Financements obscurs : Le Président Aziz, embobiné ou complice ?

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Le 16 août 2009, peu de temps après son investiture, le Général putschiste, élu Président de la République, inaugure l’état de grâce par un présage de prospérité plutôt bienvenu, au terme d’une année d’isolement diplomatique et d’économie de survie.

Une messianique Société Islamique de Développement du Secteur Privé, prétendue filiale de la Banque Islamique de Développement (BID), annonce un faramineux projet de construction immobilière dans la capitale, sur une surface globale d’un million de mètres carrés. Le généreux investisseur promet, également de générer, en Mauritanie, d’avantageux crédits dans les domaines de la pêche, du traitement du poisson et de l’exploitation du gaz naturel (off shore). En contrepartie, le groupe obtient, des nouvelles autorités, l’autorisation de fonder une banque islamique. A Nouakchott, le bonheur s’annonce. Les journalistes accrédités à Nouakchott s’empressent de répercuter l’évènement.

L’audience avec le Chef de l’Etat se déroule face aux caméras de la télévision de Mauritanie (TVM) et les invités vont jusqu’à s’offrir une déclaration publique à l’entrée du Palais présidentiel. Le ministre mauritanien des Finances, le très souple et prudent Sidi Mohamed Ould Tah, esquisse un sourire de satisfaction. Ancien fonctionnaire de la BID, d’ailleurs fort apprécié à ce titre, le technocrate sans subjectivité ni préférence vient de remporter une victoire personnelle.

Seulement voilà, quelques diplomates, en charge de surveiller le blanchiment d’argent sale en Afrique de l’Ouest s’intéressent de près à la transaction et y conçoivent des motifs de méfiance. Taqadoumy, informé, tente de parvenir au recoupement des identités et dénominations, telles que présentées par la dépêche de l’Agence Mauritanienne d’Information (AMI), organe d’information officiel.

A ce stade, quelques singularités frappent l’attention :

– La BID, une institution multilatérale, dispose-t-elle d’une filiale, sous le sigle de Société Islamique de Développement du Secteur Privé ? La recherche sur le site électronique de la BID ne fournit pas de réponse ;

– A supposer l’existence de cette relation, toutes les sources de presse relatives au groupe en cause renvoient à sa visite en Mauritanie, comme s’il disposait, là, de son acte de naissance ;

– Khaled Aboudi, le chef de la mission conjointe, reçue par Mohamed Ould Abdel Aziz surgit, lui aussi, du néant médiatique ; une investigation méticuleuse sur le terrain de la finance légale ne reconnaît pas le personnage ;

– Plus troublant encore, une autre partenaire cité par l’AMI se révèle introuvable ; il s’agit de la Banque Asie Turque dont la traduction, en Anglais, Arabe, turc et même russe, ne correspond à aucune activité sur le marché mondial ;

– Des téléspectateurs avertis à Nouakchott, reconnaissent, en revanche, un ressortissant turc, très introduit dans le négoce de la ferraille en Mauritanie où il réside souvent. Il serait recherché par la justice de son pays et circulerait avec un titre de voyage libérien. A certains de ses interlocuteurs, il se prévaudrait d’une nationalité saoudienne.

L’affaire jette le discrédit sur le Président de la République ; soit le voici pris en flagrant délit de connivence avec un montage de faux aux finalités inavouables, soit l’un de ses ministres et certains de ses collaborateurs l’ont abusé à des fins probablement illicites.

Pourtant, les précédents ne manquent qui auraient dû inciter à un effort de perspicacité, de la part des services du contre-espionnage et du secrétariat général de la Présidence, d’ailleurs mitoyens. L’enquête préventive sur les hôtes potentiels du chef de l’Etat relève de leur compétence commune, après consultation du ministère des affaires étrangères.

Comme en témoigne toujours le site officiel du gouvernement mauritanien, le 12 octobre 2008, le Général Ould Abdel Aziz, fraîchement putschiste, recevait l’ivoirien Al Moustafa Touré, Président d’un présumé Observatoire International des Droits de l’Homme ; recoupement opéré, le scandale éclate à Nouakchott et l’hôte s’enfuie ; l’improbable enseigne se réduisait au fond de commerce et gagne-pain circonstanciel d’un sulfureux danseur de coupé-décalé dont les fortunes nocturnes déclinaient en Abidjan.

taqadoumy

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