Tes parents et les miens ont été acheminés, hier, vers N’Dioum, une ville située à cinquante kilomètres, à l’ouest de Demette. La plupart des gens d’Aleg y sont déjà. Le gouvernement du Sénégal et le HCR font le maximum pour nous installer dans les meilleures conditions. »

De la part de Ngarta

Khalilou Diagana

Source : CRIDEM

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