Il est temps de tourner la page / Med El Mokhtar O. Sidi Haïba

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Le résultat mi-figue mi-raisin du dernier scrutin semble, en réjouissant certains, décevoir beaucoup et inversement. Une situation d’autant plus complexe qu’il est difficile d’en mesurer les paramètres avec exactitude. S’il est légitime d’avoir des doutes ou d’émettre des réserves sur la validité du scrutin, il convient aussi de relever un point :

En misant trop sur ces élections, il semble que certains oublièrent, trop vite, le contexte particulier de leur tenue. Aussi, importe-il de rappeler, ici, pour les esprits déçus ou pris de cours par l’aboutissement final des épreuves électorales, que l’initiation de Dakar I constituait déjà, en soi, un grand pari. Comme tout calcul fondé sur des prédictions aléatoires, celui-ci recelait, donc, des risques potentiels. La possibilité d’un enlisement des négociations en est un ; la perspective d’une défaite électorale un autre.

Toutefois, eu égard à l’absence d’une meilleure alternative au départ, un tel échec peut être qualifié somme toute de relatif. Etant donné que le pouvoir militaire était, a priori, totalement opposé au retour ante statu quo, à savoir le rétablissement du président démocratiquement élu, Sidi Ould Cheikh Abdellahi, dans ses fonctions légitimes, on ne pouvait envisager un déblocage de la situation sans une concession majeure de la part de l’opposition. Et concessions majeures, il y en a eu.

En effet, l’acceptation symbolique par le Président Sidi Ould Cheikh Abdellahi de renoncer volontairement à son mandat présidentiel inachevé, en contrepartie d’une résolution de la crise qui risquait, à terme, d’emporter le pays, constituait, à ce titre, une marque de noblesse et une preuve irréfutable de bonne volonté de sa part. Pour compléter cet élan d’ouverture une autre concession de taille venait sceller l’accord final ou Dakar II: l’approbation par l’opposition, dans son ensemble, de la tenue des élections le 18 juillet.

A présent que les élections eurent lieu, il convient, quel que soit le résultat obtenu, de trouver une formule d’entente permettant aux différents acteurs de tourner définitivement la page des mésententes qui ont abouti au coup d’état de 2008. L’adoption d’une nouvelle stratégie politique privilégiant une approche postélectorale des choses s’impose d’urgence. La priorité est, donc, d’aider à présent le pays à sortir de l’impasse où il se trouve, d’où la nécessité de revoir ses calculs sur l’entrefaite.

En effet, quelles que soient les imperfections ayant entaché la forme ou le contenu de cette élection (la légitimation indirecte de la prise du pouvoir par la force, le recours , plus ou moins avéré, à la fraude et aux falsifications, l’utilisation des moyens de l’état, l’achat des consciences ou l’implication directe des militaires dans le jeu politique), il importe , au regard de la légalisation du scrutin par voie judiciaire et en raison du satisfecit donné par la communauté internationale, de prendre acte du fait accompli :le plébiscite national donné au général Mohamed Ould Aziz. A la lumière de cette nouvelle donne, une réorientation du champ d’action de l’opposition s’avère aujourd’hui utile.

Mais prendre acte du fait accompli ne veut pas dire s’empresser à donner un blanc-seing aux actions des nouvelles autorités ou faire preuve de capitulation sans contrepartie. Le désengagement du champ politique n’est pas une option. Mais, pour mieux canaliser ses efforts, l’opposition a parfois besoin de changer de direction ou d’explorer de nouvelles approches. C’est l’intérêt supérieur du pays qui doit motiver, ici, l’esprit d’ouverture de nos hommes politiques. C’est l’utilité publique, non les sentiments d’amour propre, qui doit déterminer leurs démarches. Le temps de la surenchère opportuniste et de l’intransigeance, sans conséquence, est maintenant révolu. Le pays est à bout de souffle. Il a besoin du concours de tous pour affronter les immenses défis auquel il fait face en ce moment.

Aussi, la patience des Mauritaniens a des limites. Ils sont aujourd’hui extenués et veulent tous, quelle que soit leur divergence, tourner à jamais la page de l’instabilité politique et du dysfonctionnement institutionnel chronique qui afflige leur pays. Ils n’ont que trop subi le poids des tiraillements sans conséquence et des machinations égoïstes et stériles.

