Qui est mauritanien et qui ne l’est pas ? L’histoire de la Mauritanie éclaire et met en mal toutes les idées reçues chauvines et extrémistes

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[rouge]Qui est mauritanien et qui ne l’est pas ? L’histoire de la Mauritanie éclaire et met en mal toutes les idées reçues chauvines et extrémistes.[/rouge]

[bleu]Dans la conjoncture particulièrement inquiétante et trouble que traverse aujourd’hui notre pays, si on n’y garde, elle pourrait conduire purement et simplement à l’implosion de Mauritanie. Le danger de la «somalisation» peut ne pas être une vue de l’esprit.

Depuis quelques semaines, suite à l’ouverture du recensement dont le but était de créer un état civil sécurisé, qui est en soit est une décision louable, selon plusieurs témoignages cette mesure se transforme aujourd’hui à un véritable cauchemar pour les populations et plus particulièrement négro-africaines, par l’ignorance et le chauvinisme des commanditaires et de leurs recenseurs zélés, tout négro-africain quelque soit son rang est considéré de fait comme de étranger en puissance dans son propre pays. L’ignorance est le terreau du chauvinisme et de tous les extrémismes.

Parmi ceux qui s’adonnent à ce travail de sape contre l’unité nationale, on distingue deux catégories : ceux qui appartiennent à des courants idéologiques obscurantistes ou racistes. Pour ces groupuscules, il serait vain de chercher à les convaincre, la solution est et demeure le débat démocratique pour les isoler du reste de nos paisibles concitoyens. Pour les autres il s’agit plutôt d’une méconnaissance de l’histoire de la Mauritanie. C’est pourquoi, il m’a semblé opportun de faire appel à l’histoire de notre pays en reprenant un paragraphe d’un texte que le Mouvement Nationale Démocratique (MND) avait publié en février 1979, intitulé :
BREF APERÇU HISTORIQUE SUR LA MAURITANIE AVANT LA COLONISATION[/bleu]

1 . LE PROCESSUS DE PEUPLEMENT

[bleu]Ce texte en d’autres temps je l’avais publié et dans cette période particulièrement confuse et trouble de notre pays sa rediffusion me semble encore utile pour rafraichir quelques mémoires et esprits parfois égarés.[/bleu]

