Moussa Fall à Taqadoumy : «Aziz est à contre courant des politiques économiques en vigueur dans le monde»

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Engagé contre le régime en place, Moussa Fall – qui est l’un des leaders de la C.O.D – répond aux questions de Taqadoumy – relatives à l’actualité nationale, à la position du pays par à la crise malienne – et fait une ébauche de solutions susceptibles de sortir le pays de la crise multidimensionnelle qui le traverse depuis de longs mois.

Taqadoumy : Monsieur le Président où va la Mauritanie ?

Moussa Fall : Consécutivement a l’évènement du 13 octobre tous les mauritaniens, particulièrement leur classe politique, s’attendaient à un changement de style dans la gestion des affaires du pays, a de nouvelles méthodes de gestion; bref à un nouveau comportement. Malheureusement les espoirs ont vite été déçus après le retour du Président de son séjour médical en France. Grande fut la surprise de tous après ses propos à Jeune Afrique ou il affirme que rien ne changera, ni dans sa vision, ni dans son comportement et par voie de conséquence aucun changement n’est à espérer dans sa façon de diriger le pays, ni dans ses relations les autres.

Nous nous trouvons, ce faisant, dans une parfaite logique de continuité des mêmes politiques économiques et institutionnelles.

Au plan économique, par exemple, son premier geste était l’inauguration d’une centrale électrique surdimensionnée. Ce projet, une fois réalisé dans les délais prévus fera double emploi avec les projets déjà en cours dans le même domaine. A l’évidence ce projet, comme plusieurs autres, ne répond pas à un besoin économique et encore moins à une rentabilité financière. En effet, la puissance disponible à Nouakchott, après l’achèvement des projets déjà engagés serait de 321 MW en 2016 au moment ou le besoin de la capitale n’excèdera pas 158 MW la même année. On sera donc en présence d’un énorme excèdent qui confirme que la réalisation de ce projet constitue une erreur de plus au plan économique car le cout de cet investissement s’élève à 150 millions d’euros, donc un fardeau de plus sur le dette publique auquel il faudra ajouter les charges de fonctionnement et de maintenance qui finiront par être supportée par l’état, la SOMELEC étant dans l’incapacité d’y faire face.

Un autre exemple de cette anarchie de gestion, ce fameux projet de Chami : Une ville surgie du néant et dans le néant. Rien ne peut justifier l’utilisation de financements publics aussi importants dans de telles fantaisies. Cela au moment ou la plupart de nos villes habitées manquent des moyens de survie les plus élémentaires.

Ces exemples s’intègrent parfaitement dans la politique suivie jusqu’ici par Ould Abdel Aziz qui est à contre courant des politiques économiques en vigueur dans le monde car les expériences des pratiques économiques prouvent que le développement ne peut se réaliser que dans un système impliquant fortement le secteur privé et gardant à l’Etat sa mission de supervision et de régulation.

Dans cette logique on assiste en outre à une prolifération d’établissements et de sociétés publics dont on n’attend aucun résultat économique ni aucune incidence positive sur la vie du citoyen en général. En effet la nature de ces institutions et leurs méthodes de gestion sont nuisibles à l’économie et particulièrement d ses secteurs productifs. Ces établissements étant dirigés par des fonctionnaires soumis aux caprices de leur hiérarchie et aux contraintes de la pression de la société.

Par ailleurs quand on jette un regard sur le portefeuille des projets financés par l’Etat on constate que leur réalisation est confiée, sans étude préalable, à des sociétés d’Etat non qualifiées ou au génie militaire qui a d’autres missions. C’est là un comportement économique inadmissible car les pertes inévitables de ces sociétés finiront par être supportées par l’Etat qui constitue leur unique recours.

Le projet d’alimentation en eau de Magta Lahjar confié au Génie Militaire est l’illustration vivante de ce mode gestion. A ce jour les populations de cette ville attendent toujours l’arrivée de l’eau. Ce projet semble rencontrer des sérieux problèmes dus au manque de professionnalisme et à l’absence d’un suivi technique permettant de déceler et de corriger à temps ces défaillances.

