Transcription du Document Audio publié par Taqadoumy: Partie II (fin)

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For-Mauritania entreprend de transcrire en français et de publier l’enregistrement audio que le site Taqadoumy a diffusé, il y a deux jours. Cet enregistrement met en scène deux membres du « Haut Conseil de l’Etat », Mohamed Ould Meguett et Mohamed Ould El Hady, tous deux Colonels au moment des faits et tous deux promus généraux. Ils viennent annoncer au Président de la République, maintenu depuis plus de trois mois en isolement presque total au Palais des Congrès, son transfèrement à Lemden, son village natal, situé à 250 Km au sud de Nouakchott. On y découvre deux hauts gradés de l’Armée mauritanienne actuelle. Sans doute mal éduqués et peu instruits, ils n’ont pour eux que l’imposture et l’usurpation de titre de « gouvernants du pays».

En face, un Président de la République dont la vigueur n’a pas été ramollie malgré le régime de confinement et la torture continuelle qu’il a eu à connaître, notamment à « Radio et Télévision de Mauritanie ». Trois mois d’isolement avec comme seule source d’information les journaux télévisés relatant l’activité du Président du HCE ou quelques sketchs de mauvais goût le dénigrant. Trois mois pendant lesquels, en plus de l’avoir livré à la vindicte populaire, la Junte a essayé de l’atteindre en malmenant sa famille, son épouse, son fils. Un Président armé de la force de sa personnalité, de la légitimité de son mandat et de la solidité de son bon droit.

La destination de cet enregistrement, selon toute vraisemblance, visait à nuire au Président. Des fois qu’il décide de renoncer à « faire de la politique » ! Les Colonel en ont eu pour leur grade.

On se rappelle les déclarations du Général : « si c’est Sidi qui les intéresse, on peut leur livrer son cadavre dans une rue de Nouakchott»… ou bien « Je crois que Sidi n’aura plus envie de faire de la politique »

On se rappelle aussi les déclarations du très pressé ex-Ministre de la communication de la Junte, Monsieur Ould Moïne, qui affirmait que le Président avait pris des engagements, avant d’être transféré, d’abandonner la Politique.

On se rappelle tout cela et on constate ce qu’il en est, quatre mois plus tard. Le Président, depuis Lemden, défend un plan de sortie de crise qui tourne autour de la mise en échec du Coup d’Etat. Pas un seul pays n’a reconnu le pouvoir de la Junte dont les membres et les soutiens sont des parias de par le vaste monde. Nul besoin de galons dorés bien mal acquis. Juste de la légitimité et, peut être, une certaine hauteur d’esprit.

Voici la transcription de la deuxième et dernière partie de cet enregistrement:

Pr: Président de la République

MOM: Mohamed Ould Meguett

MOEH: Mohamed Ould El Hady

Pr : C’est clair.

MOM (poursuivant son cours de morale politique en direction du Président) : Vous devrez garder à l’esprit l’intérêt de la Mauritanie et sa stabilité. Cela pourrait même valoir le sacrifice de vos prérogatives. Les Mauritaniens apprécieront votre geste. Si vous collaborez avec nous, nous vous mettrons à la place qui conviendrait à votre rang et les Mauritaniens sauront le comprendre, là aussi. Nous nous chargerons des media, de la presse en général. Nous nous arrangerons avec eux. Nous nous arrangerons aussi avec ceux de l’extérieur. Les propositions que nous vous faisons là ont été mûrement réfléchies. On aurait pu les faire avant, mais cela n’a pas été possible. Si vous choisissez l’option inverse, cela sera plus compliqué…

Pr (en riant) : Tout cela aurait pu être évité à la Mauritanie et aux Mauritaniens si vous m’aviez laissé à ma place…