La plupart de ceux qui ont voté pour Mohamed Ould Abdel Aziz , comme du reste, la majorité de ceux qui ont porté leurs voix à Messaoud Ould boulkheir, Ahmed Ould Daddah, Sarr Ibrahima ou Jamil Mansour… l’ont fait, avant tout, parce qu’ils ont cru, à tort ou à raison, qu’ils représentaient le meilleur choix possible pour gouverner le pays . S’il y a une leçon à tirer de cette crise c’est que la majorité des Mauritaniens ont à cœur l’intérêt de leur pays. Ils lui veulent du bien. Ils peuvent différer sur les moyens à adopter en ce sens mais sont tous d’accord sur une finalité : le bien-être du pays.

A cet effet, on peut dire, sans ambages, que ce qui caractérise, au-delà des différences de référents et d’opinions, la majorité des électeurs mauritaniens est, avant tout, leur attachement à leur pays et l’importance que représente à leurs yeux son avenir. Ce territoire poussiéreux, si pauvre en végétation, que la nature semble avoir érigé en dépotoir des déchets solaires radioactifs est, après tout, tout ce dont dispose. Nous n’avons pas une autre terre de rechange. C’est là notre partie. Et la patrie, même quand elle est une aberration écologique, reste tout de même un bien précieux, un joyau, pas comme les autres, qu’il convient toujours de préserver.

Comme tant d’exilés attachés à leur pays d’origine et soucieux de son bien-être, je trouve souvent la lecture des nouvelles du pays dans la presse étrangère une source de tristesse et parfois de honte. Car c’est toujours le même constat, amer et unanime, qui revient, avec récurrence, quand on mentionne le nom de ma patrie : « l’un des pays les pauvres au monde… » . Un état de fait, hélas, triste mais réel. Une réalité, sans pitié, qui vous guette partout, vous torture, sans cesse, la conscience et rabaisse le moral.

Elle est d’autant plus choquante, cette réalité- là, qu’elle peut être facilement altérée. Il suffit qu’on s’y attaque avec effort et détermination. Notre pays regorge, en effet, de ressources naturelles. Sa population est extraordinairement jeune. De l’énergie et du talent, elle en dispose à satiété. Un sens élevé de fierté culturelle habite son âme et lui donne une profondeur de civilisation et un prolongement dans l’histoire bien réel. One ne souffre pas de déracinement identitaire. La richesse de nos valeurs en témoigne. Notre personnalité s’appuie sur un legs culturel qui prend racine dans des traditions millénaires. Ce qui nous fait le plus défaut, outre un système politique équitable et une volonté de changement au plus niveau, c’est, avant tout, un climat de stabilité favorable au déchainement des énergies, à l’éclosion des talents, une atmosphère de paix propice à l’épanouissement des hommes. Le sous-développement, comme la tyrannie ou l’injustice, n’est pas une fatalité inévitable ; c’est d’abord et surtout un état d’esprit, une condition qui peut être changée par la volonté et l’effort des hommes. Il suffit d’avoir au sommet de la pyramide un leader clairvoyant, disposant des prérogatives nécessaires, pour initier le processus de reformes indispensable au changement. Ça fait longtemps que notre peuple appelle de ses vœux l’avènement d’un tel leader qui soit capable de jeter, avec force, les bases d’un état moderne.

Le ton de rupture qui a caractérisé une partie du discours du général, devenu président, a été pour beaucoup, plus que la fraude ou l’achat des voix, je crois, dans l’identification de certaines couches populaires, rebutés par la corruption de notre classe politique et le conformisme rétrograde de nos élites, d’avec son message de changement, ses promesses populistes de transformation sociale. Décevoir leurs attentes serait une trahison impardonnable.

Ne pas tenir ses promesses n’est, donc, pas une alternative concevable pour Ould Abdel Aziz car ses retombées seraient incalculables pour lui et pour le pays.