Sur un autre plan, celui des institutions, les rapports d’Ould Abdel Aziz avec celles-ci se caractérisent par leur mépris et l’ignorance de leur utilité. Or il est établi qu’un Etat ne vaut que par ce que valent ses institutions qui doivent être construites sur du solide. Aujourd’hui la légitimité de nos institutions est mise en cause du fait du report unilatéral des élections législatives et municipales. Pourtant il était possible de trouver une solution concertée, et conforme à la Constitution entre les différents acteurs politiques. Ce qui malheureusement n’avait même pas été tenté.

En outre le parlement est contourné dans des domaines aussi importants que celui des projets et des dépenses et ce depuis le coup d’Etat de 2008. Le projet de budget rectificatif 2012 est actuellement en discussion au parlement, en fin d’exercice, pour régulariser des dépenses déjà effectuées sans autorisation préalable. C’est le médecin après la mort ! Des montants importants, dont certains figurent sur les comptes du trésor publics, ne font l’objet d’aucune inscription budgétaire. Citons en particulier les 63 Milliards d’ouguiyas apparus récemment dans la situation du trésor et qui ne figurent pas dans les budgets 2012 et 2013.

Sur un autre plan de nombreux projets sont entrepris en dehors des budgets de l’Etat. Citons comme exemple la route Tiguent- Mederdra en phase de démarrage qui ne figure nulle part dans le budget 2013 et le projet de l’aéroport International. Il s’agit là d’un projet d’envergure, dont les couts de réalisation ne sont pas connus et dont le principe n’a pas été soumis pour approbation au parlement. Un contrat de troc, comme aux temps anciens, conclu par une personne qui gère l’Etat au gré de son bon vouloir.

S’ajoute à cela la désagrégation de l’appareil administratif : Les ministres, les directeurs et les responsables administratifs n’ont plus de prérogatives. Les nominations aux différents postes administratifs n’obéissent plus aux critères de compétence et d’efficacité. Encore une fois nous réitérons l’affirmation qu’un pays sans institutions est un pays sans avenir.

A l’évidence ce mode de gestion conduira inévitablement, à court terme, en l’absence d’une remise en cause, devenue urgente, vers des crises fatales pour notre économie et pour nos institutions.

Avant de nous éloigner des sujets que l’on vient d’évoquer il est important de rappeler que la Mauritanie reste tributaire, pour l’essentiel, de son secteur minier. Il est établi que les pays qui dépendent des ressources naturelles faciles à exploiter, comme les mines, rencontrent des difficultés pour le développement de leur économie. La tentation de céder à la facilité les a amenés souvent à se suffire de l’existant oubliant le fait que ces ressources s’épuisent au fur et mesure de leur extraction. Jusqu’ici notre pays s’évertue à utiliser toutes ses recettes pour financer des activités dont la pertinence et la rentabilité sont discutables. Pour faire face aux effets pervers de cette situation certains pays ont crée des fonds alimentés par une partie des recettes d’exploitation de ces richesses naturelles pour encourager le développement et la diversification de leurs économies ; Une expérience dont la finalité est de construire une économie solide et pérenne en évitant au pays concerné de rester l’otage d’un secteur unique. Une expérience qui doit nous inspirer.

Taqadoumy : Quelles solutions ?

Moussa Fall : La solution est dans le changement politique car la construction de l’état dans le monde d’aujourd’hui, ne peut se faire qu’avec la bonne gouvernance. Celle-ci étant indissociablement liée à la démocratie. Tous ceux qui s’emparent du pouvoir par un coup d’Etat militaire s’appuient d’abord, en général, sur ceux les y ont amené et, surtout, sur ceux qui les aident à s’y maintenir. Ils agissent par conséquent selon leurs désirs et les intérêts de leur entourage n’ayant de compte à rendre à personne d’autre. Par contre ceux qui accèdent au pourvoir par des élections libres et transparentes sont responsables devant leur électorat, ce qui leur impose une bonne conduite dans la gestion des affaires de l’Etat. Ils seront donc attentifs à la pertinence de leurs actes, de leurs programmes et regardant quand au choix de ceux auxquels ils confieront les missions de gestion et d’exécution.