MOEH (s’éclaircissant la voix et tentant de se faire philosophe) : « Place ». Il est bien connu qu’il y a « place » et « place ». Il y a des « places » symboliques et chargées de sens et des « places » formelles et futiles. Tu vois? On est à la « place » où on choisit de se mettre. Ce qui est arrivé est arrivé. C’est la volonté d’Allah. Chacun en a sa lecture. Tu comprends ? Ce qui est arrivé est arrivé ! Quand une chose arrive, il convient de la traiter avec sagesse et mesure. On ne doit surtout pas écouter les irresponsables et les aventuriers. Mais quand arrive le moment de trancher, il convient de ne pas hésiter et de trancher net. Un exemple. Quand il me prend de décider que je suis le « ciel » alors que je ne le suis pas, les gens n’admettront pas que je me prenne pour le ciel rien que parce que je l’ai décidé… Mais si j’accepte d’être un ancien président… En réalité, le Groupe (Haut Conseil de l’Etat (HCE), Junte) est votre groupe. Ce sont les vôtres. Ceux qui prétendent être les vôtres, actuellement, ne le sont pas en réalité. Voilà. C’est ce que je voulais dire. Dans tout ça, ce qui est officiel, engageant pour nous et pour vous, le message du HCE et de son président (Aziz) est que… si Sidi, si le Président Sidi, pendant les quelques jours qu’il passera à Lemden, quand il aura vu les siens, que les siens l’auront vu… tout cela doit être pris avec responsabilité. S’il veut que nous nous acquittions de notre responsabilité, de ce qui nous incombe, nous sommes prêts à le faire, comme il sait que nous sommes capables de le faire…

S’il (Sidi) choisit la confrontation et l’escalade, s’il écoute les irresponsables et aventuriers, cela ne sera pas toléré ni accepté, d’aucune façon. C’est mon point de vue. Il ne s’agit pas de duperie, ni d’une partie de cache-cache. (MOM essaye d’en placer une… pas moyen !). Si vous optez pour le premier choix, nous nous mettrons au travail immédiatement, sans perdre de temps. Si vous choisissez la deuxième option, nous ne nous laisserons pas faire, nous ne vous laisserons pas faire. Nous n’accepterons pas.

En définitive, c’est vous qui voyez. Vous avez le choix et c’est tout. Tu as compris ? Et puis vous savez, mieux que nous, ce qui est bon pour la Mauritanie.

(MOEH a fait taire tout le monde et se sent décidément très inspiré…)

Il nous importe peu ce que dira la rumeur. Les Chinois peuvent se mettre à un milliard et dire ce qu’ils voudront. Nous vous traiterons de la façon que je viens de vous expliquer. Tu comprends ? Autrement c’est un autre choix que nous ne partageons pas.

MOM : (incompréhensible…)

MOEH (en riant et en se rendant compte qu’il avait parlé trop longtemps) : nous vous avons donné notre point de vue, même si vous ne nous l’avez pas demandé…

Pr : Je crois que j’ai compris ! Pendant les jours que je passerai à Lemden, vos limiers à vous me surveilleront et sauront tout ce que je ferai et dirai et bien sûr vous en rendront compte. Pourquoi, d’ailleurs, ne viendraient ils pas se joindre à nous ? Nous les inviterons (en riant).

MOEH : Pour être franc, il ne s’agit pas de duperie ni de manœuvre. Ce ne serait pas digne d’un Etat ni de ses responsables. Ce n’est pas la lecture que nous nous faisons. Quelqu’un d’autre peut en avoir une autre lecture, c’est son droit. Nous sommes devant une situation qu’on essaye de résoudre…

Pr : Quand vous me dites qu’on peut faire une autre lecture de ce que vous dites, je ne comprends pas… Vous m’avez dit quelque chose. J’ai bien compris…

MOEH (qui commence à s’énerver) : Non ! Vous faites une caricature. « Que nous allons vous envoyer nos limiers… » Ce n’est pas çà !

