Mauritanie : Dialogue franc ou refrain de la grande messe « des Etats Généraux de la Démocratie » de 2008 ?

0
229

On se rappelle, c’était le même Mohamed Ould Abdel Aziz à l’époque, dans ses habits du général et Président du Haut Conseil d’Etat (HCE) l’instance qui dirigeait le pays après son putsch contre le pouvoir de Sidi Ould Cheikh Abdallah démocratiquement élu, qui avait donné (un samedi) au Centre International des Conférences de Nouakchott (CICN- Palais des Congrès) le coup d’envoi des Journées Nationales de concertation, présentées comme les Etats Généraux de la Démocratie (EGD) par le pouvoir putschiste.

La cérémonie avait attiré beaucoup de monde, y compris des chancelleries occidentales à Nouakchott. La manifestation avait attiré une foule importante, estimée à environ 2000 personnes : des parlementaires, les représentants des partis politiques, les maires, les organisations de la société civile, les notabilités traditionnelles, des religieux et des personnalités «indépendantes».

Le nombre gigantesque de délégués (1500) ayant pris d’assaut la salle lors de la cérémonie d’ouverture, avec les mêmes visages fossilisés à travers le temps, notamment par plus de 40 ans de politique du ventre. Ces applaudisseurs professionnels ayant acclamé tous les pouvoirs, de Moktar Ould Daddah, à Mohamed Ould Abdel Aziz, en passant par tous les autres.

Dans son discours inaugural, le chef de la junte s’était prononcé entre autre en faveur d’un équilibre des pouvoirs.

Les points suivants avaient été soumis aux délégués:

1) Les prérogatives du président de la République ;

2) l’organisation des rapports entre les pouvoirs exécutif, législatif et judiciaire ;

3) le rôle et financement des partis politiques ;

4) l’organisation des opérations électorales, leur supervision et observation.

Tout de suite après le discours du chef de la junte, c’est le tour du président du forum, Abdallahi Ould Ahamed Mahmoud, un ancien ministre de Moktar Ould Daddah, qui a pris la parole. Il a invité toutes les forces vives du pays à un débat libre, franc et ouvert, annonçant que les conclusions des journées, qui vont décider de l’avenir de la Mauritanie, seront intégralement appliquées par le pouvoir militaire.

A la clôture de ces journées , Ibrahima Sarr, président de l’AJD/MR avait déclaré : « Notre sentiment est celui de satisfaction et de la confiance. Satisfaction parce que les journées de concertations sont organisées, la rencontre a eu lieu. Confiance parce que nous sommes sûrs qu’on aboutira à des solutions consensuelles et convenables pour tous les Mauritaniens. »
(Voir vidéo : http://www.youtube.com/watch?v=B2KPV2rpNzM)
On connait la suite.

La suite c’est également la déclaration provocatrice du ministre de la Culture qui mettait en cause le caractère multiculturel de la Mauritanie et celle du premier ministre venant confirmer les propos de son ministre de la culture.
Tous ceux qui avaient cru à ces journées de concertation, qui n’étaient en réalité qu’une mascarade pour amuser la galerie, ont vite déchanté. Le seul point qui avait été débattu et appliqué au cour de cette grande messe est celui de la candidature du chef de la junte aux présidentielles de 2009.

Le dialogue en perspective prévu à partir du 17 septembre 11 a tout l’air du déjà vu.

Après le putsch contre un pouvoir démocratiquement élu, après « Les Etats Généraux de la Démocratie » qui n’étaient qu’un leurre , après l’Accord de Dakar dont les différentes clauses ont été systématiquement violées hormis celles qui permettaient au général de légitimer son pouvoir. N’est-il pas aujourd’hui hasardeux de se lancer dans un dialogue sans aucun préalable et dans un climat de tension extrême exacerbée par le pouvoir qui ne respecte même pas ses propres lois ni la constitution de la République notamment en continuant dénier le droit de manifester pacifiquement, l’accès de l’opposition aux médias publics,… ?

l’Opposition Démocratique est certainement favorable et prête pour un dialogue inclusif franc sur la base de l’Accord de Dakar avec des garanties nécessaires sur l’application des conclusions qui en sortiront, mais elle a raison de refuser toute forme de mascarade à l’image de la grande messe sur « les Etats Généraux de la Démocratie (EGD) » de 2008.

Ceux de l’opposition qui pensent encore, malgré les multiples coups bas reçus, que ce « dialogue » proposé par ce pouvoir, qui n’a jamais respecté ses engagements précédents, et dans les conditions actuelles aboutira à des conclusions fiables et viables qui seront appliquées, alors bon vent !
S’ils aboutissent à des résultats positifs concrets, alors c’est toute la Mauritanie qui en bénéficiera. Si, et c’est plus probable, c’est encore une kermesse de plus , ils s’en voudront à eux-mêmes et ce n’est pourtant pas faute de leçons reçues et d’expériences vécues. Mais chez-nous on dit : « ida hadumante xoqé cutu iti waaga ana funti »

Maréga Baba/France

Laissez une réponse

Please enter your comment!
Please enter your name here