Devant l’ambiguïté de la France face à crise mauritanienne, le Diplomate Bernard Fessard de Foucault écrit au Président Nikolas Sarkozy et aux députés.

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Dans une correspondance adressée au Président de République française, Monsieur Bernard Fessard rappelle le constat suivant : « Il apparaît que pour dénouer les choses, le chef de la junte – candidat à cette élection depuis la première minute de sa prise de pouvoir par la force et pour laquelle il a nommé à tour de bras chaque semaine depuis dix mois des gens à ses ordres – doit consentir à :

1° dissoudre l’appareil politique de la hiérarchie militaire

2° accepter le changement du Premier ministre, faute de quoi il est certain que le président Sidi Ould Cheikh Abdallahi, maintenant compris parfaitement par ses compatriotes et par l’ensemble des personnalités d’opposition au putsch et à l’ « unilatéralisme » du général-candidat, ne signera pas sa démission »

Mr Bernard Fessard rappelle que : « Sans ce dénouement, très vite, le président Sidi Ould Cheikh Abdallahi incarnera alors une légitimité d’autant plus grande que, depuis Janvier, il a déjà consenti à beaucoup. Le général Mohamed Ould Abdel Aziz, élu à la sauvette, sera fragile chez lui, parmi ses collègues de l’armée et s’il ne devait, dans la communauté internationale, n’apparaître que selon la seule reconnaissance de la France, nous engagerait dans un très mauvais cas ».

Mr Bernard Fessard met aussi en exergue la position unilatérale de la France en Europe : « Les différentes entrevues accordées par votre secrétaire général aux putschistes – en d’autres temps, par exemple celui du général de Gaulle, si elles avaient été le fait d’un autre Etat-membre ou de la Commission, nonobstant les décisions prises par l’Union européenne – auraient donné lieu à une condamnation sévère d’un tel « cavalier seul ».

Mr Bernard Fessard ajoute : « La relation privilégiée qui a été nouée entre la France et le putschiste, trouverait, s’il est possible, quelque raison avouable. Les rencontres et éphémérides de ces derniers mois montrent qu’un tel dénouement peut être imposé par nous à la junte, et que la communauté internationale – à commencer par les intermédiaires sénégalais à qui nous devons beaucoup – nous en sera reconnaissante ».

Pour Mr Bernard Fessard une clarté dans la position Française redonnerait une bonne image à la France : « Cette clarté nouvelle, rachetant aisément ce qu’il a pu y avoir de trouble ou contradictoire dans nos positions depuis dix mois envers la Mauritanie, facilitera les explications du Quai d’Orsay et nous rendra une bonne apparence à Bruxelles. A défaut, nous porterions la responsabilité d’un gâchis public ».

Voici les textes des deux courriers envoyés par Monsieur Fessard de Foucault:

Bertrand Fessard de Foucault
Reniac – 56450 Surzur . tél. 06 80 72 34 99 & courriel b.fdef@wanadoo.fr

Le matin du mercredi 10 Juin 2009

sujet : vous et la France pour l’Europe

Monsieur le Président de la République,

aucune des deux propagandes sur l’exemplarité de notre présidence semestrielle de l’Union européenne, l’an dernier, avec la coincidence d’une prise de conscience de « la » crise, et sur la victoire de la majorité présidentielle, dimanche dernier, ne me convainc. En très gros, je dirais que l’affaire géorgienne, sans doute d’initiative américaine, a abouti à la reconnaissance des sécessions-réannexions de provinces au profit de la Russie et que vous n’avez pu pour diverses raisons faire adopter à Vingt-Sept des dynamiques communes pour des plans européens tant macro-économiques que de politique industrielle. Et dimanche, si l’on additionne les abstentions (je crois à l’interprétation syndicale qui a dû vous être développée lundi après-midi) et le score de toutes les autres listes que l’U.M.P., on doit aboutir à 90% des Français hostile au cours des choses en France.

Je viens donc à l’essentiel qu’est l’avenir. Vous « brillerez » facilement avec la reconduction de Barroso, le plus pâle et le moins contagieux de tous les présidents qu’ait eus la Commission et donc l’exécutif européen depuis les traiéts d’origine. Cela me paraît peu. Votre réélection en 2012 reconduira ce cours des choses que n’aiment pas les Français, mais vous aurez cette réélection, si paradoxal que ce soit, et ce sera un vote positif pas du tout par manque d’adversaires de qualité : on les connaît déjà. D S K avec une relation ambiguë vis-à-vis de vous qui le perdra moins que l’absence d’un discours personnel et vrai sur « la » crise. Ségolène Royal et François Bayrou, quoi qu’il arrive. L’imprévisible n’est pas votre réélection si le scrutin est à terme régulier, il se situe avant – votre santé ou le social qui dérape. Vous le savez.