« Du premier peuplement de la Mauritanie, on sait peu de choses. La préhistoire, peut-on dire, dans notre pays, descend jusqu’au XèS avant J.C. ! Cependant, de rares témoignages (sites préhistoriques, gravures rupestres dans les grottes, etc..) et les vagues indications conservées par la mémoire de notre peuple sur les Bafours et les « diaogos », premiers habitants de la Mauritanie, permettent de penser que le pays fut le foyer de civilisations noires primitives, vivant de pêche, de chasse, cueillette etc., dans une nature encore humide et verdoyante. Au XèS, le nord de la Mauritanie et le Sahara occidental sont un centre de peuplement des Berbères qui entretiennent des liens d’échange intenses avec l’empire Soninké du Ghana. Du Tagant jusqu’au fleuve vivent des peuples Sérères et Wolofs, tandis que l’empire du Ghana étend sa domination sur l’est et le sud-est du pays. Mais à partir du XIèS jusqu’au XVIIèS, le peuplement de la Mauritanie allait changer radicalement de physionomie à la suite de trois grandes invasions : celle des Berbères, celle des Peulhs et celle des Arabes, tous, à l’époque, peuples de tribus nomades. L’invasion berbère : Au XIèS, les Sanhajas deviennent le foyer du puissant mouvement politico-religieux des almoravides qui balayèrent l’empire du Ghana. Ce mouvement porta en conséquence l’implantation berbère au Hodh et jusqu’aux rives du Sénégal. Au cours des siècles suivants, le flux berbère en direction du sud continuera à s’accentuer, poussant progressivement vers la vallée les populations noires non soumises. L’invasion pulaar : les premières vagues de Peulhs venant du Macina touchèrent le sud de la Mauritanie à partir du XIIèS. Et, jusqu’au XVIèS, les Peulhs poursuivront leur implantation dans les zones du sud Tagant, de l’Aftout et de la Vallée. L’invasion capitale advint lorsque les Peulhs deeniyankoobe, partant du Bakounou et du Fouladougou dans un grand mouvement vers l’ouest, conquirent, sous la direction de Koli Tengella, toute la zone de la moyenne vallée, chassèrent définitivement les Wolofs et les Sérères et fondèrent le premier royaume peulh du Fuuta. L’invasion Arabe : Arrivés du sud marocain dès le XIVèS, les tribus Awlad Hassan amorcèrent dès lors un mouvement vers le sud et s’imposèrent aux Berbères dès le XVèS et XVIèS. Au XVIIIèS, les Arabes poussent leur conquête jusqu’au royaume bambara du Kaarta et jusqu’aux rives du Sénégal, refoulant définitivement vers le fleuve et même au-delà les Pulaar du Fuuta et les Wolof du Waalo. Victorieuse, la confédération des tribus Hassan éclate à partir de la fin du XVIIèS en principautés rivales : Les EMIRATS. Hormis ces grandes invasions, le trafic des esclaves, très florissant dans l’ouest africain surtout au XVII et XVIIIèS sous l’impulsion des négriers européens, constitua un facteur tragique du peuplement de la Mauritanie. Provenant généralement du royaume du Khasso (zone du Mali actuel, -plaque tournante de ce trafic- ces esclaves sont en réalité des captifs faits lors des guerres intestines entre royaumes africains ou lors de razzias arabes, et par conséquent sont d’origines ethniques diverses. Mais dans le cas de la Mauritanie, ils sont souvent d’origine bambara[1].
Rapidement assimilés par la communauté où ils servent, ils ne se distinguent plus de leurs maîtres essentiellement que par ce qui découle de leur place dans la hiérarchie sociale. Quant aux anciennes populations autochtones, elles n’ont pas été radicalement balayées par les invasions. Une bonne partie soumise ou asservie fut progressivement assimilée par les peuples conquérants. Là est l’origine -semble-t-il- d’une grande partie des Haratines (affranchis) chez les Arabes et les pêcheurs (cuballos) chez les Pulaar. Seuls les Soninkés du Guidimakha ont apparemment pu résister durablement tant au refoulement qu’au phénomène de l’assimilation.

2. DES RELATIONS ENTRE LES DIFFÉRENTES COMPOSANTES ETHNIQUES

Durant les grandes invasions (donc jusqu’au XVIIèS), les conflits opposaient principalement les communautés, les peuples conquérants aux peuples autochtones. La dernière guerre qui soit véritablement de ce type remonte à 1662-1674, lorsque la confédération de tribus berbères qui supportaient mal la domination Arabe engagea la guerre (appelée guerre de Char-Boba ) contre les Awlad Hassan.

La victoire de ces derniers consacrera définitivement leur domination politique sur l’ensemble du pays. Au terme d’une longue évolution, commencée dès le XVèS, les berbères et les populations noires soumises ou asservies, allaient être insensiblement assimilées ; la langue Arabe (le hassaniya ou langue des Hassan) devenant la langue commune d’une société Arabe progressivement hiérarchisée sur des bases de classes : l’origine ethnique perdra de sa signification (des tribus hassan, les Awlad Rizg , vaincues, sont ravalées au rang de zénagas – des tribus berbères se soulèvent et conquièrent le rang de guerriers hassan telles les Idowichs et le mechdoufs). Les royaumes négro-africains avaient, quant à eux, des sociétés autrement plus stables et plus anciennement organisées en castes (dès le début du XVIèS). A la différence des arabes, l’unité principale d’organisation sociale n’est pas la tribu mais la communauté villageoise qui intègre les éléments de diverses tribus sur la base de rapports fonciers. De types esclavagistes, ces sociétés subirent des transformations féodales à partir du XVIIIèS surtout au Fuuta avec la révolution musulmane des toorodbe de Thierno Souleymane Bal (1774-1776) qui instaura l’état théocratique de l’Almamiyat. Au XVII et XVIIIèS, régnaient sur la rive droite du Sénégal les émirats du Trarza, du Brakna, des Idowichs (après les Awlad M’Bareck), et en face sur la rive gauche les royaumes du Walo (Wolofs), du Fuuta (Pulaar) et du Ngalam (Soninké). Dans les émirats et royaumes aux sociétés patriarcales esclavagistes ou féodales, intégrant souvent toutes ces caractéristiques, dominaient des noblesses guerrières ou foncières qui se servaient de leur pouvoir absolu à deux fins : – opprimer et exproprier leurs sujets ; – pratiquer le pillage et la domination contre les états voisins. Aurait-il été possible historiquement que de tels pouvoirs aient d’autres missions ? les alliances et les conflits entrepris par tel ou tel royaume eurent dès lors pour base – non pas les intérêts de la communauté ethnique – mais uniquement ceux de l’aristocratie, parfois même un clan de cette aristocratie. Dans ce sens des guerres éclatèrent entre le Brakna et le Fuuta, le Trarza et le Walo, les émirats arabes ayant toujours eu des visées de vassalisation sur ces deux royaumes africains. Les mêmes relations de pillage et de d’expansion envenimaient les rapports entre les émirats arabes (Trarza/Brakna ; Brakna/Tagant ; Tagant/Adrar etc…). C’était également le cas au sein de la communauté Wolofs (Jolof/Walo ; Cayor/Jolof etc..) ou Pulaar (Fuuta/Bunndu) etc..) et entre royaumes de différentes ethnies noires (Fuuta/Waalo etc.)

