Déclaration de Politique générale (document d’orientation stratégique)

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Le monde connaît de profondes mutations. Les pays occidentaux, sont en proie à de graves crises économiques, conséquences tout à la fois de l’hyper concentration des richesses entre les mains de minorités de spéculateurs financiers, et du surendettement des pays les moins forts économiquement.

Sur un plan plus général, une nouvelle période historique est en train de s’ouvrir, qui remet en cause le diktat des puissances occidentales, et annonce l’émergence d’un monde multipolaire plus équilibré.

Les changements nés du printemps arabe illustrent autant ce nouvel équilibre, que le surgissement des peuples dans le combat pour l’élargissement de la démocratie. De même que l’administration de l’Etat palestinien au statut de membre observateur de l’ONU participe avec éloquence, à l’évolution du rapport des forces au niveau international.

Alors que le peuple sahraoui poursuit sa lutte héroïque pour l’effectivité de son autodétermination, la situation dans la sous-région est caractérisée par l’accentuation de deux grandes menaces : le terrorisme mafieux des narcotrafiquants et le terrorisme djihadiste. La conjonction de ces deux menaces, qui ont trouvé dans le Nord du Mali un vaste champ de manœuvre, place tous les pays de la sous-région face à un défi qu’il importe d’aborder dans l’urgence, et avec lucidité.

Une seconde caractéristique importante de la sous-région est la quasi-généralisation de la lutte entre la régression despotique et la dynamique démocratique (Coups d’état en Mauritanie et au Mali, lutte de clans narcotrafiquants en Guinée Bissau ; avancées démocratiques significatives en Guinée et au Sénégal).

En Mauritanie, les cinq dernières années ont vu se développer une crise multiforme, et parfois aigue :

– Crise socioéconomique, marquée par une paupérisation de plus en plus grande des populations, en dépit des prétendus programmes de lutte contre la pauvreté ;

– Crise politique qui prend, au fil des semaines, les allures d’une confrontation ouverte entre l’opposition démocratique et le pouvoir ;

– Crise sociopolitique et réveil des tensions identitaires, du fait d’une conjonction de pratiques chauvines au sein de l’Etat (éducation, recrutements, enrôlement), d’une gestion incohérente des questions liées au passif humanitaire, et d’une prise en charge laxiste et ambigüe de la question de l’esclavage.

Cette crise qui s’approfondit et devient de plus en plus complexe mêle des phénomènes factuels et des questions structurelles. Les réponses à ces questions interpellent l’ensemble des acteurs politiques.

Forte de ses convictions patriotiques et démocratiques et de sa longue expérience de lutte pour le changement social, l’UFP ne saurait esquiver ses responsabilités.

L’Union des Forces de Progrès est porteuse d’un projet de société qui, tout en s’encrant dans les valeurs civilisationnelles les plus positives de la société mauritanienne, fait siens les principes de liberté, d’égalité et de justice sociale, et s’inscrit dans une dynamique d’invention d’une trame sociale nouvelle débarrassée des archaïsmes socioculturels handicapant et de toute forme de discrimination et d’exclusion.

Un projet de société fondé :

– sur les règles sacrées d’égalité et de tolérance, de respect de l’autre et de compassion prônés par l’Islam et sur les exigences de justice et les modalités du droit positif, et non sur des préjugés socioculturels, sur la stigmatisation et l’exclusion de majorités marginalisées (femmes, jeunes) et d’autres catégories essentielles de la population (membres de castes et de groupes sociaux prétendument inférieurs , handicapés, etc..)

– sur des choix individuels et collectifs libérés de toute entrave, et non sur des allégeances et des dominations anachroniques, vestiges de structures sociales de type esclavagiste ou féodal :

– sur le caractère multinational du peuple mauritanien, sur l’égalité effective de toutes les composantes de la nation et sur une solidarité nationale librement acceptée et consciemment assumée, et non sur des réflexes identitaires et des connivences particularistes qui conduisent à l’exclusion et aux violences meurtrières ;

– sur un accès équitable aux richesses nationales, à leur juste répartition au profit en particulier des couches historiquement et socialement les plus défavorisées, et non sur l’accaparement de l’économie par une minorité de privilégiés ;

– sur la plénitude d’une démocratie citoyenne faisant une large place aux organisations sociales de base et aux initiatives locales et populaires, et non sur la soumission du peuple à l’Etat et de la Nation à un centre omnipotent.

Ces principes justifient l’ambition de l’Union des Forces de Progrès d’édifier un Etat indépendant, de démocratie pluraliste et de progrès social, en rupture avec le monolithisme politique et les pratiques autoritaires.

Cet Etat sera régi par :

– l’attachement aux valeurs de l’Islam, religion du peuple mauritanien ;

– les principes républicains d’égalités des droits et des devoirs, de gouvernance démocratique et de transparence ;

– la protection et le respect des libertés individuelles et collectives ;

– l’exigence de respect des différences, d’harmonie entre les communautés, de promotion et de développement des langues et cultures nationales.

Par-delà ses fonctions régaliennes, l’Etat aura le devoir d’assumer les missions essentielles suivantes :

– créer les conditions favorables à l’émergence d’une société unie et solidaire, débarrassée des survivances archaïques, et ouvrant la voie à une économie de marché émulative et régulée, dans un environnement économique et social rénové.