Dans l’état actuel des choses en Mauritanie, l’avènement d’un système démocratique véritable passe obligatoirement par l’instauration d’une transition consensuelle permettant la préparation d’élections libres et transparentes dont le verdict s’imposera à tous. La réussite de telles élections dépendent de deux facteurs essentiels que sont : la transparence et l’Egalite des chances entre les compétiteurs.

La transparence des opérations électorales ne constitue plus un obstacle majeur dans la mesure où ses mécanismes sont largement maitrisés dans le monde. Dans notre pays les outils et les règles de cette transparence sont encore loin des normes internationalement admises.

L’égalité des chances ? C’est là que réside le grand défit qui n’est pas facile à lever. Nous revient à l’esprit l’accueil réservé à Ould Abdel Aziz à son retour. Accueil pour lequel la mobilisation a impliqué tout l’appareil d’Etat et les hommes d’affaires proches du pouvoir ; les seuls à pouvoir mobiliser des moyens financiers dans la conjoncture actuelle, parce que bénéficiaires de privilèges exclusifs. Les « effets spéciaux » de cet accueil (posters géants, panneaux lumineux) affichés au grand jour sur les devantures des bâtiments publics renvoient aux symboles des régimes autocratiques où le culte de la personnalité et le concept du « guide éclairé » sont de rigueur. On se croirait en Corée du Nord !

Nous avons évoqué tout cela pour prouver qu’on est encore très loin de l’égalité des chances. Entrer dans une compétition contre cette « machine » disposant des moyens de l’Etat et de l’appui financier d’hommes d’affaires choyés serait un acte de folie. Dans ces circonstances les résultats de toute compétition sont connus d’avance quelque soient les règles techniques de transparence. L’obstacle majeur devant les élections est là. Et nous, en tant que forces politiques responsables, souhaitons vivement que cet obstacle soit surmonté par des voies et des moyens pacifiques et démocratiques. Notre engagement pour ce faire sera ferme et résolu.

Taqadoumy : La crise est-elle politique ou économique ?

Moussa Fall : La crise actuelle est essentiellement politique. Elle demande des solutions idoines préalablement à toute consultation électorale. Par contre la crise économique selon moi, éclatera plus tard car la montée des prix du fer et de l’or et les recettes exceptionnelles dont certaines sont d’origine douteuse mettent la trésorerie de l’Etat dans une aisance provisoire. Cette situation ne se traduit pas par une amélioration des conditions de vie des populations à cause justement de la mauvaise gouvernance.

Taqadoumy : Vous avez qualifié la situation économique de bonne, c’est aussi ce que prétend le pouvoir. Comment vous expliquez la coexistence d’une bonne situation économique aux cotés d’une pauvreté largement étendue ?

Moussa Fall : Ce dont on a parlé c’est l’état de la trésorerie. La situation des finances de l’Etat est une chose, celle de l’économie en général étant une autre chose. L’état des finances publiques est relativement acceptable pour les raisons que je viens d’évoquer car leur situation s’apprécie selon le niveau de la liquidité disponible au trésor public et des réserves en devises de la Banque Centrale. Effectivement ces deux institutions déclarent qu’elles disposent d’un niveau de liquidité acceptable. Mais l’utilité de la liquidité dépend de son emploi. Elle peut être employée à bon escient et profiter à tous. Elle peut être stérilisée et produire un effet asphyxiant sur l’économie. Elle peut aussi circuler dans des circuits fermés qui ne profitent qu’à des destinataires bien ciblés. Je crains que nous soyons dans les deux derniers cas de figure.

