Discours de démission volontaire du Président de la République SE Monsieur Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallahi

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Discours du Président de la République
26 Juin 2009

Au nom d’Allah, le Clément, le Miséricordieux, dont j’implore le Salut pour Son noble Prophète.

Citoyens, Citoyennes,

Il y a de cela deux ans, vous vous en souvenez sans doute, j’ai accepté de me porter candidat à l’élection présidentielle de 2007, élection à l’issue de laquelle vous m’avez accordé votre inestimable confiance et conféré l’insigne honneur d’être, dans notre pays, le premier président civil porté au pouvoir au terme d’élections pluralistes honnêtes. Aucun d’entre vous n’ignore la nature des obstacles qui m’ont empêché, après une courte période, d’exercer mes fonctions et qui ont par ailleurs plongé le pays dans une crise institutionnelle dont mon souhait le plus ardent est que tous, nous conjuguions nos efforts pour y mettre fin dans la paix et la concorde.

Dès l’abord, je voudrais, puisqu’existe maintenant un nouvel espoir allant dans le sens de ce souhait, exprimer ma profonde reconnaissance à tous ceux qui nous ont aidé, avec sincérité et dévouement, en vue de sortir le pays de la crise qui l’affectait.

Cette reconnaissance, permettez-moi de l’exprimer de manière toute particulière à mon frère Maître Abdoulaye Wade, Président de la République du Sénégal, qui, par son engagement inlassable, a illustré de manière exemplaire sa conception des devoirs qu’implique le bon voisinage ; tout comme il a traduit en actes sa profonde conviction de l’interdépendance des intérêts de nos deux peuples frères, ainsi que sa conscience des dangers que fait courir la crise mauritanienne au Sénégal lui-même et à notre région toute entière.

Ma reconnaissance va aussi à l’Union Africaine qui, depuis le premier jour, a pris fait et cause en faveur de la légalité constitutionnelle et contribué efficacement à la recherche de solutions appropriées à la crise mauritanienne.

Il va sans dire que ma reconnaissance s’exprime aussi vis-à-vis des pays amis membres permanents du Conseil de Sécurité de l’ONU, ainsi qu’à ceux membres non permanents de ce même Conseil.

Cette reconnaissance je l’exprime enfin à l’ensemble des organisations membres du Groupe de Contact International : la Ligue des Etats Arabes, l’Organisation de la Conférence Islamique, l’Union Européenne, l’Organisation Internationale de la Francophonie, l’Organisation des Nations Unies, ainsi qu’à tous ceux qui ont partagé avec les uns ou les autres leur combat pour la défense de la légalité constitutionnelle en Mauritanie et leurs efforts pour le retour de notre pays à un ordre institutionnel normal.

Citoyens, Citoyennes,

Je n’ai nulle intention, pour quelque raison que ce soit, et à fortiori dans le contexte qui est le nôtre aujourd’hui, de m’adonner à des polémiques stériles. Aussi, m’abstiendrai-je de tout commentaire relativement à la période d’exception qu’a connu le pays depuis le mois d’Août dernier. A vous et à l’Histoire d’en juger. Car les évènements que vous avez alors vécus comportent sans doute en eux-mêmes des réponses suffisantes pour votre édification.

Il reste que l’opportunité qui s’offre à moi, pour la première fois depuis des mois, de m’adresser à vous par le biais des medias officiels, me donne l’occasion de souscrire à un droit qui est le vôtre et de m’acquitter d’un devoir qui est le mien ; celui de répondre aux interrogations explicites ou sous-entendues induites par les évènements que vous avez vécu ces derniers temps, ainsi qu’aux accusations et calomnies dont vous avez été abreuvés jour et nuit dix mois durant, avec pour effet de semer dans vos esprits le doute et la perplexité sur le bien-fondé du choix que vous avez librement opéré en 2007.

Sans vouloir vous présenter un bilan, il me revient de vous affirmer en toute honnêteté et en toute modestie que les quinze mois pendant lesquels j’ai exercé le mandat que vous m’avez confié, ont été l’occasion d’une intense activité. Au cours de cette période, nous nous sommes attachés à mettre en pratique les valeurs islamiques, fondées sur le sens de la mesure et la pondération et à conforter l’enracinement de notre jeune démocratie.