C’est le lieu de se demander si l’usage du concept de nationalité ne serait pas prématuré, impropre à ce stade de l’évolution sociale où chaque ethnie est encore fractionnée en fiefs qui, sans égard pour une fictive « unité nationale », se livrent une rivalité sanglante où l’on ne se prive jamais d’une occasion pour faire intervenir des alliés étrangers[2]. D’ailleurs durant tout le XVIII et XIXèS, en règle générale, les conflits opposèrent, par dessus le fleuve, des coalitions arabo-africaines contre d’autres coalitions souvent de composition semblable. Les exemples à cet égard sont innombrables. Citons en : L’intervention du royaume du Walo en 1722 aux côtés de l’Emir du Trarza Ali Channdora, contre l’hégémonisme de l’émir du Brakna, Heïba O. Nogmash. Seconde moitié du XIXèS : Interventions successives du royaume du Walo dans les conflits de successions émirales qui déchirent le Trarza. Pour sa part le Trarza intervint en 1724 dans le conflit entre princes wolofs du Walo. Plus tard, durant toute la première moitié du XIX siècle, le Trarza se fera une règle d’être partie dans tous les conflits de succession au Walo. Le Brakna intervint dans tous les conflits internes du Fuuta (depuis 1718-1724 lors de la lutte de succession entre Boubacar Ciré et Buubu Musaa jusqu’aux luttes entre provinces du Fuuta au XIXèS) et dans les guerres du Fuuta contre les royaumes de l’est (Soninké ou Bambara). En 1786, l’Almamy du Fuuta, Abdoul Kader, intervint pour soutenir le Brakna dans sa guerre contre le Trarza . Au XIXèS, le Fuuta participe dans les divers conflits dynastiques du Brakna (Awlad Séyid contre Awlad Nogmash) et dans ses guerres de successions (ex : 1841).

Les masses populaires des différentes ethnies (tribus Zewayas ou Zenagas, paysans de la vallée) soufraient énormément de tous ces conflits qui n’avaient en dernière analyse pour objet que leur oppression et leur expropriation. Les seigneurs guerriers hassans avaient fait de leurs tribus de véritables armées permanentes (en guerre permanente !) et jouaient en conséquence le rôle principal dans les conflits de rapine qui ensanglantaient les émirats et la vallée. Les émirats du Brakna et du Trarza, qui pratiquaient l’expansionnisme contre le Fuuta, le Waalo et même le Jolof, soumettaient à de rudes redevances les paysans Pulaar ou Wolofs qui cultivaient leurs champs sur la rive droite. Les villages soninkés du Guidimakha étaient également contraints de payer tribut à l’Emir du Tagant (Idowish). Pour l’essentiel, les relations entre peuples riverains du Sénégal s’établissaient, à l’époque, non pas suivant des clivages ethniques, mais sur la base des intérêts des aristocraties régnantes qui tissèrent par dessus les frontières entre les royaumes, des relations de toutes natures, allant de l’alliance à la vassalité, en passant par la guerre. De ce fait, les rapports existant entre les émirats étaient de même nature que ceux entretenus par ces derniers avec les royaumes africains de la vallée. Cela résulte du stade de l’évolution sociale des peuples à l’époque. La théorie raciste simpliste, qui ne tient pas compte des intérêts des classes et du contexte historique, apparaît dans toute son absurdité lorsqu’on passe en revue l’histoire des relations si complexes entre émirats et royaumes négro-africains. La théorie de la contradiction principale (et innée) entre Arabes et Négro-africains est impuissante à interpréter la complexité de ces relations, et dissimule honteusement le fait que toutes les castes moyennes et inférieures souffraient à l’époque dans une mesure égale du règne rapace de l’aristocratie guerrière et foncière.

