Conférence débat du REMEDE: Un consensus pour l’officialisation de toutes les langues nationales

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Quelques semaines après la grosse polémique née des propos controversés du premier ministre et du ministre de la culture sur la place de la langue arabe en Mauritanie, le REMEDE (Réseau mauritanien pour l’éveil et la démocratie), a convié la classe politique et la société civile, mercredi 12 mai à Nouakchott, à un débat. Thème choisi : « l’unité nationale à l’épreuve de la problématique des langues. »

Le débat a été lancé par une communication du Dr Doudou Wane, professeur à l’université de Nouakchott. Le communicateur est parti de « la Mauritanie contemporaine ayant appartenu, en entier ou en partie, à des ensembles connus comme l’empire du Ghana, l’Etat almoravide, des émirats maures ou des royaumes et Etats noirs. » Les communautés qui occupaient cet espace « ont eu des siècles de vie commune faites de confrontations mais aussi d’alliances. »

Le communicateur a ensuite traité la question de la cohabitation. Selon Monsieur Wane, la vision « réductrice d’une Mauritanie bi-ethnique et biracial avec deux communautés désignée « étrangement » arabo-berbère et négro-africain est « réductrice et n’a pas permis une réelle prise en charge des composantes réelles du pays.»

La Mauritanie officielle, ce sont les arabes, les soninkés, les wolofs et les poulars. Pour des raisons non encore élucidées, a dit le conférencier, certaines communautés comme les bambaras sont oubliées.

Sur la question de la cohabitation, Wane Doudou a invité la Mauritanie, « en tant que trait d’union et passerelle entre l’Afrique sub-saharienne et le Maghreb à assumer son ancrage équilibré dans ces deux espaces pour mieux promouvoir sa riche diversité culturelle. »

Le conférencier a ensuite parlé de la politique linguistique d’arabisation, des lois linguistiques et du statut des langues et de la vie politiques. L’intervention s’est terminée sur une note d’espoir appelant les mauritaniens à oser rêver bâtir une nation dont les enfants seront jugés, non pas par leur appartenance ethnique ou la couleur de leur peau, mais par leur civisme et leurs actes. Après cette intervention, la parole a été donnée aux représentants des partis politiques.

Premier intervenant, Horma du parti Sawab. Les quatre composantes nationales de la Mauritanie, a indiqué le responsable de Sawab, sont les arabes, les poulars, les soninkés et les wolofs. Parlez d’Azers et autres est, pour lui, une façon de chercher d’autres problèmes. Les mauritaniens sont, selon Horma, collectivement responsables de la promotion des quatre langues nationales.

Quant au Français, « c’est une langue étrangère imposée.» « Sawab est un parti national ouvert à tous les mauritaniens. Ce n’est pas un parti raciste comme le véhiculent certains préjugés » a dit Horma.

Le président du PLEJ, Ba Mamadou Alassane, a axé son intervention sur la question du système éducatif mauritanien « qui reste non résolu après 50 ans d’indépendance.»

« Il y a 37 ans, nous avons été arrêtés parce que nous étions entrain d’étudier notre langue » a lancé Sarr Ibrahima, président de l’AJD/MR. Sur le choix des caractères pour la transcription des langues nationales, Sarr a fait un autre rappel : « Il y a 34 ans, je faisais partie d’une commission portant choix des caractères latin ou arabe pour le soninké, le poular et le wolof. Il y avait des positions tranchées. Nous étions bloqués. La solution est venue d’un homme qui a grandement contribué par les écoles Fellah, à l’enseignement de l’arabe en Mauritanie. Il s’agit de Mahmoud Ba qui a convaincu tout le monde en signalant que 16 millions de personnes à travers l’Afrique de l’Ouest utilisent les caractères latins. »

Ibrahima Sarr a ensuite brandi un livre de coran et plusieurs autres ouvrages écrits en poular avec des caractères latins avant de marteler : « Si nous parlons du développement des langues nationales, ce n’est pas seulement pour chanter, c’est pour le développement. »

Mohamede Ould Cheikh de l’UDP a plaidé le bilinguisme en rappelant qu’à un certain niveau même le français et l’anglais s’avèrent insuffisants.

Mohameden Oulod Babba du RFD a rappelé qu’avant la période coloniale, la langue écrite des négro-africains, était l’arabe dont les caractères ont été utilisés par tous. La position du RFD, a-t-il dit est d’introduire les langues nationales à l’école et de les officialiser ensuite.

Pour Oumar Ould Mattala, la constitution a définitivement tranché la question des langues et « il ne faut pas, comme pour l’esclavage, instrumentaliser cette question »

La réponse de Ladji Traoré de l’APP est vite tombée : « Comment bâtir une nation si on y pratique encore l’esclavage ? » Il a ensuite plaidé l’officialisation et l’enseignement de toutes les langues nationales tout en soulignant qu’il est irréaliste de « vouloir balayer le français du système éducatif mauritanien. »

«Qu’est-ce que l’Etat a fait pour la diversité culturelle ? Le principal problème, c’est l’exclusion des non arabes. C’est un problème d’Etat de droit » a dit le représentant du MPR.

Dans son intervention, le leader de Tawassoul, Jemil Ould Mansour a regretté l’absence des haratine de ce débat. Réponse des représentants de REMEDE : « nous avons invité tout le monde mais il y a des absents. » Jemil Ould Mansour a ensuite défendu la position de son parti qui prône « l’enseignement, la promotion et l’officialisation des langues nationales. » Au sujet de l’unité nationale, il a indiqué qu’entre 1986 et 1992, le pouvoir a transformé une crise avec un mouvement politique en une crise contre une communauté nationale.

Après les partis politiques, la parole a été donnée au public. De toutes les interventions du public et des politiques, s’est dégagé un quasi consensus pour « l’enseignement et l’officialisation de toutes les langues nationales. »

Khalilou Diagana
Pour Cridem

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