Alors tout simplement, puisque personne ne le fait et quoique je vous l’ai proposé dès votre prise de fonctions – message que je vous redonne et qui en Mai 2007 vous ait adressé aux bons soins de Claude Guéant – ce qui peut re-fonder le mouvement européen. Et qui correspond à votre manière d’en appeler – en Europe – aux opinions publiques, sinon aux peuples, par-dessus les gouvernants. Et pourrait être pour vous une carrière plus inédite encore que ce que vous vivez et nous faites vivre actuellement.

Proposer et donc prendre date – selon le bilan désastreux du fonctionnement des institutions exécutives européennes (le Parlement et la Cour de justice sont bien et fonctionnent, eux seuls font avancer la conscience européenne, et une certaine intégration mentale).

Un président de l’Europe élu au suffrage universel direct par l’ensemble des citoyens européens.

A ce président, l’initiative du referendum européen (même question, même jour, dans tous les Etats-membres) dans les domaines prévus par les traités ou l’éventuelle Constitution qui tôt ou tard les rassemblera et périmera. Initiative éventuellement donnée aussi à un quorum de citoyens comme chez nous depuis la révision constitutionnelle de l’été dernier.

Vous aurez le chorus des gouvernements contre cela et donc contre vous, surtout si vous les surprenez et il le faut, car une proposition de table ne marquera pas. Mais ce sera – aussi marqant, aussi innovant pour une toute nouvelle période – que la proposition Schuman-Monnet, même si c’est bête comme chou et aveuglant d’évidence. Vous aurez pris date. Une dynamique anticipant même l’effet de ces deux mûes institutionnelle, commencera. Bidault, ou plutôt le directeur de son cabinet, avait refusé le papier que Monnet lui mettait dans la poche, c’eût été le plan Bidault pour toujours. J’ai proposé cela à Bayrou dès Février 2007. Si encore maintenant, au lieu des petites culottes de Cohn-Bendit, il avait dit cela, il aurait paru encore plus européen qu’antisarkozyste.

Je souhaite de tout cœur, pour l’Europe et pour la France que vous preniez date et que vous énonciez très vite cette proposition, éventuellement avant le début des travaux parlementaires européens. Et pourquoi pas un discours-fresque sur la crise, l’Europe, l’avenir que vous donneriez devant le Congrès du Parlement à Versailles, puisque vous avez voulu que cette prérogative, celle de nos rois et empereurs, soit donnée au président de notre République.

Veuillez agréer l’hommage de mes sentiments très respectueux, attentifs et l’expression de toute mon espérance.

à Monsieur Nicolas SARKOZY, Président de la République
aux bons soins de Monsieur Christian FREMONT, Préfet – directeur de son cabinet

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Bertrand Fessard de Foucault
Reniac – 56450 Surzur . tél. 06 80 72 34 99 & courriel b.fdef@wanadoo.fr

Reniac, le vendredi 19 Juin 2009

sujet : la Mauritanie après l’accord dit de Dakar

Monsieur le Président de la République,

depuis le 2 Mai dernier, je me suis permis de vous entretenir de ce pays dont les affaires ne me sont plus étrangères depuis que j’y ai accompli notre service national en 1965, rencontrant notamment son président-fondateur, Moktar Ould Daddah.

Mes lettres des 23 et 26 Mai, puis du 4 Juin ont porté sur des solutions à la crise ouverte par un putsch que vous avez été des premiers à condamner. Ces solutions tiennent beaucoup à l’abnégation du président légitimement élu, Sidi Ould Cheikh Abdallahi, que vous avez d’ailleurs reçu à l’Elysée, il y a dix-huit mois, et avec qui vous aviez convenu d’une assistance à la mise en ordre de l’organigramme militaire.

L’accord dit de Dakar doit beaucoup à votre pression, puisqu’il est notoire pour les Mauritaniens que Claude Guéant a prié le général Mohamed Ould Abdel Aziz de le signer. La suite aussi puisque ce dernier a pu (la semaine dernière) s’entretenir, à Paris, avec votre secrétaire général, qui avait reçu, grâce à M° Robert Bourgi – que je connais depuis cet automne et dont j’apprécie la franchise et la cordialité – le numéro deux de la junte, le général El Ghazouani, cela au moins à quatre reprises.

C’est dire que jamais depuis l’indépendance de ce pays, la France n’a été davantage impliquée dans la recherche d’une solution.

L’impasse tient actuellement au refus du général Mohamed Ould Abdel Aziz de procéder à la dissolution de son Haut Conseil d’Etat, en parallèle à la démission « volontaire » du président Sidi Ould Cheikh Abdallahi. Le putschiste a d’ailleurs, en sus, prétendu maintenir le Premier ministre qu’il avait nommé en même temps qu’il emprisonnait l’été dernier celui qu’avaient investi le président de la République, élu sans contestation interne ni internationale, le 25 Mars 2007, et le Parlement, pourtant déjà sous influence des militaires. Ces atermoiements rendent déjà intenable la date du 18 Juillet prévue par l’accord de Dakar pour le premier tour de l’élection présidentielle, puisque c’est un gouvernement d’union nationale et de consensus, à l’instar de celui qui a fait signer le texte de Dakar, qui doit organiser cette élection de bout en bout, depuis la révision des listes électorales jusqu’au mode de proclamation des résulatts. Il apparaît aussi que le contrôle européen – notamment – de ce scrutin, dont le financement a été pourtant mis en place, ne pourra être effectif, en si peu de temps : quinze jours de perdu dans un délai déjà très court. Enfin, il est fait bon marché de ce qui fonde la démocratie : la légitimité.