Au nombre des causes qui expliquent la faiblesse de l’impact de cette trésorerie sur l’activité économique et sociale citons les coupes drastiques, sans discernement des dépenses indispensables au bon fonctionnement de l’administration. Une première conséquence de ces coupes est la forte réduction de l’efficacité des services publics. La seconde conséquence réside dans la destruction de nombreuses activités formelles, informelles, individuelles, pas toutes parasitaires, qui employaient de nombreux citoyens et distribuaient beaucoup de revenus. Un exemple parmi tant d’autres qui explique la dégradation du niveau de vie des citoyens et le mécontentement qui en découle.

Taqadoumy : Le pouvoir illustre sa bonne gouvernance par la réduction annuelle des dépenses budgétaires et vous, vous considérez cela comme un acte négatif. Comment vous expliquez cette contradiction ?

Moussa Fall : L’Etat joue un rôle central dans l’économie. Naturellement les excès en matière de dépenses sont à éviter. A contrario l’austérité excessive, quand elle nuit au bon fonctionnement de l’Etat, est fortement déconseillée. Les politiques de rigueur ne s’imposent aux pays qu’en cas de déficits budgétaires graves. Les réductions budgétaires provoquent généralement des reculs dans la croissance de l’économie.

A L’Etat de faire la distinction entre les dépenses utiles qui stimulent la croissance et qui profitent à la société et celles qui ne répondent à aucun besoin réel. Ce sont ces dernières qui sont source de mauvaise gestion, de gaspillage et de gabegie.

A titre d’exemple, la diminution opérée dans le budget 2013 de l’éducation nationale pour un montant de 1,5 milliard est une décision surprenante au regard de la situation d’un système éducatif en crise qui a besoin de ressources additionnelles pour son redressement et l’amélioration des conditions du personnel éducatif.

Taqadoumy : Dans quelle catégorie économique mondiale situez-vous l’économie mauritanienne?

Moussa Fall : La politique en vigueur, aujourd’hui en Mauritanie, se caractérise par un retour à l’étatisation de l’économie. On voit se multiplier les créations de sociétés publiques qui réduisent l’espace dévolu traditionnellement au secteur privé et qui finiront à terme, par alourdir les charges de l’Etat. Cette politique d’étatisation est considérée, dans le monde d’aujourd’hui, comme une anachronie.

Taqadoumy : La Mauritanie s’était engagée à la fin des années 80 dans la voie du libéralisme économique en privatisant plusieurs sociétés d’état. Aujourd’hui elle revient sur cette option. Qu’en pensez-vous?

Moussa Fall : C’est le sujet que nous venons d’évoquer. Je pense, pour ma part, que ce retour en arrière constitue une grave erreur. On se rappelle que la Mauritanie, après de difficiles négociations avec la Banque Mondiale et le FMI entre 1991 et 1994, avait changé sa stratégie économique. La stratégie de libéralisation adoptée à l’époque avait eue des effets bénéfiques sur notre économie. On a vu émerger un grand nombre d’activités formelles et informelles dans de nombreux secteurs. Le marché a connu un essor important et l’Etat, en se désengageant, a pu se consacrer à ses missions essentielles.

Taqadoumy : Quelle est votre appréciation de la politique minière en particulier le code minier et l’octroi des permis de recherche et d’exploration ?

