Messaoud Ould Boulkheir au Calame

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Messaoud Ould Boulkheir, président de l’Assemblée Nationale et du parti APP:
‘’Les gesticulations et les menaces de la COD n’engagent qu’elle. Elles ne dérangent ou perturbent que ceux qui y accordent du crédit et ceux-ci, bien heureusement, ne sont pas nombreux’’

Le Calame: Le Congrès du Parlement vient d’approuver, en l’absence des parlementaires de l’opposition hostile à la discussion avec le pouvoir, les amendements constitutionnels issus du dialogue politique entre des partis de l’opposition et la Majorité Que représente, pour vous, cet évènement?

– Messaoud Ould Boulkheir: Cette grande première représente, pour moi, ce qu’elle représente pour toute la communauté nationale mauritanienne : une avancée, évidente, sur les plans institutionnel, politique, social et culturel, une quadrature qui n’avait de cesse de mettre entre parenthèses ou même en péril l’objectif démocratique de l’Etat, d’une part, et, d’autre part, l’unité, la cohésion sociale et les droits communautaires des citoyens.

En effet, qu’il s’agisse de la proscription des changements anti-démocratiques et de l’imprescriptibilité des crimes qu’ils constituent dorénavant, de l’interdiction, expresse, de l’esclavage et de tous les traitements inhumains et dégradants ou de la reconnaissance, par la Constitution, du droit à la différence inhérent à la diversité culturelle et linguistique des peuples, rien de sur quoi ont porté ces amendements constitutionnels, qu’on sait être l’application des résultats du Dialogue, ne saurait être décrit, objectivement, comme une banalité, du remplissage ni, encore moins, considéré comme inutile (parce qu’il ne se serait agi que de défoncer des portes ouvertes, comme le prétendent certains), au simple regard de notre vécu de tous les jours. Ce sont, là, des vérités que tous, même les moins avertis, sont à même d’apprécier et la loi du « grand nombre », fût-il réel ou virtuel, n’a jamais été fondamentale, dans la détermination de la vérité, comme nous le prouve notre Sainte Religion, l’Islam, dont nous connaissons la genèse sur le bout des doigts.

Le résultat du Dialogue s’est incrusté, dans le mental des Mauritaniens, comme un pas de géant, sur le chemin de la construction nationale, en dépit de ce qu’en pensent ou disent les négationnistes, quand bien même cette attitude demeure le seul programme qu’ils aient à offrir au peuple mauritanien et la seule qui entretienne, encore, l’illusion de leur union.

– A la fin des travaux, les députés de LMP ont essuyé des jets de pierres, lancées par des jeunes proches de l’opposition. Quelle appréciation faites-vous de cet incident ?

– Mon appréciation est tout à fait négative car cet incident démontre, clairement, que ceux qui l’ont planifié sont, visiblement, à bout de souffle, à court d’arguments et qu’ils perdent tout contrôle de leurs nerfs, après la fin de non-recevoir réservée, par le peuple mauritanien, à leurs appels, réitérés, à la violence révolutionnaire, aux coups d’Etat et au chaos.

– L’adoption des amendements, par le Congrès, ouvre la voie à des consultations électorales, avec la mise en place de la CENI et de ses démembrements. Pensez-vous, pour autant, que tous les obstacles sont désormais franchis, sur le chemin des prochains scrutins ?

– Tous les obstacles ? Bien sûr que non ! Pour réaliser des élections dignes de ce nom, il faut plus qu’une CENI. Il faut, d’abord, constituer une liste électorale crédible, basée sur un recensement, un état-civil et des pièces d’identité viables. Il y a aussi, éventuellement, le découpage électoral à revisiter.

– Que sont devenues les réserves émises par le Conseil constitutionnel ?

– Elles ont été étudiées en accord entre les parties et prises en compte, en veillant, toutefois, à ne pas porter atteinte à l’esprit et à l’objectif initialement recherchés par les partenaires du dialogue.

– Lors d’une récente sortie, le président de la République a évoqué la nécessité de poursuivre et de maintenir le dialogue, avec l’ensemble des acteurs politiques. Un sentiment partagé par certains partis de la majorité présidentielle qui ont demandé un dialogue avec la COD, afin d’élargir le consensus, autour des prochains scrutins électoraux. Partagez-vous ces sentiments ou le dialogue est-il clos, pour vous ?