Ainsi, ces quelques mois ont été un printemps de la liberté : aucun citoyen n’a été inquiété suite à l’expression de son opinion ou de son choix politique ; aucune publication n’a été saisie ou censurée ; par contre l’accès aux medias publics a été consenti à chacun et il a été mis définitivement fin à l’utilisation de ces medias comme instrument exclusivement affecté à l’encensement du pouvoir en place.

Au cours de cette période, j’ai personnellement veillé à ce qu’aucune immixtion de ma part ou de la part du pouvoir exécutif ne vienne entraver l’activité du pouvoir législatif ou du pouvoir judiciaire ; le parlement a connu une activité sans précédent dans son histoire, totalisant plus de huit mois de session sur la période.

Sur un autre plan, nous avons donné à l’opposition démocratique la pleine effectivité de son rôle, instituant la concertation sur les problèmes nationaux majeurs comme méthode constante dans nos rapports avec elle, comme d’ailleurs avec toutes les composantes de la scène politique et sociale.

Ont été promulguées par ailleurs les lois créant pour la première fois dans le pays une Haute Cour de Justice habilitée à juger le Président de la République en cas de haute trahison, ainsi que les membres du gouvernement lorsque ceux-ci contreviennent aux devoirs liés à leur charge.

Toutes ces mesures visaient à jeter les bases de l’état de droit et à promouvoir une culture de dialogue propre à mettre fin à l’autoritarisme et à l’abus de pouvoir.

Dans le souci de bâtir un socle solide de valeurs morales et de principes déontologiques sur lesquels se fondent notre système administratif et notre conception du service public, nous avons promulgué une loi qui, pour la première fois dans le pays, fait obligation aux hauts responsables de l’Etat de déclarer leur patrimoine au moment de leur entrée en fonction et de renouveler périodiquement cette déclaration tout au long de l’exercice de cette fonction.

S’agissant du renforcement de l’unité nationale et de la promotion de l’émancipation sociale, gages d’une mobilisation totale des potentialités de notre peuple en vue du développement, vous avez tous été témoins des grandes initiatives développées dans ce sens : criminalisation des pratiques esclavagistes, organisation du rapatriement volontaire de nos concitoyens déportés. Tout comme vous avez été témoins du rôle important et largement justifié qui a été, pour la première fois dans l’histoire, dévolu à la femme mauritanienne dans le domaine politique, diplomatique et administratif.

Quant à l’expérience démocratique conduite dans le pays, elle a joué un rôle d’une importance extrême dans l’émergence d’une classe politique nouvelle, soucieuse du bien public, attachée aux acquis démocratiques, disposée à tous les sacrifices au service de la patrie et, dans le même temps, imbue des valeurs du dialogue et de la compréhension.

Face aux dures conditions de vie qui affectaient nos populations, nous avons pris une décision symbolique par laquelle le Président de la République, les membres du gouvernement et assimilés ont volontairement renoncé à vingt cinq pour cent de leurs émoluments. Dans le même temps et face à la hausse mondiale des prix, nous avons mis en place un plan d’intervention d’urgence en faveur des populations ; plan dont la conception, l’exécution, le suivi et l’évaluation se sont fondés sur une approche participative dont l’exemplarité a été saluée par les institutions spécialisées et considérée par elles comme un modèle à suivre par les pays vivant des conditions similaires aux nôtres.

Plus important que tout cela, nous avons créé les bases que nous avons voulues solides, nécessaires à une nouvelle et forte croissance économique dont les résultats attendus, devaient se traduire par une accélération de l’activité économique, l’augmentation de la production, le renforcement des infrastructures de base, le développement du secteur des activités de service, l’encouragement à l’investissement privé et la promotion de l’emploi en vue d’assurer des conditions de vie décentes à nos populations.

Le plan d’action conçu en vue d’atteindre ces objectifs a bénéficié d’un accueil favorable auprès de nos partenaires au développement qui ont manifesté leur appréciation positive des programmes et projets qui en découlent.

