60. Le Président de l’UFP à propos de la crise actuelle : «Une campagne menée suivant une stratégie militaire»

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Au début de la crise actuelle, le président de l’UFP, Mohamed Ould Maouloud, avait mis en garde contre les dérives pouvant résulter d’une intervention de l’armée dans le jeu politique. Mardi, 08 juillet, au cours d’une conférence de presse, il est allé plus loin. L’objectif de «cette crise politique artificiellement provoquée », est, selon lui, «d’affaiblir l’institution de la présidence de la République, de la prendre en otage.» Nous vous livrons l’intégralité de l’intervention du président de l’UFP.

Camouflage et diversion

Le fond du problème, c’est la question du rapport entre le pouvoir et l’institution militaire. C’est ce que nous avons dit au début de la crise. Nous nous sommes demandés qui commande qui ? La suite des événements a conforté notre point de vue de départ.

Nous avons assisté à une campagne véritablement menée suivant une stratégie militaire. Il y a eu d’abord la méthode du camouflage. Il a été prétendu que l’objectif essentiel était de bouter hors du gouvernement trois ou quatre personnalités symboles de la mauvaise gestion de l’ancien régime. Ce n’était qu’un camouflage. Aujourd’hui, il me semble qu’il apparaît à tout le monde qu’il n’en est rien. Pourquoi ? Parce que les partisans de la motion qui réclamaient un gouvernement avec 0% de ces symboles, réclament aujourd’hui un gouvernement 100% ancienne majorité. Donc l’histoire des symboles de la gabegie n’était qu’un camouflage.

La seconde approche de cette méthode militaire est la diversion. On a cru que l’objectif était d’obtenir la démission du gouvernement. Le gouvernement a démissionné. On se rend compte après cette démission, avec le développement de la situation, que la véritable cible, c’est l’institution de la présidence de la République. L’objectif est de l’affaiblir et de la prendre en otage. C’est clair car si après la démission du gouvernement, nous entendons des parlementaires appeler ouvertement au coup d’Etat contre le Président de la république, quand nos entendons, malheureusement, le leader de l’opposition (Ahmed Ould Daddah) lui même faire une déclaration réclament la démission du Président de la république, nous comprenons que l’objectif annonce n’était donc pas celui visé.

L’enjeu, ce n’est pas la personne…

Nous considérons qu’il est gravissime de chercher à affaiblir et à discréditer l’institution de la Présidence de la République parce qu’elle est la clef de voûte de tout le système que nous avons. Porter atteinte à cette institution, c’est exposer le pays au désordre et à l’instabilité. Il ne s’agit pas pour nous de défendre la présidence de la République parce qu’elle est occupée par tel ou tel -même si nous avons la plus haute estime pour le chef de l’Etat actuel- Il s’agit pour nous de veiller à la préservation des prérogatives du président de la République pour qu’il joue pleinement son rôle d’arbitre et qu’il assume toutes ses responsabilités. L’enjeu pour nous, ce n’est pas la personne, c’est l’institution. Nous ne voulons pas revenir à un système autoritaire d’autant plus que nous entrevoyons déjà les prémices d’une instabilité.

Si nous voulons la stabilité qui conduira au changement, tous les démocrates doivent se lever pour défendre l’institution de la Présidence de la république et veiller à la préservation de ses prérogatives.
Est-il d’ailleurs sage et prévoyant pour des chefs de partis politiques candidats à l’élection présidentielle de donner un blanc seing à certaines puissances, certaines forces pour affaiblir le président de la République ou en faire un faire valoir, un alibi démocratique ?

Mentalité clientéliste

Cette crise politique artificiellement provoquée a tourné autour de réclamations qui n’ont rien de démocratiques. Les parlementaires reprochent au président de la République sa non reconnaissance. Ils réclament la contrepartie de leur soutien. Dans aucun pays démocratique au monde des parlementaires n’attendent du Président de la république un retour sur investissement aussi direct. Ces parlementaires, en principe représentants du peuple, sont dans la mentalité du système clientélistes que nous avons pensé avoir dépassé en 2005.
Nous constatons que les revendications du peuple sont oubliées. La lutte contre la corruption n’est pas l’enjeu de la crise. On ne lutte pas contre les corrompus. Il y a seulement un traitement sélectif des dossiers. Nous nous réclamons, pendant qu’on y est, l’ouverture de tous les dossiers de mauvaise gestion et de corruption.

Lignes rouges

Après la démission du gouvernement, les protagonistes de la crise parlent d’accalmie. Nous nous souhaitons un apaisement qui aboutisse à un règlement définitif de la crise et non une pause avant d’autres confrontations. Je suis sur que les ex membres du CMJD, protagonistes de la crise, les parlementaires, le président de la République et les acteurs politiques ne veulent pas mener le pays vers le désordre. Alors prenons tous conscience de nos actes.
Nous en appelons au dialogue pour surmonter la crise et stabiliser le pays. Nous tenons cependant à préciser que la recherche de ce dialogue et de cette stabilité doit se faire sans le franchissement de deux lignes rouges : il ne faut pas toucher aux prérogatives du Président de la république et il faut s’abstenir de tenir des propos ou poser des actes pouvant menacer la stabilité du pays.

Pour un gouvernement d’union nationale

Concernant les négociations actuelles en vue de la formation du futur gouvernement, la position d l’UFP n’a pas changé. Nous voulons un gouvernement d’union nationale car nous pensons que c’est la seule voie pouvant conduire à la stabilité et au changement souhaités par tous. Aujourd’hui plus qu’avant cette formule de gouvernement d’union nationale s’impose car nous sommes à deux doigts d’une confrontation dangereuse. Ce gouvernement va s’attaquer aux grands problèmes qui font souffrir nos populations et non nous ramener en arrière.
J’ajoute que ça doit être un gouvernement en dehors de toute tutelle autre que le système démocratique, l’autorité démocratique légitime.

Propos recueillis par Khalilou Diagana

Le Quotidien de Nouakchott

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