La théorie raciste ne permet, en définitive, de comprendre que l’ignorance et l’aveuglement de ses apôtres !! Pour ce qui est des rapports culturels, dès le XVIIèS – après les croisades almoravides – la culture arabo islamique devenait progressivement un important facteur de rapprochement entre les peuples riverains de la vallée. C’est d’ailleurs à partir de ce moment et de ce lieu que des tribus de Peulhs musulmans se lanceront à l’assaut du Fuuta Jalon (Guinée) qu’ils islamisent et où ils installent en 1725 le premier royaume peulh musulman : l’Almamyat du Fuuta Jalon. Quelque temps après (1774), éclata la révolution musulmane des toorodbés qui créa le premier Almamyat du Fuuta Tooro. L’école musulmane de Piir (au Kayoor) fut la pépinière des principales sommités religieuses de la vallée du Sénégal. Les familles maraboutiques apparurent chez les Soninkés dès le XIèS (les Dramés) et jouèrent un rôle de premier plan dans la diffusion de l’Islam et de l’Arabe dans la région du Haut Sénégal et du Haut Niger etc. Cependant, Ce sont les Berbères qui formèrent les premiers marabouts de toutes ces communautés. Le succès de l’adhésion de tous ces peuples non arabes à la culture arabo-islamique résulte donc non seulement du caractère historiquement plus avancé de celle-ci, mais également et surtout du fait qu’elle ne s’est jamais identifiée à la conquête et au règne des guerriers arabes. Les marabouts berbères, Soninké, Wolofs et Pulaar furent les principaux apôtres de cette culture, dont ils se servirent souvent comme arme politique contre le pouvoir des guerriers hassans et des aristocraties païennes (guerre de Char-Boba, Révolution Torobé) et plus tard contre la pénétration coloniale (El Hadj Oumar, Cheikh Maa El Aynin). N’est-il pas, à ce propos, suffisamment édifiant que l’existence chez toutes nos communautés de la caste des marabouts ?

L’influence de la culture des peuples négro-africains sur les Arabes a également été sensible. Ceux-ci s’en inspirèrent, non seulement au plan artistique (musique, architecture etc..), mais adoptèrent aussi nombre des us et coutumes des Africains et même certaines de leurs croyances ou pratiques religieuses d’origine animiste (sorcellerie etc.). On vit également se former dans les cours émirales la caste des griots à l’instar des royaumes soudanais. Au total, notre pays fut le centre par excellence des rencontres de civilisations berbère, Arabe et africaine. Cette mission particulièrement féconde a marqué notre peuple dans toutes ses composantes nationales et a créé des liens historiques de portée véritablement inappréciable pour leur unité et leur cohésion. D’ailleurs, ce formidable brassage de civilisations s’est traduit jusqu’au travers de la jonction du sang, de l’interpénétration des communautés. Nous en trouvons aujourd’hui des témoignages vivants de ces Wolofs ou Soninkés Pulaarisés ; ces Pulaars et Wolofs arabisés, ces Arabes pulaarisés ou wolofisés etc.[3]

3 – LUTTE COMMUNE CONTRE LE COLONIALISME FRANCAIS

Les puissances commerciales de l’Europe, la France et la Grande Bretagne, se livrèrent durant tout le XVIIè et le XVIIIèS une lutte acharnée pour le contrôle du trafic de la gomme et des esclaves dont le fleuve Sénégal était l’axe vital. Mais la révolution industrielle, puis le passage au stade impérialiste, pousseront la bourgeoisie Française à faire de ce fleuve, dans la seconde moitié du XIXèS, l’axe principal de la conquête coloniale impérialiste.