Pr : C’est votre travail. Je ne m’attends pas à moins venant de vous, d’ailleurs. Il faut bien que vous soyez informés de ce qui ce passe là-bas et de ce qui se passe partout. Cela n’a rien d’extraordinaire (un téléphone qui sonne…). Le problème est très simple. Vous procédez, vous aussi, par caricature. Et cette caricature moi je ne l’accepte pas. Vous dites que j’ai le choix entre deux alternatives. La première alternative consiste à montrer, tout de suite, même si je ne dois pas le dire, que je suis un ancien président, que c’est terminé et que je dois dire que tout va bien et que tout marche comme il le faut. Ou alors, dans l’autre alternative, je risque de me laisser entraîner par des aventuriers, des inconscients et des irresponsables. Je ne suis pas sûr que ce soit en ces termes que le problème se pose à moi. Le problème est que moi j’ai une position, j’ai un point de vue (le téléphone continue à sonner…), j’ai une attitude. Je peux considérer que ce qui a été fait, de mon point de vue, n’est pas légitime. La façon dont je dirai cela, dont je procéderai, c’est mon affaire (le téléphone continue à sonner…). Le fait de présenter, tout de suite les choses, comme étant un choix entre deux voies…

MOEH (qui coupe le Président et, en même temps, le téléphone…) : Nous sommes tous devant des choix. Moi, vous, nous, le HCE… Allah, Lui-même, met tout le monde devant des choix (rires étouffés du Président…qui doit se demander ce qu’il a bien dû commettre pour mériter que quelqu’un comme Ould El Hadi vienne lui faire ce genre de leçon…) . Vous savez, sûrement, tout cela.

MOM (qui profite de l’accalmie octroyée par MOEH pour démarrer sur les chapeaux de roues) : Vous devez faire partie de la solution. Vous pourrez, si vous le voulez, vous défendre…(incompréhensible..). Mais pas de confrontation, pas d’escalade.

MOEH : Tout sauf l’escalade.

MOM : Il ne faut amener le pays à subir des contraintes. L’autre choix serait d’aller vers les extrémistes. Il faut trouver une solution de sortie honorable. Le climat politique est très bon. Il n’y aucune manifestation contre ce qui s’est produit. Il y a un groupe de politiciens, que nous connaissons tous, mieux que vous. Ce que nous attendons de vous c’est de couper au plus court…De faire quelque chose pour vous-même, pour la Mauritanie. C’est ce qui vous irait le mieux…

Nous ne sommes pas opposés à ce que vous soyez libre dès les premiers jours. Mais il faut savoir que vous n’êtes pas le premier à avoir subi un coup d’Etat. Il y a eu Moktar Ould Daddah, Haidalla, Moawya. Tout ce monde.

Pr (ironique) : Mais là ce n’était pas un coup d’Etat n’est-ce pas ?…C’était une « rectification ». (MOM est visiblement déstabilisé. MOEH essaye de lui prêter main forte…)

MOEH : Il y a un problème d’interprétation…

MOM (essaye de récupérer): Pour nous il y une interprétation. Cette rectification…L’une des institutions était bloquée (MOM retrouve le fil conducteur de petit argumentaire du petit putschiste-rectificateur). Qui ne tourne pas. Qui n’a pas tourné suivant les règles de la Constitution. Alors qu’elle doit tourner. Maintenant, il y a eu ce qui s’est passé. Je ne veux en discuter la responsabilité. Ce serait trop long.

MOEH : Nous…

MOM (demandant l’autorisation de continuer) : Excuse- moi, Colonel.

Pr (ayant pitié de MOM) : Jamais je ne me permettrais de couper une conversation alors que l’interlocuteur n’a pas terminé…

MOEH : Euh… Ah bon. Merci…de…

MOM (revigoré par l’intervention du Président) : Mon avis est qu’on peut choisir de s’entêter. Mais on peut aussi choisir de faire des sacrifices. Sacrifier son poste, par exemple. Enfin, on n’est pas venu pour ça, Monsieur le Président. On est venu pour vous communiquer une décision. Mais on s’est permis de discuter. Vous n’êtes sûrement pas au courant de tout. Vous ne savez, certainement pas, ce qui se passe sur la scène politique. Pour nous vous êtes un élément important. Il y a eu un événement. C’est un fait. Ils (les aventuriers, irresponsables c’est-à-dire UFP et Tawassoul) voudront sûrement vous exploiter.