– assurer à l’ensemble des Mauritaniennes et Mauritaniens la satisfaction de leurs besoins fondamentaux : revenus pérennes, sécurité alimentaire, habitat, éducation et santé ;

– favoriser le développement d’un tissu associatif dense et multiforme, fondé sur un engagement citoyen (droits et libertés, actions solidaires, ancrage démocratique, épanouissement artistique et culturel) ;

– développer les initiatives publiques, encourager et soutenir l’entreprenariat privé, organiser et moderniser le secteur économique dit informel ; appuyer les actions mutualistes et le développement des collectivités locales ;

– préserver et gérer durablement les ressources environnementales, réhabiliter les terroirs et freiner l’exode rural ; favoriser le développement de pôles d’activités économiques impliquant la pleine participation des populations, des collectivités et des communautés, tant dans la gestion des ressources naturelles que dans celle des différends et conflits localisés (principe de subsidiarité) ;

– participer, dans les espaces géopolitiques africain, arabe et musulman, à la création et à la consolidation d’ensembles sous régionaux et internationaux susceptibles de contribuer à une dynamique de développement économique et social équilibré ;contribuer, en concertation avec les pays frères voisins, à une gestion commune novatrice des ressources environnementales et culturelles des zones frontalières ;

– soutenir et prendre part, en alliance avec les forces de progrès dans le monde, au mouvement pour une mondialisation favorables aux intérêts fondamentaux de l’humanité et à la démocratisation des relations internationales ; s’opposer aux tendances régressives d’un capitalisme qui ne profite qu’à des minorités privilégiées, qui porte atteinte aux droits des peuples et des pays, et qui menace les conditions et les sources de toute vie ;

– contribuer à bâtir un monde multipolaire, non soumis aux injonctions et au diktat d’une ou deux hyperpuissances, et établir une coopération internationale solidaire et dynamique, respectueuse des droits des peuples et des Etats.

Objectifs stratégiques

L’évolution du contexte international et national, caractérisée par une dynamique de démocratisation à l’échelle mondiale, d’une part, le caractère destructeur et suicidaire des conflits internes en Afrique, tant pour les peuples que pour les Etats, d’autre part, rendent obsolètes et aventureuses les formes violentes de lutte pour le contrôle de l’appareil d’Etat.

L’option stratégique de l’Union des Forces de Progrès pour l’accès au pouvoir est celle de la voie pacifique fondée sur une majorité démocratique du peuple. Dans cette optique, les objectifs stratégiques fondamentaux de l’UFP demeurent :

– d’unir les forces sociales fondamentales autour d’un programme politique qui reflète les attentes et les besoins du peuple mauritanien et qui participe à l’avancement du projet de société du parti :

– d’initier, de diriger et de soutenir les luttes multiformes des différentes couches du peuple pour l’amélioration de leurs conditions de vie, pour la conquête et la défense de leurs droits socioéconomiques et politiques ;

– d’assumer pleinement sa mission d’éducation, en œuvrant à l’encrage démocratique de la société, par ses moyens propres, et en favorisant et soutenant le développement d’une société civile active et imaginative, apte à contribuer à des changements socioculturels positifs et à l’élargissement du champ des initiatives populaires ;

– de contribuer à l’instauration d’une démocratie apaisée, à travers un processus de changements positifs graduels alliant les luttes, le dialogue et les réformes consensuelles ;

– d’exploiter tous les espaces de liberté et d’expression démocratique, et de faire des circonscriptions gagnées, par le biais des compétitions électorales, des champs d’expérimentation et de diffusion d’un type nouveau de gestion de la chose publique et de relations avec les citoyens ;

– de rallier à sa politique les forces et les couches sociales les plus larges possible (hommes d’affaires soucieux de l’intérêt national, intellectuels démocrates, personnalités patriotes) afin de renforcer le camp des forces de changement et d’accélérer l’avènement d »une alternance viable.

L’union des forces de progrès est une organisation patriotique démocratique et progressiste qui inscrit sa mission et son action dans la fidélité à une triple référence :

– la longue tradition de lutte pour l’indépendance et la dignité nationale qui a profondément marqué de son empreinte l’histoire de la Mauritanie ;

– l’expérience des mouvements démocratiques successifs qui, depuis les années quarante du siècle dernier, se sont engagés dans un combat multiforme pour la liberté, l’unité nationale et les transformations sociales, contre la domination coloniale, d’abord, le pouvoir néocolonial et les régimes d’exception ensuite ;

– les luttes des forces progressistes, à l’échelle mondiale, pour la justice et le progrès social, et pour un nouvel ordre mondial non soumis aux seules exigences du profit et aux seuls intérêts des puissants.

Son héritage, les principes qui l’inspirent, ses objectifs stratégiques et ses méthodes d’action placent l’UFP à l’avant-garde de la lutte pour les changements de société indispensables à la libération et à l’épanouissement du peuple mauritanien.

Ces caractéristiques fondent l’exigence d’une éthique politique à laquelle l’UFP se fait le devoir de se conformer et qui comprend les principes suivants :

– la dénonciation de toute forme d’injustice et d’arbitraire,

– la défense des intérêts des plus faibles,

– la recherche de l’implication la plus large des femmes aux structures et aux actions du parti, jusqu’aux échelons les élevés,

– le refus du populisme, de l’électoralisme vulgaire et des pratiques indignes,

– la disponibilité au dialogue et à la recherche de solutions consensuelles et dynamiques,

– la conviction que la réalisation d’un intérêt partisan n’est pas souhaitable si elle doit se faire au détriment du peuple et de la nation.

Pour toutes ces raisons, l’UFP, tout en restant ouverte à toutes les bonnes volontés, privilégie, dans la composition de ses différentes structures, les qualités d’engagement sincères autour des principes et des objectifs stratégiques du parti, de loyauté, de capacité ou d’aptitude à la mobilisation politique et sociale.


Nouakchott le 30 Décembre 2012

Le Congrès

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