La France commença d’abord par avaler tout le Sénégal et s’en servit ensuite comme d’un marchepied pour occuper toute la Mauritanie. Les rives du Sénégal étaient en conséquence, tout le XIXèS, le théâtre d’une lutte de résistance héroïque livrée en commun par les peuples riverains contre l’agresseur colonialiste. Cette résistance fut le trait marquant de l’histoire du XIXèS chez nous, et constitue une page glorieuse que chaque patriote se doit d’étudier. Le contexte social de l’époque fit que la féodalité, bien que réactionnaire et divisée, était la seule classe à même d’organiser et de diriger la résistance. Nous illustrerons cette unité arabo-africaine qui s’y forgea à travers ces quelques exemples pris parmi mille : Vers 1820 : les Français imposent au Fuuta la construction du fort de Bakel.

En 1819 l’Almamy réagit en appelant à la guerre contre eux. Les armées du Fuuta, avec en tête l’Almamy Ciré, Cerno Molly et l’Elimane Boubacar, celle du Brakna conduite par l’Emir Ahmeddou 1er, et celle de l’Emir du Trarza, Amar Ould Moctar, marchent ensemble contre Saint-Louis et occupent le Walo. Le Cayor se joint à elles. 1830-1836 : Alliance des Trarza de l’Emir Mohamed Lehbib et des Wolof de Fara Pennda et de la Linngeer Jemmbot, contre les Français et leur protégé, le Brak Kherfi Xaro Daro.

Cette alliance fut consacrée par le mariage, en 1833, entre l’Emir Mohamed Lehbib et la Lingeer Jemmbot. 1843 : Les Français appuient un prétendant fantoche à la succession contre l’Emir du Brakna, Moctar Sidi. Ils enlèvent celui-ci et l’exilent au Gabon. Soulèvement anti-Français au Fuuta comme au Brakna contre les Français et leur protégé[4]. Plus tard, le gouvernement de la Révolution Française de 1848, pour calmer le Fuuta, recommandera même la libération de Moctar Sidi.

Cette lutte eut pour prolongement l’incendie de Podor (concession Française) en 1849, par les Pulaar et les Trarza. Et 1851, les Trarza, les Wolofs et les Pulaar coalisés, réussissent à destituer l’Emir fantoche et installent au pouvoir émiral du Brakna le neveu de Moctar Sidi, l’exilé. De 1863 à 1890 : le chef de la résistance du Fuuta, Abdoul Bocar Kane, eut toujours à ses côtés, des chefs Brakna tel Mohamed Ould Haiba, chef Awlad Eli, lors de toutes ses campagnes contre les Français et leur protégé parmi les Almamy (Lao)[5] ex : la guerre de 1863, la lutte du télégraphe des années 1880. Poursuivi par les Français et leurs agents arabes et Pulaar, Abdoul Bocar, vaincu, trouvera refuge vers 1890 chez l’Emir du Tagant, Bakkar Ould Souwoyd Ahmed qui hébergeait déjà d’autres chefs de la résistance anti Française : Ali Bouri Njaay, Bourba du Jolof, et le marabout Ahmadou Cheikhou.

Face au front uni des peuples africains, le colonialisme Français ne réussit à vaincre que grâce à la politique de « diviser pour régner » dont il usa avec un cynisme qui n’a d’égal que la cupidité qui l’animait. Les Français entreprirent avec un art consommé de voiler la contradiction principale qui les opposait au peuple, en alimentant les contradictions internes de ceux-ci, en les projetant au premier plan. Avec le gouverneur Faidherbe, cette politique atteignit son raffinement extrême, au moment où il préparait la conquête coloniale, qu’il fut le premier à déclencher en 1855 avec l’annexion du Waalo. Dissimuler la contradiction principale par les contradictions secondaires, permit aux Français de s’emparer d’abord du Waalo, ensuite d’avaler une à une les provinces du Fuuta. C’est la même démarche machiavélique qu’il adopta vis à vis du royaume du Haut Sénégal (Ngalam, Boundou, Logo, Khasso etc.) et plus tard vis à vis des émirats (Trarza, Brakna, Tagant, Adrar). Soudoyant les chefs féodaux au moyen de sa politique « des coutumes » (ou cadeaux annuels), le colonialisme Français put utiliser les uns contre les autres : Brakna contre Trarza, Tooro contre Dimar, Brakna contre Halaybé, Lao contre Bosséa etc. Sans parler de ses incessantes ingérences dans les conflits de succession : au Brakna (1841), au Fuuta (1864), au Trarza (1871 et 1891).