– Je pense que le monde est fait de contradictions et de controverses qui en assurent, fort heureusement, la dynamique. La Mauritanie est une partie de ce monde. Cela dit, ma position est que le dialogue a été ouvert et qu’y ont participé ceux qui l’ont voulu, comme l’ont boycotté ceux qui ont choisi de le faire. Ses résultats sont là, ils répondent, tous, à l’essentiel des attentes de l’opposition, depuis qu’elle existe, et je sais de quoi je parle… N’en déplaise à certains, j’ai choisi, depuis que je me suis investi dans la politique, d’avoir des principes et des objectifs qui m’interdisent de me comporter en girouette ou de ne voir la politique qu’à travers les intérêts bassement matérialistes qu’on peut en tirer. Je poursuis, donc, mon petit bonhomme de chemin, sans me préoccuper, le moins du monde, de ce que pensent ou ne pensent pas, de moi, les autres. Je me contente de me savoir satisfait de ce que je pense, de moi-même, de mes choix et de mes actes politiques. Laissons au peuple et à l’histoire la liberté de juger.

– La COD a juré de renverser, par ses actions, le pouvoir de Mohamed Ould Abdel Aziz. Redoutez-vous cette menace ?

– Les gesticulations et les menaces de la COD n’engagent qu’elle. Elles ne dérangent ou perturbent que ceux qui y accordent du crédit et ceux-ci, bien heureusement, ne sont pas nombreux. Cela ne m’inspire, donc, personnellement aucune crainte. Je suis, par contre, profondément choqué par les appels, clairs, au désordre et à la haine, qu’exhalent, comme autant de radios des mille collines, les bouches de certains dont le ressentiment, à l’égard de quelques hommes, aveugle à tel point de confondre et d’amalgamer ceux-ci et le devenir de tout un peuple et de son pays avec. Il y avait, à mon humble avis, d’autres voies, plus démocratiques et plus morales que celle-ci pour noyer un échec… même sévèrement patent.

– L’ouverture, presque au forcing, du dialogue a fait soupçonner, à certains de l’opposition, un deal, entre vous et le président de la République. Lequel deal lui permettrait de gagner du temps et, donc, de se maintenir au pouvoir, et vous permettrait, à vous, de garder le perchoir, au lendemain des prochaines élections législatives. Que répondez-vous à ces accusations ?

– Certains de l’opposition et, même, de la majorité pensent, effectivement, ainsi, tout comme la presse favorable à la COD, mais cela ne me dérange pas outre mesure. Je regrette, cependant, pour la Mauritanie, qu’une part importante de son avant-garde politique n’admette pas qu’il y ait, en politique, d’autres motivations que des intérêts égoïstes et des marchandages bassement mercantilistes. Ceux-là oublient que mon ambition est d’être président de la République Islamique de Mauritanie, d’y parvenir, certes, avant tous mes détracteurs et mes concurrents déclarés, mais d’y parvenir pacifiquement, dans l’honneur et la dignité, sans perdre mon âme, sans m’empêtrer dans des contradictions sordides et d’y réussir, enfin, avec l’aide d’Allah, mieux que tous ceux qui m’y ont précédé.

– Depuis quelques semaines, une guerre oppose le pouvoir malien à un mouvement armé, le MNLA. Quelle attitude doit-on adopter, pour éviter l’onde de choc mais, aussi, contenir le flot des réfugiés maliens ?

– Ce qui se passe au Mali est très grave et me préoccupe au plus haut point, jusqu’à n’en pas dormir, parfois, comme, certainement, la quasi-totalité de mes compatriotes, car nous considérons nos voisins du Sud et du Nord comme une partie de nous-mêmes. Nous – le Président du Sénat et moi-même – avons fait part de cette préoccupation à Monsieur le Président de la République et nous lui avons suggéré que le devoir de fraternité et de voisinage requiert son implication personnelle, dans la recherche d’une sortie de crise qui passe, nécessairement, par un cessez-le-feu immédiat, la préservation de l’unité et de l’intégrité territoriales de la République sœur du Mali et l’entame d’un dialogue sérieux, en vue de trouver des solutions satisfaisantes, à toutes les autres revendications du MNLA.

Je suggère, en outre, que cette affaire ne soit pas du seul apanage du Président mais que ce soit l’affaire de tous les acteurs politiques et de la société civile en Mauritanie ; que nous saisissions cette opportunité pour oublier nos querelles domestiques et faire œuvre utile, en volant au secours de nos frères Maliens… mais, aussi, de nos frères Sénégalais. Je considère, pour ma part, l’appel formellement lancé et je l’adresse, ouvertement et nommément, à la COD, à la Majorité Présidentielle, à tous les segments de la Société Civile et à mes partenaires d’ EL WIAM et SAWAB.

Propos recueillis par Dalay Lam

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