(partie du discours très confuse et peu audible. On en retient les deux choix, la démocratie, la justice…Une allusion faite à la justice fait réagir le Président).

Pr : J’espère que l’allusion faite à la justice n’est pas une sorte de menace?

MOM : Non. Je voulais juste dire que des gens peuvent être accusés, peuvent se défendre, faire appel, tout cela fait partie de la justice…

Les coups d’Etat peuvent se produire sans que cela n’empêche la considération, le respect…

Pr : Je suis un habitué (sans doute que le Président faisait allusion au coup d’Etat contre le Président Moktar Ould Daddah, dont il fut ministre).

MOM : Apparemment vous regrettez qu’on vous ait traité avec autant de considération et que vous ayez eu tout le confort…

MOEH : (intervention inaudible mais qui a trait au confort et à l’inconfort…)

Pr : Je suis né sous une tente. Je marchais pieds nus, vêtu d’un petit boubou quand j’en avais un. Je n’ai jamais été un enfant gâté et je peux supporter et vivre là où n’importe lequel des Mauritaniens peut vivre.

MOM : Ce n’est pas là où je voulais en venir.

MOEH (qui renonce à une intervention) : continuez…

Pr : Je réponds à votre question. Vous me demandiez pourquoi je suis gêné par le confort et les avantages…

MOEH (qui coupe le Président) : Etre dans de bonnes conditions c’est différent que d’être dans des mauvaises. Je ne suis pas d’accord avec vous.

Pr (passablement énervé) : Sur quoi n’êtes-vous pas d’accord avec moi ? Qu’est -ce que j’ai dit sur lequel vous n’êtes pas d’accord ?

MOEH : Laissez-moi vous le dire sauf si vous voulez parler à ma place ! Allez-y !

Pr (en colère) : Je ne peux pas continuer à dialoguer avec vous. Je m’en excuse !

MOEH : Pourquoi ?

Pr : J’ai simplement dit que j’ai vécu dans des lieux…(coupé par MOEH).

MOEH : Mohamed (MOM) a dit que le Président, Mohamed Ould Abdel Aziz, avait pris toutes les dispositions pour vous placer dans des conditions confortables par rapport à celles que connurent les anciens présidents (le Président essaye d’intervenir). Attends ! Vous, vous répondez : « j’ai déjà vécu cette situation ».

Pr : Non, ce n’est pas ce que j’ai dit. Quand il a dit cela, il a précisé que les gens (les présidents renversés) sont, habituellement, envoyés dans des lieux inhospitaliers.

MOM (qui essaye de calmer le jeu) : la réponse est juste. C’est vrai.

Pr : Cela ne veut pas dire que je ne réagis pas positivement à ce qu’on a fait pour moi. Nous n’en étions plus à cette réponse là. C’est pour cela que je ne peux plus continuer à dialoguer avec vous, parce qu’il y a un décalage. Vous me faites dire ce que je n’ai pas dit.

MOEH : Nous ne sommes pas venus ici pour faire dire aux gens ce qu’ils ne veulent pas dire. Nous ne faisons pas dire aux gens ce qu’ils n’ont pas dit.

Pr : Je ne parle de vous tous mais de vous, plus particulièrement. Il m’a semblé que vous voudriez me faire dire que je n’apprécie pas d’avoir été mis dans de bonnes conditions matérielles de détention.

MOEH : Je note que ce n’est pas ce que vous avez dit et clos la parenthèse.

MOM : Ce que je voulais dire c’est que ces conditions de confort de détention dénotent une certaine estime et une certaine considération de la part du président (Aziz)…

Pr : Je le connais très bien. J’ai pour lui de l’affection.

MOEH : D’ailleurs tu le connais mieux que nous tous.