Il apparaît que pour dénouer les choses, le chef de la junte – candidat à cette élection depuis la première minute de sa prise de pouvoir par la force et pour laquelle il a nommé à tour de bras chaque semaine depuis dix mois des gens à ses ordres – doit consentir à

1° dissoudre l’appareil politique de la hiérarchie militaire

2° accepter le changement du Premier ministre,

faute de quoi il est certain que le président Sidi Ould Cheikh Abdallahi, maintenant compris parfaitement par ses compatriotes et par l’ensemble des personnalités d’opposition au putsch et à l’ « unilatéralisme » du général-candidat, ne signera pas sa démission. Votre haut homologue mauritanien est allé très loin jusqu’à hier soir dans des consentements et propositions de rédaction que le président Abdoulaye Wade a bien reçues. Sans ce dénouement, très vite, le président Sidi Ould Cheikh Abdallahi incarnera alors une légitimité d’autant plus grande que, depuis Janvier, il a déjà consenti à beaucoup. Le général Mohamed Ould Abdel Aziz, élu à la sauvette, sera fragile chez lui, parmi ses collègues de l’armée et s’il ne devait, dans la communauté internationale, n’apparaître que selon la seule reconnaissance de la France, nous engagerait dans un très mauvais cas.

Les différentes entrevues accordées par votre secrétaire général aux putschistes – en d’autres temps, par exemple celui du général de Gaulle, si elles avaient été le fait d’un autre Etat-membre ou de la Commission, nonobstant les décisions prises par l’Union européenne – auraient donné lieu à une condamnation sévère d’un tel « cavalier seul ».

A ces deux conditions, je crois qu’il serait noble et prévoyant d’ ajouter une troisième, qui rétablirait la chaîne de la légitimité. Imposer au général Mohamed Ould Abdel Aziz que le président Sidi Ould Cheikh Abdallahi ne remette ses pouvoirs – même si leur exercice est actuellement empêché, mais il ne le sera pas pour la signature reconnaissant la formation du gouvernement d’union nationale – qu’à l’élu du scrutin à venir. D’un élu à l’autre. Si ce devait être le général Mohamed Ould Abdel Aziz, cela scellerait certainement la véracité du scrutin. La relation privilégiée qui a été nouée entre la France et le putschiste, trouverait, s’il est possible, quelque raison avouable.

Les rencontres et éphémérides de ces derniers mois montrent qu’un tel dénouement peut être imposé par nous à la junte, et que la communauté internationale – à commencer par les intermédiaires sénégalais à qui nous devons beaucoup – nous en sera reconnaissante.

Cette clarté nouvelle, rachetant aisément ce qu’il a pu y avoir de trouble ou contradictoire dans nos positions depuis dix mois envers la Mauritanie, facilitera les explications du Quai d’Orsay et nous rendra une bonne apparence à Bruxelles. A défaut, nous porterions la responsabilité d’un gâchis public. Des personnalités d’exception comme le président Sidi Ould Cheikh Abdallahi, épuré et émancipé par l’épreuve, comme Messaoud Ould Boulkheir, champion d’une cause sociale décisive en Afrique subsaharienne et courageux président de l’Assemblée nationale par sa contestation ab initio du coup militaire, comme Ahmed Ould Daddah que nous avons toutes raisons d’estimer, sont en ce moment méprisées par certains de leurs compatriotes militaires, avec notre aveu, ce qui est un comble – ce qui devait former la paix civile tourne à des « déballages » et à des anti-portraits insensés. Nous avons formé les uns et les autres, intellectuellement et à des idéaux que sans nous ils auraient formulés et pratiqués autrement : quelle pratique en soutenons-nous ? Dans cet exercice, nous avons aussi entraîné le président de la République du Sénégal, M° Abdoulaye Wade.

Nous ne pouvons donc laisser se parjurer tant de parties prenantes en tolérant, et en imposant que soient tolérés, le cynisme et l’entêtement d’un putschiste qui, au demeurant, n’avait pas fait la meilleure impression à nos trois hauts fonctionnaires, dont un de vos collaborateurs directs, quand ceux-ci ont fait la revue des protagonistes en se rendant en Mauritanie le 29 Novembre dernier. Vous le savez.

L’impasse est telle qu’il est envisagé de nouvelles réunions du Conseil de Paix et de Sécurité de l’Union africaine et même un « Dakar 2 ». Il serait plus économique à tous égards que tout cela se règle directement avec l’auteur premier de la crise : le général Mohamed Ould Abdel Aziz. Vous en avez les moyens, et aux yeux du putschiste, vous en avez le prestige et la force morale.

for-mauritania

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