C’est ainsi qu’ils nous ont consenti à l’occasion de la réunion à Paris en décembre 2007 du Groupe Consultatif sur la Mauritanie, une aide supérieure et de loin à toutes nos attentes (près de trois milliards de dollars, et plus aides supplémentaires dont, par exemple, plusieurs centaines de millions octroyés à titre de don par les Etats-Unis d’Amérique). Aide à laquelle devaient s’ajouter par la suite d’autres engagements financiers importants, notamment et à titre d’exemple, un don de plusieurs centaines de millions de dollars qui allait être octroyé par les Etats-Unis d’Amérique au titre du Millenium Challenge Account.

De leur côté, les organismes islamiques et arabes de financement ont favorablement répondu à notre appel pour le financement de notre plan visant à réaliser l’autosuffisance céréalière à l’horizon 2012.

Durant la courte période pendant laquelle j’ai pu exercer mon mandat, nombre de projets importants ont vu le jour, dont certains qui se trouvaient soit handicapés, soit simplement gelés. Au cours des quelques mois écoulés, nos populations ont pu cueillir les fruits de ces projets dont l’honnêteté m’oblige à reconnaître que certains ont vu le jour bien avant le changement démocratique intervenu en 2007.

Quant aux plans et projets que nous avons initiés, nos populations auraient commencé à en récolter les fruits dans deux à trois ans, ce qui devait progressivement, mais de manière rapide et effective, introduire des changements qualitatifs importants dans la vie quotidienne de tous les mauritaniens.
Au cours de cette période, nous nous sommes employés au renforcement de nos relations avec les pays frères et amis, tant au plan régional qu’au plan international ainsi qu’au renforcement de la présence et du rôle de notre pays sur la scène internationale, condition indispensable à la promotion de notre démocratie et à notre développement.

Force est de reconnaitre cependant que, malgré notre optimisme face à un avenir qui se profilait sous les meilleurs auspices, et malgré le sérieux des efforts déployés afin que se réalisent nos espoirs et se traduisent dans la réalité vécue nos ambitions, force est de reconnaître, dis-je, que nous nous sommes trouvés confrontés à nombre de difficultés. De celles-ci certaines sont imputables à la crise qui a frappé avec force la totalité des pays du monde consécutivement à la hausse vertigineuse du prix des hydrocarbures et des denrées alimentaires. D’autres, par contre, relevaient de l’ordre normal des choses tant il est rare que se trouve exemptée de ce genre de difficultés une expérience toute nouvelle et qui requiert le temps et l’effort nécessaires à l’adaptation ainsi qu’un seuil minimum de sollicitude et de compréhension.

Malgré cela, je ne revendique l’infaillibilité, ni pour moi-même ni pour ceux qui ont travaillé avec moi, car toute œuvre humaine est sujette à l’imperfection.

Je puis affirmer, cependant, que j’avais la volonté sincère et les dispositions d’esprit indiquées pour tenter d’éviter l’erreur et pour traiter et corriger celle-ci au cas où elle venait à se produire.

Citoyens, Citoyennes,

Durant la période où j’ai exercé le pouvoir, certains cadres et certains citoyens, soucieux de mon intérêt et bienveillants à mon égard, ont tenté de me convaincre que la politique et la morale sont deux rivales inconciliables. C’est là une croyance partagée par beaucoup mais à laquelle, pour ma part, je n’ai jamais adhéré et le fait d’avoir emporté votre adhésion ne pouvait me conduire à changer de position à cet égard et à devenir, par ce fait, une personne autre que la personne que vous avez élue.

C’est donc avec une ferme détermination que j’ai banni le mensonge de ma conduite en politique ; m’interdisant de recourir aux promesses mirifiques, je me suis par contre astreint à mener un travail sérieux avec pour objectif de réaliser le possible et non de promettre l’irréalisable.

C’est ainsi que j’ai cherché à ouvrir des chantiers prometteurs pour l’avenir plutôt qu’à me dérober derrière les engagements et les espoirs utopiques et à m’adonner à l’achat des consciences et à la conquête des soutiens à travers les pratiques notoirement connues.

