Discours de Sidi Ould Cheikh Abdallah : Un chef d’œuvre d’humilité.

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Le Président Sidi Ould Cheikh Abdallahi a prononcé vendredi 26 juin 2009 au Palais des Congrès de Nouakchott un discours qui fera certainement l’objet de commentaires et d’analyses plus poussées.

C’était à l’occasion de l’acte nominatif du gouvernement d’union nationale suivi de sa démission solennelle, et qui constituent tous les deux un véritable prélude pour la mise en application de l’Accord de Dakar qui met fin à dix mois de crise politique et institutionnelle.

Ce discours commence par un rappel fort, celui d’un citoyen mauritanien, candidat à la présidentielle de 2007 et que le peuple mauritanien avait plébiscité à la tête du pouvoir, et s’achève par le retrait annoncé d’un président qui juge n’avoir pas eu le temps de tout donner et qui se met en réserve d’une République dont il reste un éternel soldat, prêt à apporter sa modeste contribution.

Entre les deux, une longue trame d’idées faite de réminiscence, d’états d’âmes où le désir de se disculper par rapport à une situation donnée l’emporte sur toute autre idée. A travers ce discours de Sidi Ould Cheikh Abdallahi, les Mauritaniens découvriront sans doute un homme différent de celui qu’ils ont connu en quinze ans de règne, et que les manipulations politiciennes ont voulu transformé en dix mois de séisme politique à ce qu’il n’est pas.

Sidi Ould Cheikh Abdallahi ne se lamente pas, ne revient pas en revanchard sur les péripéties d’une confrontation politique dont la finalité fut son éjection du fauteuil où la voix du peuple l’avait installé. Il ne nourrit même pas de haine vis-à-vis de ses tombeurs et effleure à peine la trahison dont il fut l’objet.

En reprenant le filigrane de ce discours, on distingue une première partie consacrée à un rappel et à des confidences partagées, quant il prend comme témoin le peuple mauritanien sur les difficultés et les obstacles qui l’ont empêché d’exercer ses fonctions. S’en suivit une litanie de remerciements, mais la substance du discours se situe sur les sentiments que Sidi Ould Cheikh Abdallahi n’a pas pu s’empêcher de partager avec son auditoire.

Il calme le jeu, sans chercher à remuer le couteau dans la plaie en soulignant n’avoir «nulle intention, pour quelque raison que ce soit, et à fortiori dans le contexte qui est le nôtre aujourd’hui », de s’adonner «à des polémiques stériles » et il laisse à l’Histoire le soin de juger les évènements. C’est surtout un homme qui se sent profondément blessé qui a tenu à relever sans s’y appesantir, les calomnies et les mensonges nourries à son égard et à l’égard de son entourage, publiquement servi sur les médias publics, dix mois durant.

S’en suivra une longue parenthèse de discours-bilan dans lequel il égrène les réalisations accomplies pendant son court mandat, évoquant les projets à court terme qui devaient être réalisés. Il parlera de la liberté d’expression et de la liberté politique qui régnaient, de l’indépendance des pouvoirs, de l’institution de la Haute Cour de justice et des chantiers mis sur pied pour bâtir un véritable Etat de droit… sans compter les réalisations sur le plan économique, et les investissements faramineux qui étaient destinés à la Mauritanie…

Sidi Ould Cheikh Abdallahi a surtout tenté de se disculper et de justifier les difficultés qui ont jalonné son règne, en invoquant la conjoncture internationale difficile qui sévissait en 2007-2008, mais surtout l’expérience démocratique nouvelle. C’est surtout l’image d’une personnalité religieuse, imbue de morale et de rectitude, que Sidi a voulu transmettre en parlant de sa philosophie politique basée sur le respect des normes éthiques, auxquels, avouera-t-il d’ailleurs, une partie de son entourage a tenté de le mettre en garde, soutenant que «la politique et la morale sont deux rivales inconciliables ».

Bien que reconnaissant à son corps défendant qu’il s’agit-là de «croyances partagées », il se refusera à adhérer à un tel principe, soulignant à l’adresse du peuple mauritanien «le fait d’avoir emporté votre adhésion ne pouvait me conduire à changer de position à cet égard et à devenir, par ce fait, une personne autre que la personne que vous avez élu ».

Un certain sentiment de trahison s’est dégagé du texte quand il a souligné que le péril attisé est venu du côté auquel il s’attendait le moins, c’est-à-dire de la même majorité, alimentée par les députés frondeurs, qui avaient soutenu son programme politique.

Une sincère franchise et une profonde amertume ont marqué le discours de Sidi Ould Cheikh Abdallahi, servi par un langage vif et incisif au rythme cadencé, parfois haleté qui traduit l’émotion qui l’étreignait en ce moment solennel où il était obligé par les circonstances de se renier, en quittant le pouvoir.

La dernière partie du discours sera marquée par des appels et des conseils. Sidi Ould Cheikh Abdallahi a invité les acteurs politiques mauritaniens à respecter l’Accord de Dakar, à bâtir une Mauritanie sans exclusion ni marginalisation. Dans une ultime tentative d’auto lapidation, Sidi a tenu à prendre Dieu à témoin, soulignant avoir assumé avec foi, la responsabilité du destin du peuple mauritanien et essayé autant qu’il a pu, de se mettre à son service.

Ce langage est peu habituel dans le lexique des Présidents que la Mauritanie a connus. Autant d’humilité, qui a marqué tout son règne et qui a toujours été considéré comme un faiblesse, est étranger à une opinion habituée depuis plus de quatre décennies à un autre discours plus martial.

Au crépuscule de sa vie politique, le Président Sidi dans une note pathétique a surtout tenu à mettre en garde les Mauritaniens contre les erreurs du passé, d’accorder à ceux qu’ils choisiront à l’avenir pour diriger le pays, le temps de travail qui leur est imparti par la Constitution et par les électeurs.

A l’adresse de ses adversaires politiques, Sidi a été magnanime, leur accordant son pardon, au sens religieux du terme. Il leur trouve même des circonstances atténuantes. Il les appelle «ceux que les circonstances exceptionnelles vécues par le pays ont amené à porter atteinte » à sa personne, ou à cause de sa personne…

.Il leur pardonne de l’avoir pris pour «cible d’accusations dénuées de toute preuve et de tout fondement » A ceux-là il dit, reprenant les paroles du prophète Youssouf (PSL) «aucun reproche ne vous sera fait aujourd’hui. Qu’Allah vous pardonne. Il est le plus Clément des cléments».

Le discours se termine par le sacrifice final, celui d’un Chef qui s’est «refusé à emprunter les chemins du déshonneur pour réaliser les objectifs de l’honneur » et qui formule le vœu ardent que par sa disposition à quitter le pouvoir contre les garanties relatives à l’avenir du pays, il aurait «contribué, par l’acte et non par le verbe seulement, à instaurer la concertation comme usage incontournable pour résoudre les problèmes de la Mauritanie ».

Cheikh Aïdara

L’Authentique Quotidien

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