620. Session du BN du 25 au 27 mars 2010 : Résolution pour la défense de l’unité nationale

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A l’occasion de la journée internationale de la langue arabe, le Premier Ministre, Monsieur Moulaye Ould Mohamed Laghdaf, a associé dans son discours de circonstance les promesses, sans doute démagogiques, de réhabilitation de l’arabe et la négation de l’identité plurielle de la Mauritanie et notamment sa dimension africaine noire, en violation flagrante de la Constitution.
Ce discours était de nature à susciter dans le même temps des espoirs légitimes chez des arabes de voir leur langue occuper la place qui lui revient et des sentiments d’inquiétude tout aussi légitime chez les négro-africains d’assister au retour de l’oppression chauvine et de l’exclusion.
Les propos irresponsables de cette haute autorité de l’Etat et de sa ministre de la Culture ne pouvaient manquer de provoquer ainsi au sein de notre opinion nationale un choc entre ces sentiments légitimes, les craintes des uns paraissant dirigées contre les espoirs des autres et vice-versa ; et un climat de suspicion et de tension interethnique qui a fait craindre le pire ces derniers jours à l’Université de Nouakchott.
Les propos du Premier Ministre et le climat exécrable de suspicion qu’ils ont suscité ont ouvert la voie à l’amplification des menées des extrémistes de tous bords. A nouveau, le péril menace de remettre en cause les progrès considérables réalisés par notre peuple sur le chemin de l’unité, grâce à sa foi commune en l’islam, au prix de graves épreuves au cours des dernières décennies et des avancées courageuses et consensuelles dans les questions les plus sensibles au cours des dernières années.
La revendication d’une effectivité de l’officialisation de la langue arabe, celle de la promotion des langues et cultures négro-africaines et du maintien du français comme langue de travail pour les francisants, la lutte pour l’éradication effective de l’esclavage, sont autant de causes justes qui, dans le contexte d’une politique du pouvoir faite d’improvisation et d’irresponsabilité, seront l’objet de tentatives d’instrumentalisation pour permettre à des groupes, à des individus, voire des milieux étrangers de réaliser leurs visées particulières aux dépens de l’unité de notre peuple, si on n’y prend garde. Certains individus et groupes, au nom de la cause arabe, viennent d’oser prêter allégeance à une puissance étrangère, d’autres, au nom de la lutte anti-esclavagiste, ne se gênent plus de verser ouvertement dans l’incitation à la haine raciale.
Le contexte général de perte de crédibilité de l’Etat, de crise socio-économique et de généralisation de l’insécurité à l’intérieur (infiltration de la grande criminalité, terrorisme etc.) et de tension avec les voisins, rend la portée de ces menaces plus graves encore.
Aussi, le Bureau National de l’UFP, réuni en session ordinaire les 25, 26 et 27 mars 2010 :
– condamne fermement les propos du Premier Ministre qui contredisent la constitution, et affirme l’identité plurielle de la Mauritanie islamique, arabe et africaine noire ;
– appelle tous les citoyens et forces patriotiques à se mobiliser pour consolider les acquis de l’unité nationale sur la base de la prise en charge des revendications légitimes de toutes les composantes de notre peuple ;
– les exhorte à ne pas céder à la provocation et à barrer la route aux entreprises de division, quels qu’en soient les prétextes ;
– invite tous les acteurs préoccupés par la question culturelle et identitaire au débat serein visant à corriger les injustices et à renforcer l’unité, loin de toute surenchère.

Nouakchott, le 27 mars 2010

Le Bureau National

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