Je savais bien qu’une telle conduite présentait des inconvénients, mais j’avais la ferme intention de m’y tenir, afin de prouver à ceux qui en doutaient que telle est la meilleure voie ; afin aussi que nos concitoyens puissent bénéficier des bienfaits d’un style de comportement qu’ils ignoraient peut-être ou auquel ils n’étaient pas suffisamment habitués par le passé.

Puis lorsque j’ai pris conscience des embûches que certains dressaient sur le chemin du changement pacifique et profond auquel je me suis engagé devant vous, j’ai privilégié la concertation à laquelle je suis attaché comme moyen pour contourner les difficultés. Ma surprise a été grande, alors même que ma méthode commençait à porter ses fruits, lorsque j’ai découvert que le péril s’est aggravé, attisé qu’il se trouvait du côté auquel je m’attendais le moins.

J’ai mesuré alors en conscience l’extrême gravité du danger qui risquait d’affecter le pays, si je n’assumais pas la plénitude de mes responsabilités constitutionnelles, au cas où, chez d’autres, le sens du devoir républicain ne prévalait pas sur toute autre considération. Me refusant à emprunter les chemins du déshonneur pour réaliser les objectifs de l’honneur, et face à l’imminence du danger, je n’avais plus d’autre choix que l’utilisation des moyens que m’offre la Constitution pour prendre, forcé et contraint, la décision que les circonstances m’imposaient.

Ce faisant, je n’ignorais nullement les dangers divers que ce choix impliquait. De ces dangers, les moindres étaient sans doute la perte de la position que vous m’avez conférée et que j’ai perçu comme une opportunité qui m’est donnée pour vous servir ; puis le prix en terme de liberté et d’honneur que j’aurais sans doute à payer moi-même ainsi que d’autres parmi ceux qui, à mes côtés, servaient leur pays avec sérieux et dévouement. Mais je savais aussi que la Mauritanie allait pâtir d’une situation anticonstitutionnelle, avec tout ce que cela implique comme dommages pour notre peuple et pour notre pays.

Mais j’étais convaincu que mon choix, quelque pénible qu’il puisse avoir été, impliquait moins de dommages que tout autre et que ses conséquences s’avéreraient, en fin de compte, bénéfiques pour la Patrie.

Du reste, j’ai pris l’initiative au mois de Janvier dernier, de proposer une solution propre à sortir le pays de l’impasse dans laquelle il se trouve empêtré depuis le mois d’Août 2008 ; j’ai fait du consensus national et du retour à l’ordre constitutionnel la pierre angulaire d’une telle proposition. En m’adressant aujourd’hui à vous je ne puis que remercier Allah le Tout Puissant pour nous avoir inspiré à tous de travailler ensemble partant d’une telle vision.

Citoyens, Citoyennes,

Je voudrais profiter de cette occasion pour exprimer mes remerciements à chacun d’entre vous ainsi qu’à ceux qui ont assumé la charge de vos aspirations à la stabilité, au développement et à la démocratie depuis l’indépendance et plus particulièrement depuis l’année 2007 ;

A tous ceux qui ont œuvré sincèrement pour réaliser le changement démocratique pacifique ;

A tous ceux qui m’ont aidé avec dévouement et quinze mois durant, à réaliser les rêves des mauritaniens de bâtir l’état de droit, l’état moral où chaque mauritanien bénéficie des bienfaits de l’équité, de la prospérité, des valeurs démocratiques et de l’égalité des chances ;

Au Premier Ministre, Monsieur Yahya Ould Ahmed El Waqf et à ses compagnons, à tous ceux qui ont vécu les affres de la prison pour avoir défendu la vérité et être restés fidèles à leurs principes ;

Au Président de l’Assemblée Nationale, Monsieur Messaoud Ould Boulkheir, dont la position particulièrement honorable par rapport au rejet du coup d’état et au retour à l’ordre constitutionnel, a été à la hauteur de ses responsabilités constitutionnelles ;
Au Président du Conseil Economique et Social, Monsieur Ahmed Ould Sidi Baba, qui s’est tant sacrifié pour le retour à l’ordre constitutionnel ;

Aux membres du gouvernement légitime et aux parlementaires qui ont tant lutté pour la défense des intérêts supérieurs de la nation ;

