Mauritanie : Fin d’une crise et relance d’une transition sociale

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Mauritanie : Fin d’une crise et relance d’une transition sociale.

Par Souleymane Ould Sidialy

Le 6 Août 2009, la Mauritanie est sortie de quatre années de transition politique ; période durant laquelle une lutte acharnée confronta hommes d’affaires et politiques et accapara les esprits. Cette lutte de pouvoir ne s’est heureusement soldée par aucune crise politique. Néanmoins elle fît la démonstration de réalités et influa sur les dispositions populaires face au politique. Les constats suivants valent pour n’importe laquelle des parties.

– Le président Mohamed Ould Abdel Aziz est l’élu d’un changement.
Les acteurs majeurs ne s’y sont pas trompés. Dans l’ensemble, le noyau dur du régime du président Ould Taya s’est reporté et partagé entre les deux candidats issus de l’opposition historique à ce régime.

Tandis que fonctionnaires, politiciens et marchands qui y tenaient une place plus périphérique, se sont retrouvés autour du candidat Ould Abdel Aziz. L’élection du président Ould Abdel Aziz conduit à un renouvellement de l’élite tant économique qu’administrative. Reste à savoir si ce renouvellement est en mesure de changer le système de gouvernance et de rencontrer les exigences sociales.

– Le coup d’Etat reste un moyen « normal » d’alternance de pouvoir admis des classes dirigeantes mauritaniennes et des pays partie prenante à son évolution.

Le coup d’Etat de 2005 fût accepté par tous. La révolution de palais d’Août 2008 a certes engendré des protestations mais n’a enclenché aucune logique de rupture. La contestation a abouti à un consensus qui entérina le putsch par l’accord de Dakar en juin 2009 ! Il n’échappe à personne qu’aboutir à des élections n’est pas suffisant pour juger d’un avancement démocratique pour un pays. Les changements de régime en Mauritanie se font par coup d’Etat et cela continue à être globalement bien admis tant des démocrates locaux que les démocraties amies.
L’élite mauritanienne (civils et militaires confondus) a démontré qu’elle n’adhère que faiblement aux institutions et lois inspirées du codex démocratique occidental et aucune demande démocratique populaire n’est venue la pousser au dos .C’est un droit des mauritaniens ! Les pays amis étrangers ne se sentent pas légitimés à pousser les mauritaniens vers des mœurs politiques qu’ils ne font pas leurs : C’est leur impuissance ou limite d’ambition pour les autres !

– La transition laisse aux gouvernants des dossiers remplis d’attentes populaires et des caisses publiques vidées par les luttes de pouvoirs qu’elles ont alimentées depuis 2005.

La dépense a malheureusement coïncidé avec une brutale augmentation du budget des armées imposées par l’impératif sécuritaire et les retards accumulés pour l’entretien des troupes, auquel est venu s’additionner une conjoncture où, royalties traditionnelles sur les ressources naturelles et aide au développement, sont plombées par la crise mondiale.

Il sera difficile d’éviter des mesures de rigueurs budgétaires et quelques bradages supplémentaires sur des enjeux économiques et politiques fondamentaux. Lesquels bradages, viendront s’ajouter à ceux déjà consentis au moment où il fallait – pour toute les parties- lâcher sur des fondamentaux pour espérer tenir le pouvoir.

– La conjoncture sus mentionnée oblige à repenser les mécanismes traditionnels de redistribution. Le positionnement électoral contre la gabegie, du président Ould Abdel Aziz semble avoir anticipé la nouvelle contrainte économique. Néanmoins l’outil reste délicat d’usage sans révision systémique de la gouvernance du pays. Il est peu plausible que le moment y soit favorable. Le problème du renouvellement des outils de contention des attentes sociales reste donc entier.

Si ces quatre années de transition politique ont traduit une recomposition du pouvoir par le haut, le jeu de l’élite a mis en branle de nouvelles attentes dans la population. Des tabous sont tombés, des connivences ont sauté, l’image magnifiée des ambitions de l’élite pour son pays a beaucoup souffert. Les revendications de classes, ethnico-tribales et communautaires se sont affinées et tendent à devenir plus pressantes. Nombres d’indices indiquent que la lutte de pouvoir a ouvert les portes à de nouvelles exigences populaires.

La réponse au défi qui attend la nouvelle équipe dirigeante, comme ceux qui pensent déjà à la supplanter, dépendra de la qualité de la prise en charge de la nouvelle transition sociale.

Le Calame

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