En effet, si rien ne change, à temps, dans le sens d’une amélioration générale des conditions de vie des populations, il faudrait alors, vite, s’attendre à une montée en puissance du mécontentement populaire. Lequel viendrait s’ajouter à la désaffection, déjà réelle, quoique pour des raisons différentes, d’une partie des « élites » et autres groupes de pression ayant pignon sur rue dans le pays. Ce qui pourrait éventuellement amener l’autre base de support du président Aziz, à savoir l’institution militaire, à modérer son soutien « inconditionnel » ouvrant, du coup, la voie à un retour au cercle vicieux des pronunciamientos.

Pour pouvoir relever les grands défis qui l’attendent, Mohamed Ould abdel Aziz doit apprendre à faire preuve d’humilité en mesurant à sa juste valeur l’immensité de la tache qui l’attend. Qu’il se remette surtout à l’évidence : la construction d’un état n’est pas une sinécure. Ce n’est pas une affaire de rhétorique ou de slogans ; c’est une affaire sérieuse et concrète, un projet collectif de longue haleine. Un labeur d’envergure qui requiert la participation de tous.

Les véritables bâtisseurs et hommes d’état sont ceux qui savent faire preuve d’inclusion pour atteindre ce grand dessein, ce projet d’ambition désintéressée qu’est la construction d’une nation.

S’il est irréaliste de s’attendre à l’instauration d’un régime démocratique à la Jeffersonienne de la part du nouveau leadership en Mauritanie, il est quand même permis d’espérer qu’il n’emprunte la voie destructive, mainte fois expérimentée en Mauritanie, de l’hégémonie irrationnelle et de l’autoconservation à tout prix.

L’histoire récente regorge de leaders qui ont su, malgré leur manque de légitimité démocratique, créer des états modernes ou préparé le terrain pour l’instauration de régimes démocratiques plutôt viables. Et ce, grâce à un atout de taille : un patriotisme visionnaire et une culture de l’effort sans faille.

Les temps ont, certes, beaucoup changé aujourd’hui. Mieux, le contexte et les circonstances diffèrent diamétralement d’un pays à l’autre. Toutefois, les leaders dont il est question, ici, ont tous en commun la même qualité de leadership : une ambitieuse volonté de réussir et un sens élevé de la discipline. En d’autres termes, il n’est absolument guère nécessaire d’être un démocrate chevronné pour réussir à relever les défis du sous-développement ou lutter efficacement contre la corruption. Encore faut-il pour accomplir pareille tache en avoir l’envie et la détermination !

D’emblée, je dois préciser que je ne suis pas entrain de chercher, par là, des justifications discursives pour illustrer la pertinence de l’idée intellectuelle, moralement répréhensible et politiquement d’un autre temps, avancée sans vergogne par certains aînés, après le coup de 2005 qui avaient contribué, peu ou prou, par leur effort de rationalisation philosophique , à baliser, en ce sens, le terrain des idées en vue de la réalisation du coup de force de 2008. On s’en souvient encore.

L’objet de mon propos n’est point, donc, de ratiociner sur les vertus supposées du concept de Zaîm ni de trouver un support intellectuel à la légitimation du recours à la force pour accéder au pouvoir ou pour s’y maintenir. Une telle idée m’est doublement étrangère. Par conséquent, la portée de mon humble argument n’est pas comparable à l’idée éculée si chère à nos illustres thuriféraires: la nécessité d’un leader au pouvoir sans limite. Le choix des exemples que je mentionne ici procède d’un désir purement pédagogique : l’apprentissage.

En effet, mon pays se trouve en ce moment à une phase critique de son évolution. Il est à la croisée des chemins. Pour réussir sa transition vers le progrès, il a besoin de s’assurer de la direction à prendre. Ce faisant, il doit murir ses choix en méditant sagement l’exemple des autres nations. Chaque pays est, certes, différent mais les hommes peuvent s’instruire, toujours, de l’exemple de leurs semblables et en tirer le meilleur renseignement possible.

En partant d’un tel postulat, armé de la conviction personnelle qu’un démocrate juste vaut mieux qu’un autocrate éclairé, je vous invite à méditer les exemples suivants en espérant que notre nouveau leadership en fera de même tout en ayant la clairvoyance de séparer la bonne graine de l’ivraie.