Aux élus, aux partis politiques, aux centrales syndicales, aux organisations de la société civile, à nos cadres et à nos intellectuels à l’extérieur pour le rôle éminent qu’ils jouent pour la défense de la démocratie et de la légalité dans notre pays ;

A tous les militants sincères qui ont assumé sacrifice après sacrifice pour préserver notre expérience démocratique et pour que la Mauritanie recouvre sa stabilité politique, sa légalité constitutionnelle et poursuive sa marche vers le développement ;

A tous, j’adresse mes remerciements et leur dis que leurs efforts ne seront jamais déployés en pure perte et que, si Dieu le veut, aucune goutte de leur sueur versée au service de la Patrie n’aura coulé en vain.

A tous les pôles de la scène politique qui ont exercé leur droit légitime à la diversité des opinions, mais qui, prenant conscience de leur devoir, ont assumé leur responsabilité et se sont consensuellement retrouvés pour préserver le pays du danger imminent qui le guettait, j’adresse également des félicitations amplement méritées.

J’en appelle à tous afin qu’ils contribuent dans la sincérité à préserver l’accord auquel ils sont parvenus. Je les invite à aller de l’avant pour bâtir une Mauritanie véritablement nouvelle, une Mauritanie d’où sont bannies l’exclusion et la marginalisation ; une Mauritanie édifiée sur les bases du sacrifice, de l’abnégation, du travail productif, de la compréhension et du respect de l’autre, loin de toute inimité et de tout déchirement, loin de toute usurpation ou spoliation, loin des insultes et des injures.

A tous mes concitoyens, vous, hommes et femmes, qui êtes la richesse de ce pays, vous, personnes âgées, qui êtes le conservatoire de notre sagesse, vous, jeunes et enfants qui incarnez l’espoir et serez en charge de l’avenir de notre Nation, je voudrais dire ceci : Dieu m’en est témoin, j’ai assumé avec foi la responsabilité de votre destin et essayé, autant que j’ai pu, de me mettre à votre service. Mon espoir le plus cher aujourd’hui est que se réalisent pour vous, comme pour les générations futures de Mauritanie, les grandes ambitions qui nous avaient réunis hier et pour la réalisation desquelles vous m’aviez confié la charge de diriger le pays.

A ceux qui m’ont fait grief de ne pas leur avoir servi au bout d’une seule année, les fruits d’un travail de cinq ans, je dirai : pour ma part, je ne vous ferai pas grief de votre impatience, mais je vous demande d’accorder à ceux que vous choisirez à l’avenir pour diriger le pays, le temps de travail qui leur est imparti par la Constitution et par les électeurs. Ne faites pas perdre à votre pays davantage d’opportunités pour la construction et l’investissement.

A ceux que les circonstances exceptionnelles vécues par le pays ont amené à porter atteinte à ma personne ou, à cause de ma personne, à d’autres autour de moi et ont fait de moi, de ceux qui sont avec moi ou autour de moi la cible d’accusations dénuées de toute preuve et de tout fondement, nous imputant jusqu’à l’excès des faits dont nous sommes totalement innocents, à ceux-là je m’adresse en reprenant les paroles du prophète Youssouf (PSL) : « Aucun reproche ne vous sera fait aujourd’hui. Qu’Allah vous pardonne. Il est le plus Clément des cléments ». (s. 12, v. 92).

Croyez-le, je partirai comme je suis venu, le cœur pur de toute haine vis-à-vis de qui que ce soit et en souhaitant tout le bien possible pour chacun.

Quant aux amis de la Mauritanie et à nos partenaires au développement, je voudrais leur dire à tous : merci pour avoir un jour unanimement appuyé la jeune expérience démocratique mauritanienne dont vous avez été les témoins en 2007 ; merci pour vous être un jour unanimement mobilisés pour défendre la démocratie et la légalité constitutionnelle ; merci pour avoir un jour contribué avec tous les acteurs de la vie politique nationale à la mise au point d’une solution consensuelle et conforme à la Constitution propre à sortir pacifiquement le pays de la crise ; merci enfin pour l’appui que vous avez apporté par le passé à la Mauritanie, la Mauritanie qui a besoin aujourd’hui d’un surcroit d’aide pour conforter sa démocratie et assurer sa stabilité et son développement.