Tous ces conflits avaient souvent pour cause directe sinon pour catalyseur, les intrigues de St Louis. Durant la période concernée, comme nous l’avons signalé, la féodalité s’est donc scindée un peu partout, suivant la contradiction principale, en deux camps : les partisans de la collaboration avec les Français et les partisans de la résistance. Mais ceux-ci ne surent pas toujours placer au premier plan cette contradiction et furent de ce fait incapables de déjouer les intrigues du colonialisme et d’unir toutes les forces anti Françaises. Là résulte la cause politique fondamentale de leur perte. Les Français eurent donc beau jeu d’exploiter les rivalités mesquines et leurs exactions contre les populations, les pillages qui exaspèrent les masses de paysans et les éleveurs Zouwayas ou Zenagas pour isoler les féodaux résistants et se présenter en justiciers salutaires.

Les masses populaires ont pourtant consenti tous les sacrifices, supporté tous le poids de la lutte. Que de villages et de campements bombardés, incendiés, pillés ou massacrés lors des innombrables représailles Françaises[6] ! Mais la direction de la féodalité, lors de la résistance, déçut avant de trahir en grande partie. A partir de 1902 commencera l’occupation coloniale de la Mauritanie. Les clivages et les luttes de la vallée au XIXèS se reproduiront au sein de la féodalité des différents émirats. La résistance dura plus de trente ans. Parmi les grands résistants de cette période mentionnons : l’Emir du Trarza Ould Deyd (pendant quelques années), l’Emir Ahmeddou II du Brakna et son fils Ould Assas, l’Emir du Tagant Bakkar, l’Emir de l’Adrar Ould Ayda. Mais pendant de longues années, la résistance sera surtout l’œuvre de groupes de guérilla (« Ehelh Kedya » ) et des chefs de guerre de Cheikh Maa El Ayniin. Le support véritable de cette lutte était les masses populaires qui ne trouvèrent pas cependant une direction juste, et furent trahis par une grande partie de la féodalité maraboutique (surtout celle du Trarza), et peu après par la féodalité guerrière récupérée par les Français.

La féodalité négro-africaine, soumise depuis 1880, servit avec celle-ci d’appui principal aux Français lors des campagnes de Mauritanie. Ainsi naquit, dans les ténèbres de la nuit coloniale, et pour la première fois, l’entité politique depuis lors appelée Mauritanie.

[1] Pour consolider l’unité nationale, il est souhaitable que parlement mette en place des outils juridiques plus adaptés pour combattre tout propos raciste et toutes les formes de discriminations à l’image de celle adoptée criminalisant l’esclavage.

Marega Baba/France
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[1] Le trafic de esclaves connu une forte recrudescence au XIX°S avec l’accentuation des conflits internes des principautés africaines lors de la pénétration coloniale. Il a continué en Mauritanie jusqu’au début du XX°S et même au delà !

[2] 1716 le Satigui Boubacar Ciré fait appel aux mercenaires marocains, «les Sélatins» pour déposer et neutraliser son rival Guéladio Jégui. 1720 : Ali Chandora, 1er Emir du Trarza fit de même contre ses rivaux Hassan, Awlad Rizg et Awlad Delim.

[3] Les tribus noires de l’Adrar défendent semble-t-il des Bafours. Des tribus arabes (Awlad Begnoug etc…) aujourd’hui fortement métissées avec les wolofs. Les Sébbé chez les Pulaars sont des migrants wolofs en provenance du Jolof, en bonne partie, ou des autochtones avant les deeniyankés

[4] Mohamed Rajel

[5] Almamy Mamadou Birane [6] 1863 : expédition française contre le Fuuta. Durée 41 jours ; plus de 1 200 soldats et un arsenal d’artillerie très important! + un convoi de 20 bateaux ! Résultat : 6 batailles ; 76 villages détruits ! 1864 : Nouvelle expédition contre Abdoul Bocar, Mohamed Ould Haiba. Bilan : massacre du village de Diwalol ; à Kaédi : bombardement de 2 000 cases, destruction de 200 tentes

Maréga Baba/France

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