Pour commencer, on peut citer l’exemple de Jerry Rawlings du Ghana. Venu au pouvoir par la force des armes, il le remit vite aux civils avant de le reprendre à nouveau quand ces derniers ont misérablement échoué dans leur gestion du pays. Malgré un contexte économique difficile marqué par la détérioration des termes de l’échange (la chute des courts mondiaux du cacao, principale denrée d’exportation du Ghana) et l’imposition par la Banque Mondiale et le FMI de mesures d’austérité économique draconiennes, il s’est, néanmoins, embarqué dans un programme sérieux de restructuration de l’administration de son pays marqué par une volonté de lutte contre la corruption et d’assainissement des finances publiques bien réelle.

En dépit de ses erreurs de jugement que cristallisent sa gestion unilatérale du pouvoir et sa tendance à violer, par moments, les libertés de ses compatriotes, il sera reconnu pour avoir remis son pays sur les rails.

Le Ghana de Rawlings est, avant d’être celui des violations des droits de l’homme, celui de la lutte contre la gabegie et du rétablissement des grands équilibres macroéconomiques. C’est un legs d’autant plus remarquable que le pays se trouvait, avant son arrivée au pouvoir, au bord du gouffre après plus d’une décennie d’instabilité politique et de gestion chaotique du pouvoir. La démocratie ne peut pas prendre pied dans un climat d’anarchie politique et de misère sociale. Elle a besoin d’un environnement socio-économique relativement stable et assaini pour fleurir.

On peut dire que les « années Rawlings » ont, en ce sens, sinon balisé le terrain pour l’avènement de l’ère démocratique au Ghana du moins facilité sa transition dans cette direction. Pour cela, ses successeurs lui sont, en un sens, redevables

Le deuxième cas, bien plus méritoire, est celui de la Malaisie. Le règne de Mahatir Mohamed, malgré les restrictions entravant les libertés de conscience et autres bavures policières, fut un temps de grand sacrifice et de labeur soutenu. Un temps dûment investi pour asseoir les bases d’un développement économique durable axé sur la valorisation des ressources humaines et la promotion des sciences et de la technologie comme engins de décollage industriel et de progrès.

La Malaisie est aujourd’hui un pays industrialisé émergent. Une telle réussite n’aurait jamais eu lieu, en un temps record, sans la persévérance et l’ambition d’un leader : Mahatir.

Dans son projet Vision 2020 For Malaysia, il explique, ainsi, son choix de visionnaire (je traduis): « la Malaisie entrera l’année 2000, la première année du XX siècle et du troisième millénaire, déterminée à réussir son objectif de devenir un pays entièrement développé à l’horizon 2020. Certains se demandent pourquoi l’année 2020 et pas une autre. Du fait de ma profession de médecin, je suis attiré par la précision inhérente à la mesure optométrique de la vision. 2020 indique, ainsi, une bonne vision à 100% dans les deux yeux. Notre projet (Vision 2020 for Malaysia) implique, donc, une vision claire de la direction que nous voulons emprunter et de ce que nous voulons devenir »1.

L’autre exemple d’autocrate éclairé ayant transformé son pays au XX siècle est Lee Yuan Yew du Singapour.

La recette de la transformation de ce mini-état en miracle économique repose sur un mécanisme essentiel : l’institution du gouvernement comme le siège central de formulation des plans de développement et leur mise en en œuvre. Cela a conduit à la création de structures de gestion et d’administration efficaces au sein de tous les organismes publics et rouages de l’état.

Pour bruler les étapes du développement, Singapour créa au sommet de l’état une équipe de gestion qui combine trois atouts hors du commun : le talent d’un visionnaire politique en la personne de Lee Kuan Yew, l’expertise d’un architecte du développement, Goh Keng Swee, et la dextérité d’un praticien de la gestion rompu aux techniques modernes de management qui adoptera telles quelles et exécutera à la lettre les recommandations de ses patrons, en l’occurrence, Hon Sui Sen.

La formulation des grandes lignes d’une politique générale est une chose, en appliquer à lettre l’esprit est une autre.

Pour cela, il faut des hommes dédiés et compétents a même de traduire en action concrète la vision d’un leader. Des hommes dévoués qui ont la détermination et le savoir-faire nécessaires pour suivre et superviser l’exécution d’un plan de développement. Cette équipe de dirigeants a investi d’inestimables efforts dans l’accomplissement d’un but commun : l’institution d’un système d’administration efficace et de gestion sans complaisance fondé uniquement sur le mérite.

