A propos de L’accord de Dakar / Isselmou O. Abdel Kader

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24-06-2009
L’accord de Dakar obtenu grâce à la sagesse du peuple mauritanien, à la clairvoyance du Président Abdoulaye Wade et au sens des responsabilités des organisations régionales et internationales, a suscité un immense espoir et même un sentiment de fierté au sein de la société mauritanienne.

Son application devait logiquement soulever quelques divergences car aucun autre avant lui, surtout de cette nature, n’a été appliqué sans difficulté. Mais il ne saurait échouer! Son échec ouvrirait la voix à des alternatives autrement plus douloureuses pour tous. Il y va également de la crédibilité et de l’autorité morale de tous les mécanismes de stabilisation des pays, d’arbitrage et de prévention des conflits dans le monde.

Rares ont été les situations qui ont bénéficié de tant d’attention de la part de la communauté internationale, alors que la crise mauritanienne n’est pas plus grave que celles nombreuse qui menacent la paix mondiale depuis près d’un siècle. Nous n’avons donc pas le droit de décevoir tous ceux qui, sacrifiant leur santé et leur temps, nous ont consacré leur génie pour nous aider à sortir de cette crise où les humeurs personnelles sont les principaux obstacles à une solution définitive.

Le statut du Haut Conseil d’Etat issu du putsch du 6 aout 2008 ne devait même pas être évoqué. La dissolution de cette structure d’exception est une conséquence automatique indiscutable du retour à l’ordre constitutionnel consacré par l’accord de Dakar. Elle ne méritait pas de faire l’objet d’une clause écrite ou tacite car, cela va de soi, un gouvernement qui ne dispose pas de la force armée et de sécurité, ne saurait remplir sa mission originelle de protection du Citoyen. Sans une telle compréhension à la base, un tel accord n’aurait ni sens ni portée.

Certains pays amis dont nous apprécions hautement le souci de nous voir hors d’atteinte des visées terroristes et du danger de servir de couloir de passage aux immigrés clandestins vers l’Europe, auraient invoqué des arguments selon lesquels il serait dangereux de supprimer le Haut Conseil d’Etat, comme si un gouvernement civil était incapable de faire face à de telles menaces. Nos amis auraient généreusement oublié que si la menace terroriste ou autre devait justifier un état d’exception permanent, elle imposerait davantage aux plus vieilles démocraties de créer des structures militaires échappant à l’autorité de leur gouvernement. En effet, le danger du terrorisme et de l’immigration clandestine menacent plus l’Espagne, la France et bien d’autres, alors que ces pays n’y ont trouvé aucun motif pour tolérer des institutions extra étatiques. Quelle autre victoire plus importante, le terrorisme pourrait-il remporter s’il arrivait à nous imposer de renoncer à la démocratie et à la liberté?

En examinant les choses de plus près, on s’aperçoit que le terrorisme et l’immigration clandestine sont, depuis une dizaine d’années, une partie intégrante et un instrument de la dynamique de déstabilisation de la Mauritanie. Tous les spécialistes savent que cette dynamique est intimement liée à l’existence de réseaux de trafic de tous genres que seul un gouvernement réellement soumis au contrôle des citoyens, pourrait éliminer à terme. Aucune autre structure instituée en Mauritanie ou ailleurs et échappant à ce contrôle ne saurait garantir aux garde-côtes espagnols et aux douaniers européens le privilège de dormir tranquillement.

L’enjeu du Pouvoir en Mauritanie a dépassé largement l’entendement classique et déformé le prisme traditionnel à travers lequel on observe les petits pays réputés ancrés dans leur primitif système de valeurs. C’est ce que ne savent pas certains milieux qui jouent, sans le savoir, avec le plus mortel des incendies.

Cependant, pour tenir compte à la fois de cet l’impératif sécuritaire fondé ou simple subterfuge et de l’exigence de normalité constitutionnelle, on pourrait transformer l’actuel Haut Conseil d’Etat en Conseil supérieur de Défense et lui conserver sa mission tout en l’intégrant dans la charpente de l’Etat à l’autorité duquel il ne saurait échapper.

Envisager les choses autrement et organiser des élections dans un Etat à deux têtes serait la manière la plus efficace de diviser le pays en deux et d’offrir aux terroristes le meilleur cadeau de leur vie.

Faut-il alors faire appel au général Mohamed Ould Abdel Aziz et aux officiers composant le HCE pour qu’ils fassent recours à leur dernière réserve de sagesse et de compréhension et acceptent de se soumettre à l’autorité de la Constitution afin de permettre à leur peuple de sortir d’une impasse qui n’a que trop duré. Ainsi, ils incarneront encore une fois, les vertus cardinales de notre armée nationale.

Aussi, faut-il se rendre à l’évidence, que des élections organisées dans un délai aussi court et dans un climat tendu, ne pourraient donner à notre peuple, la chance d’acquérir, à travers la lecture des programmes de ses candidats, plus de discernement et de goût pour la démocratie, même si nos partenaires ont le temps de mobiliser les ressources destinées à nous aider.

Isselmou Ould Abdel Kader
Ancien ministre – Spécialiste de La Mauritanie

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