Moussa Fall : Il me semble que le code minier mauritanien n’est pas, théoriquement, le moins avantageux comparativement à ceux des pays de même niveau. Il pourrait être naturellement amélioré et mieux adapté à nos spécificités. Nous devons dans ce domaine faire preuve de réalisme et éviter toute démagogie. Nous devons comprendre que nous ne disposons ni du niveau de professionnalisme ni des moyens requis pour la recherche, l’exploration et la gestion des sociétés minières ; exception faite de la Snim qui possède une longue expérience dans domaine de l’extraction et de la commercialisation du fer. Par conséquence mon avis est que notre politique minière doit encourager l’investissement en attirant des partenaires stratégiques. Ce que nous constatons ici c’est l’absence de toute transparence dans l’octroi des permis miniers. Ils sont délivrés suivant des pratiques clientélistes à un groupe restreint d’intermédiaires sans qualification professionnelle et totalement étranger au domaine. Ce qui est naturellement préjudiciable à l’intérêt général et rebutant pour l’investissement et le partenariat.

Quand aux conventions qui lient l’Etat aux sociétés opérant dans le domaine elles font souvent l’objet de violations fragrantes. Ces sociétés subissent continuellement des pressions au plan des recrutements, des choix des prestataires de service hors concurrence. Cette façon d’agir a un prix. Ces sociétés s’autorisant, en contreparties, à ne pas respecter tous leurs engagements conventionnels.

La politique à suivre doit avoir pour objectif de garantir à ces sociétés un environnement serein leur assurant de bonnes conditions de travail tout en exigeant un respect scrupuleux termes des accords conclus.

Taqadoumy : Le Président de la République a dit dans sa conférence de presse que vous avez rejeté l’initiative de Messaoud. D’autres vous accusent de l’avoir plagiée dans une initiative que vous avez présentée au nom de la COD. Qu’en est-il?

Moussa Fall : Prétendre que vous avions rejeté l’initiative du Président Messaoud ne correspond pas à la réalité. Dès que le texte de cette initiative lui est parvenu la COD a procédé à sa ventilation à raison de deux exemplaires à chacun de ses membres: un en Arabe et un en Français. Toutes les réactions des dirigeants de la COD ont été positives.

La COD a effectivement contacté un ensemble de partis y compris celui du Président Messaoud par l’intermédiaire de la Cap. L’objectif de ces contacts était de sensibiliser l’ensemble de la classe politique pour engager des consultations pouvant aboutir à un consensus national de sortie de crise. Il était entendu que ces consultations devaient rester ouvertes à toutes les idées, propositions et initiatives.

Taqadoumy : Un sentiment est de plus en plus rependu sur un recul de popularité de la C.O.D. Une déception quand à son efficacité. Certains vont même jusqu’à lui reprocher une absence de pertinence dans sa façon de gérer les évènements. Comment expliquez-vous cela ?

Moussa Fall : La Coordination n’est que le reflet de l’état général de l’opposition dans le pays et du niveau de l’engagement des populations pour le changement. Il est facile de critiquer la C.O.D et d’évaluer ses performances en fonctions des rumeurs et des impressions. De mon point de vue cela n’est ni juste, ni objectif. L’évaluation de la C.O.D doit se faire en relation avec sa capacité de prendre compte le degré de combativité de la population mauritanienne. Ceux qui tiennent au changement et exigent plus de dynamisme doivent soutenir la Cod en participant à ses activités, en diffusant ses mots d’ordre et en répondant à ses appels au lieu de rester passifs et dire comme certains des compagnons du prophète Moussa (PSL): « Vas combattre toi et ton Dieu, et nous, nous restons assis là où nous sommes » (verset du Saint Coran).

Taqadoumy : Selon votre expérience où classez-vous le pouvoir actuel dans la grille des pouvoirs qui se sont succédé en Mauritanie ?

Moussa Fall : Moi je ne classe pas les pouvoirs.

Taqadoumy : Pensez-vous que la Mauritanie ait connu une situation politique économique et sécuritaire pire que celle d’aujourd’hui?

Moussa Fall : Chaque époque a ses spécificités. Je ne me livre pas aux comparaisons dans ce domaine. Tout ce que je sais c’est que le mécontentement gagne du terrain de jour en jour et que la plupart des Mauritaniens aspirent au changement.