Le premier flanc de leur stratégie d’implémentation fut la création d’un gouvernement propre dont la priorité première était d’enrayer les pratiques de concussion qui rongeaient la machine de l’état en particulier celles de grande ampleur (full-scale graft). En instituant l’intégrité au sommet d’une structure connue jusqu’ici pour sa propension à la prévarication, Singapour a commencé un processus d’imposition et d’expansion des normes d’équité morale et de bonne conduite dans l’ensemble du système de gouvernement. Un cours d’action qui a pris des décennies à se concrétiser. En 2007, Singapour a été classée au quatrième rang des 179 pays cités par Transparency International dans son classement.2

Grace à son système d’efficacité administrative et de bonne gouvernance, Singapour était devenu rapidement un partenaire économique crédible et un lieu de prédilection pour les investisseurs étrangers. Aussi, pour insuffler la dynamique de progrès à partir de la base, l’état a consenti, dans le cadre d’un programme de développement national intégré, des investissements massifs dans les grandes infrastructures (Routes, Aéroports, communications..).

Son investissement dans le logement public, en particulier, aura un impact extraordinaire dans le décollage économique du pays. Outre, le fait d’avoir permis aux multitudes grouillant dans les bidonvilles d’avoir accès immédiatement à un habitat décent, la politique de développement urbain a aussi facilité la fusion des efforts du public et privé vers un but d’intérêt général : l’amélioration du niveau de vie de la population.

Les sociétés de construction du pays ont acquis depuis une expertise qu’elles commercialisent aujourd’hui dans le monde entier. La fourniture de logements et d’emplois sur une grande échelle contribua ainsi à la création d’un « juste Etat » plutôt que d’un État-providence. Le succès mondial de PSA International (Port Singapore Authority) est à cet effet un exemple édifiant qui illustre bien les bienfaits de cette politique développementaliste à la base.2

Quoique leur exemplarité varie amplement, ces quelques cas de lutte réussie contre la gabegie et de succès économique extraordinaire peuvent nous être utiles à bien des égards : comme sources à la fois d’instruction et d’inspiration. Notre nouveau leadership devrait les étudier scrupuleusement et savoir s’en imprégner proprement. La corruption gangrène depuis longtemps notre administration et le sous-développement avilit notre peuple et lui dénie sa place dans le concert des nations. On a besoin d’exemples de réussite dignes d’émulation à méditer ensemble. On a besoin d’un leadership curieux d’apprendre ; un leadership clairvoyant qui sache faire la différence entre la notion d’émulation intelligente d’avec celle, moins productive, d’imitation dans l’aveuglement.

En conclusion :

Avant de pouvoir contempler les grands chantiers de construction et de lutte contre la corruption tant promis, le peuple mauritanien veut, d’abord et avant tout, voir se concrétiser ce souhait national devenu une priorité d’urgence : un amendement constitutionnel qui garantirait, une fois pour toutes, que le recours à l’usage de la force pour s’accaparer du pouvoir ne pourra jamais être légalement sanctionné dans notre pays quelles qu’en soient les circonstances. Voila une nécessité nationale.

Un autre vœu national d’importance : l’adoption par les nouvelles autorités d’une stratégie de gestion équitable des ressources du pays axée sur une approche participative en matière d’exercice du pouvoir ayant pour support de base un système de gouvernement fondé sur le mérite et la valorisation des talents.

Enfin, notre opposition se doit d’adopter, elle, une attitude plus constructive en mettant en veilleuse certaines récriminations qui ne prêtent guère à conséquence. Une approche plus conciliante envers le pouvoir pourrait, peut être, être de nature à décrisper la situation. La fédération de ses efforts doit être, en ce moment, sa priorité de base car pour pouvoir peser sur le cours des choses et affronter l’UPR en position de force, elle a besoin de rassembler ses énergies. Pour y parvenir, elle a intérêt à mettre fin à son émiettement artificiel et faire peau neuve en cooptant une nouvelle génération de leaders plus au diapason des réalités du pays.

Mohamed El Mokhtar Ould Sidi Haïba

Roanoke – USA
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Notes de lecture:

1.cité par Ashraf Ghani et Claire Lockhart in Fixing Failed States, A framework for rebuilding a Fractured World.

2. Ibidem

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