Citoyens, Citoyennes,

Merci encore une fois pour m’avoir manifesté votre confiance et pour m’avoir accordé l’insigne honneur d’être le premier Président mauritanien à accéder au pouvoir de l’extérieur de ce pouvoir à l’issue d’élections pluralistes transparentes.

Merci à vous pour m’avoir accordé à moi-même comme au pays votre soutien pendant cette période difficile.

Faciliter le retour de la Mauritanie sur le chemin de la démocratie, du développement et de la cohésion sociale en étant le premier président mauritanien qui accepte de quitter volontairement sa fonction en échange de garanties relevant de l’intérêt du pays, tel est le seul moyen dont je puis aujourd’hui disposer pour vous exprimer ma gratitude.

Fondé en effet à me retrancher derrière mon bon droit et à vouloir m’acquitter des devoirs de la charge dont vous m’avez investi, armé pour cela d’une légalité constitutionnelle indéniable, doté, grâce à Dieu, d’une grande capacité de résistance devant l’épreuve, soutenu par un grand nombre de citoyens attachés aux valeurs de la démocratie et disposés à tous les sacrifices pour la défendre, j’ai choisi malgré tout cela de prémunir mon pays et mes concitoyens contre les dangers cumulés de l’embargo économique, des déchirements politiques et des explosions sociales. Plus que tout cela, je formule le vœu ardent que, par ma disposition à quitter le pouvoir contre des garanties relatives à l’avenir du pays, j’aurais contribué, par l’acte et non par le verbe seulement, à instaurer la concertation comme usage incontournable pour résoudre les problèmes de la Mauritanie ; à convaincre chacun que la conquête du pouvoir ne doit jamais prévaloir sur l’intérêt supérieur du pays ; à persuader tout chef d’Etat futur d’accepter le moment venu de quitter sa fonction, dans le respect de la Constitution afin de barrer la route à toute velléité vindicative de prise de pouvoir par la force des armes ; à donner à tout chef d’Etat élu dans le futur l’occasion d’exercer sa fonction en conformité avec la Constitution de manière à assurer au pays la stabilité nécessaire au développement ; à faire prévaloir l’esprit de sacrifice et le dévouement au pays sur toute autre considération.

Puissent ceux qui ont glorifié l’expérience démocratique mauritanienne, l’ont érigée en modèle à suivre et qui, par la suite ont déchanté à cause du séisme qui a réduit à néant cette expérience, puissent ceux-là, en rémission de ce qui s’est produit, nous permettre de nous présenter à nouveau comme modèle par notre attachement au dialogue et à la concorde tout comme par notre acceptation de placer l’intérêt supérieur du pays au dessus de toute prise en compte étroite de l’intérêt d’une personne ou d’un groupe.

Notre confiance est grande dans les capacités de notre société à absorber les chocs et à surmonter les obstacles et les épreuves ; les premiers pionniers qui ont jeté les bases de l’édification du pays constituent pour nous à cet égard le meilleur des exemples à suivre et une source réelle d’inspiration.

Sur ce, citoyens citoyennes, et suite à la réalisation des conditions préalables que j’ai posées en considération de l’intérêt de la Mauritanie dans le futur, je déclare renoncer volontairement à ma fonction de Président de la République.

J’invite le peuple mauritanien, ses institutions constitutionnelles, son armée nationale et ses forces de sécurité, ses hommes politiques, ses intellectuels, ses communautés et sa société civile à s’unir en vue de redonner espoir à la Mauritanie à travers des élections transparentes, propres à faire de notre pays un havre de sécurité, de quiétude et d’aisance et un creuset de synergie des efforts de ses fils autour de l’intérêt supérieur de la Nation.

Pour ma part, je continuerai à être un citoyen dévoué à son pays, disposé à apporter ma modeste contribution à toute action visant à consolider le socle de nos acquis démocratiques, à renforcer l’unité nationale et la cohésion sociale entre l’ensemble de nos communautés et à offrir à la Mauritanie des perspectives nouvelles de développement et de stabilité.

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