Taqadoumy : En cas guerre au Mali dans les circonstances actuelles et en l’absence d’un consensus national renforçant le front intérieur, quelles en seraient les conséquences sur la Mauritanie ?

Moussa Fall : Sur ce plan je veux apporter deux remarques : La première c’est que la solution de la crise malienne revient en premier lieu au Mali, son gouvernement et son peuple. La seconde est que la crise malienne est complexe et que sa solution exige une l’analyse en profondeur afin d’en cerner ses contours et les multiples enchevêtrements.

Ces remarques étant faites, je pense pour ma part, que la solution à ce problème passe obligatoirement par trois étapes :

La première étape doit consacrer le règlement de la crise du pouvoir à Bamako sur la base d’un consensus afin de garantir la stabilité du Mali. Dans cette étape aussi il s’impose de reconstruire l’armée malienne qui doit se soumettre totalement au pouvoir politique restauré.

Dans la seconde étape l’objectif doit être le règlement du problème de l’unité nationale du Mali par un dialogue entre le pouvoir central et les organisations non terroristes et représentatives des populations du nord Mali et, en particulier, le MNLA et ANCAR-DINE. Cette dernière, sous la pression des évènements, s’est trouvée dans l’obligation d’entretenir des relations avec des groupes terroristes. Mais il ne me semble pas opportun de l’écarter d’un dialogue dans la mesure où ses revendications sont purement religieuses et locales mais à condition toutefois qu’elle se déclare disposée à s’éloigner des groupes terroristes.

Une fois les deux premières étapes franchies, les conditions seront alors créées pour envisager la troisième étape. Celle qui consiste à faire face aux groupes terroristes dans le nord Mali. Une telle tâche exige la conjugaison des efforts de tous en premier lieu les maliens du Nord et du Sud puis viendront les pays frontaliers de la zone de crise (Mauritanie, Algérie, Niger, Burkina Faso), la CEDEAO et l’ensemble de la Communauté internationale.

Le rôle des pays frontaliers de la zone de crise, de la CEDEAO, de l’Union Africaine et de la Communauté Internationale dans la guerre contre le terrorisme reste un rôle d’appui et de soutien et son efficacité dépendra de la détermination et de l’engagement des maliens eux-mêmes dans la guerre contre ce terrorisme.

Quand à la position de notre pays dans l’éventualité d’une telle guerre, une fois épuisées toutes les voies et les potentialités du dialogue et une fois l’unanimité régionale et internationale acquise pour engager une intervention militaire ; en ce moment la Mauritanie pour des raisons politiques, sécuritaires et diplomatiques se trouvera dans l’obligation d’assumer les responsabilités qui découlent de sa position géopolitique et de ses engagements internationaux.

Naturellement une telle position devra nécessairement tenir compte de notre situation spécifique, de nos moyens, de nos relations avec notre voisinage avec comme préalable un consensus national garantissant la cohésion du front intérieur constituant ainsi un appoint de taille à nos forces armées et de sécurité.

Le fléau du terrorisme concerne tout le monde, nuit aux intérêts de tout le monde et doit donc être l’affaire de tout le monde.

Taqadoumy : Quelles sont selon vous les incidences sur l’économie nationale de la zone franche instituée à Nouadhibou?

Moussa Fall : La Mauritanie est classée en 2012 au 167ème rang sur un total de 185 pays en matière d’encouragement des affaires (Doing Busness). Elle a reculé de quatre points par rapport à l’année dernière. L’investissement étranger est essentiel pour le développement de l’économie, en particulier dans cette ère de mondialisation qui impose à tous plus d’ouverture et plus d’efforts en matière de compétitivité.

Si la création de la zone franche de Nouadhibou peut encourager cette orientation elle pourrait avoir des effets bénéfiques. Par contre la création de cette zone pourrait ne pas l’être si elle ne résulte pas d’une étude crédible ou si elle est créée pour servir des intérêts particuliers.

Propos recueillis par Mamouni El Mokhtar
taqadoumy

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