La lutte contre la gabegie non partisane est une exigence fondamentale pour l’assainissement des finances publiques.

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La gabegie dans l’administration et de manière générale dans les rouages de l’Etat mauritanien est un mal qui persiste sous des formes diverses depuis l’indépendance. Ce n’est d’ailleurs pas une adversité propre à notre pays. Mais chez-nous, avec l’avènement des régimes militaires, ce fléau est devenu véritablement une mode de gouvernance et un système.
L’accaparement du pouvoir politique par nos officiers supérieurs a consacré la dérive politico-économique et sociale et une escalade sans précédente dans toutes les formes de mal gouvernance. Cette dérive demeure encore le véritable handicap qui asphyxie toute possibilité de développement.

L’implication et la persistance donc de ceux qui sont censés être les protecteurs de la souveraineté nationale et la sécurité des citoyens dans la vie politique en contradiction avec leur serment, ont été et demeurent synonymes de tous les excès et les plus insupportables. Cette émergence dans la chose politique continue de plonger la Mauritanie dans les ténèbres : de l’instabilité politique, de l’insécurité, de la gestion catastrophique des biens de l’Etat et la gabegie n’est que l’une de ses multiples facettes. C’est aussi pendant ce même règne que le pays a connu la période la plus sombre et la plus sanglante de son histoire: les massacres des populations négro-africaines et leur déportation dans les années 89-90 -91 par l’Etat mauritanien.

Pour mettre la Mauritanie sur les rails du développement, il faudra d’abord s’atteler à instaurer son unité nationale qui a souffert durant tant d’années d’injustices de toutes sortes et sur la base du respect du droit et de la dignité humaine. Toute forme de règlement du passif humanitaire qui n’impliquerait pas l’ensemble des acteurs de la vie nationale et les véritables victimes demeurera un leurre. La recherche d’une solution durable ne peut pas être seulement l’affaire d’Imams si éminents soient-ils et de quelques ONG peu représentatives.

Il est normal que tous les responsables des crimes à quelque nouveau qu’il soit répondent devant la justice et suivant les procédures légales. Mais la justice ne doit pas être instrumentalisée et ne doit non plus s’intéresser qu’aux seuls crimes économiques encore moins de manière sélective. Elle doit aussi faire la lumière sur des crimes effroyables de sang commis à l’endroit des populations civiles innocentes et des militaires négro-africaines pour leur simple appartenance ethnique.

La lutte contre la gabegie n’est qu’un aspect de tous les maux qui gangrènent l’Etat mauritanien et dieu sait qu’ils sont nombreux. Et pour que cette lutte soit efficace et acquiert l’adhésion générale, elle doit être réfléchie, méthodique, juste et respecter les lois de la république. Sinon, elle devient un simple slogan ou une arme pour régler des comptes et se terminera en queue de poisson puisqu’il s’agira en réalité de la poudre aux yeux comme l’a été par le passé : la lutte contre la gabegie du colonel Ould Taya dans le domaine de la pêche.

Si l’objectif est de mettre fin à toutes les formes de délinquances économiques, il est nécessaire d’abord d’auditer sans complaisance, par des experts indépendants, tous les secteurs de l’Etat sans oublier le secteur de l’armée qui ne peut être exemptée et dont on sait, malgré les sommes faramineuses investies, elle demeure mal équipée et mal préparée pour assurer la sécurité nationale.

Pour faire face à tous ces défis importants, un consensus national reste la seule voie de salut pour notre pays et les Accords de Dakar signés par les protagonistes de scène nationale demeurent un cadre adéquat.

Maréga Baba (France)

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