Enquête Exclusive de Taqadoumy: Mauritanie-Mali, ça se gâte !

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La trame

Le samedi 20 décembre, l’attaque meurtrière d’une garnison du Mali, à Nampala, 500 kilomètres au Nord de Bamako, par la rébellion Touareg de l’Alliance démocratique du 23 mai pour le changement que commande Ibrahim Bahanga, semble impliquer les services de sécurité de la Mauritanie. C’est ce que révèlent les recoupements opérés selon les sources de Taqadoumy dans la sous-région.
La coordination, avec le Directeur général de la Sûreté Nationale (DGSN) de Mauritanie, le Colonel Mohamed Ould El Hadi aurait été assurée par le plus intransigeant des chefs de guerre Touareg, Megdi Boukhadda, du clan Idnane.

Il serait le principal artisan du rapprochement entre Ibrahim Bahanga et les autorités issues du coup d’état du 6 août dernier en Mauritanie. Quelques semaines avant, de retour d’un voyage en Libye, Bahanga débarque, par avion à Nouakchott, accompagné de Ahmed Nakidi, un autre de ses collaborateurs, comme lui fils de notable de l’aristocratie guerrière Iforas. Les deux sont hébergés, dans l’une des villas de la DGSN où l’on reçoit, à la fois, les hôtes confidentiels et les détenus dont les aveux nécessitent des interrogatoires musclés, à l’abri des regards et de l’ouïe. Du temps de Ould Taya, l’on en dénombrait une dizaine au moins, dans divers quartiers résidentiels. Au terme de soirées de discussion avec le Colonel Ould El Hadi en personne, la Mauritanie s’engage à fournir du carburant, des munitions et des véhicules à la rébellion Touareg mais pas d’armes, pour le moment. Les hôtes repartent avec une somme substantielle, en devises. Le retour au Mali s’opère en convoi sécurisé par la DGSN, complètement à l’insu des corps militaires et du ministère de l’intérieur; Moussa Hamma, l’un des proches parents de Bahanga, assure l’accueil de l’autre côté de la démarcation.

C’est toujours par l’entremise de Megdi Boukhadda qu’un émissaire civil de Nouakchott s’entretenait, sur la ligne nord-est de la frontière, avec Ibrahim Bahanga, seulement quelques jours avant l’attaque de la garnison malienne de Nampala.

Suite au raid du 20 décembre courant, trois blessés de la rébellion Touareg sont évacués vers l’hôpital ville de Néma où deux décédaient, le lendemain.

Les protagonistes

Le colonel Mohamed Ould El Hadi ne manque pas d’expérience sur ce dossier. Déjà, Directeur du Bureau d’Etudes et de Documentation (BED, contre espionnage) sous Ould Taya, il versait, d’un compte des fonds spéciaux de la Présidence à la Banque Centrale de Mauritanie (BCM), la somme 500 000 francs français, au bénéfice de Rhissa Ag Sid’Ahmed, leader du Front Populaire de Libération de l’Azawad (FPLA), soit 25 millions de CFA d’avant la dévaluation de juin 1994. Ould El Hadi, en disgrâce à partir de 1999, finira attaché militaire au Maroc avant que le Président renversé Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdellahi ne lui confie la direction des polices, sous la pression du futur général putschiste, Mohamed Ould Abdel Aziz. D’ailleurs, Ould El Hadi jouera un rôle de premier plan dans l’instigation et la mise en œuvre du plan d’éviction réussi le 6 août 2008.

Megdi Boukhadda est déjà connu à Nouakchott, du temps du régime Ould Taya, au début des années 1990 ; il entretenait des rapports étroits avec l’ex responsable de la sécurité d’état, le Commissaire Deddahi Ould Abdellahi, aujourd’hui chargé de la déontologie et de l’éthique (sic), dans la police mauritanienne et objet d’une plainte pour crimes de tortures, auprès d’un tribunal français, en juin 2002 ; suivra, dès septembre 2008, l’émission d’un mandat international contre lui, par un magistrat de Clermont Ferrand. Son cousin et rival, Le Colonel Ould El Hadi (suppra) figure aussi, dans divers rapports d’ONG indépendantes de droits de l’Homme, en qualité de tortionnaire présumé durant la purge ethnique de l’armée en 1990-1991, crimes encore couverts par une « loi d’amnistie » de 1993.

Alors fréquent à Bassiknou, Megdi Boukhadda, l’intermédiaire, y épousait, durant les années 1990, une femme de nationalité mauritanienne. Ce personnage jusqu’au-boutiste n’avait même pas signé le « pacte national » de réconciliation 1992 ni aucun des accords de paix suivants avec le pouvoir central à Bamako. Récemment, il apparaissait, en Algérie, aux côtés de Bahanga mais ses partisans irréductibles et lui se sont repliés, depuis, en territoire mauritanien.

Les conséquences

La Mauritanie servait, jusqu’après la chute de l’ancien président Moussa Traoré, de principal pourvoyeur en matériel et provisions, voire de base arrière, aux mouvements de guérilla parmi les Arabes et les Touareg de l’Azawad et de la région de Kidal. L’on se souvient qu’aux élections présidentielles de 1992, des milliers de réfugiés maliens, munis de faux papiers d’identité, votaient, massivement, en faveur du candidat Ould Taya, notamment dans les régions Est des deux Hodh.

La reprise actuelle de cette relation, si elle se confirmait, sonnerait, de la part de Nouakchott, comme un avertissement à Bamako dont la réserve, envers les putschistes, agace. Les incidents du genre pourraient se répéter au point de susciter, entre les populations des deux pays, des troubles sur une frontière virtuelle et étendue où les liens de parenté et l’économie agro-pastorale défient les bornes.

Le risque d’enlisement de la Mauritanie dans le conflit au Nord Mali contrecarre les médiations concurrentes de l’Algérie et la Libye, lesquelles commençaient à porter leurs fruits, après l’échange de prisonniers entre les deux camps et la progression des pourparlers pour le développement de la région de Kidal.

source : taqadoumy


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