Pr : Je le connais bien et il est pour moi comme un fils ou un jeune frère. J’ai pour lui de l’amour filial.

MOM : Dieu vous le rendra.

Pr : Mais on est en train de parler de toute autre chose. On est en train de parler d’un coup d’Etat, d’un Président renversé. J’ai compris ce que vous m’avez dit Vous m’avez dit : tu vas à Lemden. A Lemden tu seras libre. Nous observerons ton comportement et ta manière d’agir. Si tu choisis d’approuver ce qui a été fait, en prenant ton temps et suivant ta cadence, tout ira pour le mieux. Si tu choisis l’autre voie, nous, nous allons défendre notre système, le Pays et nous n’accepterons pas que vous ou quelqu’un d’autre se mette au travers de notre chemin. Est-ce clair ?

MOEH+MOM : Non, Monsieur le Président, ce n’est pas ce que j’ai dit ni voulu dire. C’est votre compréhension des choses. Nous allons nous expliquer.

MOM : La décision est déjà prise ! Nous vous l’avons communiquée et nous avons fait des commentaires pour le bien de la Mauritanie, pour le vôtre et pour le nôtre à tous. Nous avons dit que vous pourrez dire ce que vous voulez. Mais nous préférons que ce soit dans le sens de l’intérêt du pays. Personne ne doit penser que des gens autres que les Mauritaniens pourraient résoudre les problèmes de la Mauritanie. Vous avez une lourde responsabilité à plusieurs titres : vous êtes un Président, ancien président, vous êtes âgé, vous venez d’un milieu qui vous en impose. Nous devrons tous faire des sacrifices, les cadres civils et les Militaires. Nous saurons être reconnaissants quand cela se produira, nous le récompenserons. Ce que je vous dis là, je ne le dis pas en tant qu’officier mais par égard à la relation particulière qui nous lie. Il serait bien que vous fassiez vôtre l’intérêt de la Mauritanie. Quand vous en serez convaincu, vous pourrez faire une déclaration dans la presse. Vous ne regretterez pas ce geste et vous en serez récompensé. Nous ne l’oublierons pas et nous saurons le juger à sa juste valeur. Nous vous traiterons en conséquence, comme quelqu’un qui aura rendu un grand service au pays.

Les « autres » sont ceux que vous connaissez. C’est le groupe que vous connaissez bien. Nous pouvons les « disséquer d’une manière très polie» (en français). C’est le groupe des islamistes que vous connaissez.

Nous ne pouvons vous traiter comme on les traite. Vous, vous avez un statut, une expérience, un certaine position en Mauritanie. Pèsent sur vous des responsabilités qui ne pèsent ni sur Ould Maouloud ni sur Jemil Ould Mansour. Nous avons voulu vous dire tout cela, pas dans le but de vous contraindre. Notre décision est déjà prise. Si nous avions voulu vous contraindre, nous l’aurions fait avant de prendre notre décision.

Maintenant, nous sommes dans cette situation. Il se peut que vous ne puissiez pas y changer grand-chose. On est avec des gens qui voudront défigurer la situation, la déformer. Dans un premier temps… Dans une semaine, vous pourrez faire ce que vous voudrez. Parlez. Défendez-vous si vous voulez. Personne ne vous le reprochera. Mais gardez en tête l’intérêt et la stabilité de la Mauritanie. Ce que nous disons là sera considéré comme étant une grande contribution à la stabilité de la Mauritanie et sera très bien évalué par nous et par le Président (Aziz). C’est un souhait. Un Souhait.

MOEH (Cherche à choisir ses mots) : Moi je considère que des gens comme nous, sommes des gens de vérité. Dire la vérité est un devoir. La vérité c’est le « sabre » d’Allah. Celui qui dit la vérité doit être récompensé. La vérité est que le Conseil (Junte) a pris cette décision. Pour nous c’est une décision positive, qui va dans le bon sens. Le but de cette décision est tout le contraire de l’escalade. Vous avez des relations avec nous tous. Les gens qui essayent de vous approcher maintenant ou de vous accrocher, ne sont pas les gens avec lesquelles vous aviez des relations auparavant. Vous ne pourrez compter sur eux. Ceci dit, vous êtes libres et eux sont libres d’envisager de nouvelles alliances. Je doute de la stabilité d’une telle affaire et de son efficacité. L’efficacité est dans vos autres relations.

Pour nous la décision du Conseil est positive, positive. Son but n’est point de faire des manœuvres. Le fait d’avoir déplacé deux membres du Conseil juste pour vous présenter la décision est, à mon sens, très positif. Deux membres du Conseil valent mieux qu’un seul ! Notre démarche est positive. Nous ne sommes des aventuriers ni des irresponsables. C’est une démarche positive.

D’ailleurs, les deux choix dont vous me reprochiez tout à l’heure d’avoir parlé, sont aussi posés par Allah : celui qui emprunte la bonne voie, rencontrera les honnêtes gens, celui qui se fourvoie dans les mauvais chemins ne fera que de mauvaises rencontres. Notre démarche est positive. Si quelqu’un veut en faire une lecture négative, libre à lui de le faire. Les choses négatives nous répugnent. Loin de nous d’ignorer ou de sous-estimer ce que vous êtes, ni votre statut social, ni religieux, mais l’on se doit de se dire la vérité. La vérité étant « le sabre

d’Allah sur terre ». Et si des gens se mettent d’accord sur une vérité, et bien ils seront véritablement en accord. Mais des (trucs, mauvaise articulation) de la politique politicienne peuvent balayer notre relation avec vous et ce pour le bien d’autres personnes complètement en dehors de tout cela. Bref, c’est cela le message positif que nous sommes mandatés à vous transmettre et il est positif! Vraiment positif!

Pr: Le départ c’est pour quand?

MOEH: Ce soir inchallah.

Pr: Vous ne vous souciez pas trop de mon sommeil apparemment (avec un ton d’humour).

MOEH+MOM: mais on l’a dit au capitaine (nakib), en plus nous…nous…

Pr: Non, mais je veux dire par rapport au voyage tardif dans la nuit, et puis lorsque je plaisante un peu avec vous, ne vous emportez pas… !

MOM: Mais bien sûr, il n’y a aucun problème…(rire)..

Pr : C’est à cause des réactions comme ça …(rire)

MOEH: (toujours avec un ton d’humour, mais avec un message derrière semble-t-il) : si vous voulez que nous soyons patients avec vous, nous le serons volontiers, mais si vous ne le voulez pas, nous ne pourrons pas vous y obliger …(rire) …si vous rejetez notre patience….et bien…(rire).

(MOEH+MOM parlent en même temps et articulent très mal pendant un petit moment…)

MOEH : nous ne voulons absolument pas compliquer les choses, pas du tout!!

Pr : Humm oui.

(MOEH+MOM+Pr: parlent en même temps.)

MOM : il faut qu’on vous laisse vous reposer et nous aussi on doit se reposer un peu après cet

échange…et puis après…

Pr : Pas de problème …

MOEH : Au fait, nous, on est des invités, il va falloir nous servir à boire (sur un ton d’humour).

Pr : Mais bien entendu!

MOEH : vous devriez bien nous traiter car nous sommes vos hôtes (toujours avec un le ton

d’humour).(Bruit de boissons servies…) (MOH+MOM+Pr : discussion à propos des services et de la fenêtre ouverte, d’antimoustiques…etc.)

MOEH : Donc, bo,n disons que le départ sera pour ce soir, inchallah.

MOM : Oui, ce soir inchallah. Je vais l’accompagner, on sera joignable à tout moment ? inchallah.

Pr : Oui, mais moi je n’ai plus de téléphone, celui que vous m’avez confisqué, vous ne me l’avez pas encore restitué; Essayez de me le récupérer. Et c’est depuis le coup d’État (rire)!!

MOM : (rire) Mais il n’y a pas de problème…

MOEH : Pas de souci, votre téléphone est disponible, vous le récupérerez.

Pr : Alors, y aura-t-il un ou plusieurs parmi vous qui seront présents auprès de moi, à Lemden ?

MOEH : Là-bas, vous aurez deux gardes du corps. Et peut être un poste dans la zone!

Pr : Et pourquoi?

MOEH : Un poste dans la zone; pas exactement chez vous. Pas très loin quand même, c’est pour la sécurité.

MOM: (tente d’interrompre son compagnon…)

MOEH : Mais en vérité, on se soucie également de la sécurité de votre personne. Et puis ce ne sera pas soldats ou…et puis les anciens chefs d’État ont toujours bénéficié d’un tel

Accompagnement.

MOM : En tout cas, c’est juste pour une petite période. Il s’agira de quelques jours inchallah !

MOEH : C’est vrai, et c’est comme vous voudrez. Si vous voulez que cette période soit plus longue, il n’y aura pas de souci…

MOM : C’est comme vous voudrez…

Pr : Et si je voulais qu’elle soit plus courte?

MOM : pas de souci.

Pr : Donc, inchallah, il va falloir régler le réveil à 3h du matin..? C’est comme vous voulez, dites moi..?

MOM : Je pense qu’on devrait arriver là-bas vers la prière de l’aube.

Pr : Je pense que le mieux c’est d’être déjà sur place au moment de la prière, en fait les habitants de Lemden voient l’aube 7 à 10 minutes avant nous, donc je pense qu’on devrait être là- bas vers 5h30.

MOM : c’est ok. On aimerait faire attention la nuit.

MOEH : Il faut rouler tout doucement, la route est dangereuse.

(Pr + MOM + MOH : discussion autour de l’horaire de la prière de l’aube à Lemden, et l’heure du départ de Nouakchott en fonction de celle-ci. MOEH pose une question à propos de Lemden, y a-t-il des maisons en dur ? Le Président, courtois, réplique avec beaucoup d’humour: En fait, vous ne vous y êtes jamais rendu?)

MOEH : Non!

Pr : Et bien, c’est un tort, vous ne devriez pas? (rire)

MOEH : Ok, j’irai là-bas si je suis invité (avec humour).

Pr : Bien entendu; vous êtes le bienvenu, et vous y êtes invité évidemment.

(Pr + MOM + MOH : re-discussion autour des horaires et de l’arrivée à Lemden).

MOEH : Il n’y a pas de contrainte là-dessus, Monsieur le Président. Et puis, nous espérons que tout cela ne dépassera pas une semaine. Peut-être moins d’une semaine inchallah.

MOM+ MOEH : Tout finira bien inchallah.

MOM : on doit s’entraider.

(Pr + MOM + MOH : re-discussion pour fixer l’heure exacte du départ.)

Pr : Et bien, merci beaucoup.

(Pr + MOM + MOH : salutations et au revoir de convenance.)

Fin de discussion à la 75 ième minute de l’enregistrement qui dure, au total, 137 minutes et 8 secondes. Visiblement, le dispositif d’enregistrement est sur l’un des deux. On entend des pas, des bruits de portières puis le moteur d’une voiture qui démarre. Puis des « blancs ».

Cet enregistrement a été réalisé le mercredi 12 novembre 2008. Le Président a été transféré à Lemden le 13 au petit matin. Il y restera en résidence surveillée jusqu’au dimanche 21 décembre 2008. Le 28 novembre (indépendance nationale), la Junte l’interdit de discours. Le 21 décembre, la Junte lui signifie la levée de sa résidence surveillée et le dépose nuitamment et avec brutalité devant son domicile nouakchottois. Le Président rebroussera chemin sur le champ pour choisir le jour de son retour à la Capitale. Le 22 janvier, le Président décide de rentrer à Nouakchott, il subit des tracasseries administratives qui le poussent à faire demi-tour. Depuis Lemden, le Président organise la mise en échec du Coup d’Etat.

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Transcription : for-mauritania
source : taqadoumy
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