Discours d’Obama devant l’Aipac (American Israel Public Affairs Committee)

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Le sénateur de l’Etat de l’Illinois Barack Obama a prononcé un discours, mercredi 4 juin, devant l’American Israel Public Affairs Committee (Aipac). Ce discours intervient au lendemain de sa réussite à réunir suffisamment de délégués pour s’assurer de la nomination en tant que candidat démocrate, et pour devenir le premier candidat de couleur à la présidence des Etats-Unis.
Dans ces observations préparées par son équipe de campagne, Obama tente de dissiper les doutes exprimés par certains électeurs juifs au sujet de sa candidature.

Il évoque son grand-oncle qui a combattu durant la Seconde guerre mondiale, au sein de la division d’infanterie qui fut la première à libérer un camp de concentration nazi [lequel a été libéré par l’armée… soviétique ! ndt]. Il précise qu’à ses yeux la sécurité d’Israël n’est pas négociable, et il compare sa politique vis-à-vis d’Israël à celle du sénateur républicain de l’Arizona, John McCain [le candidat républicain à la présidence, auquel Obama sera désormais opposé, ndt].

Voir autant d’amis venus de tous les Etats-Unis, c’est géant ! Je tiens à féliciter Howard Friedman, David Victor et Howard Kohr pour le succès de cette conférence, et pour l’achèvement des travaux de construction de votre nouveau siège, à quelques pâtés d’immeubles d’ici.

Avant d’entrer dans le vif du sujet, laissez-moi dire que je sais que certains méls provocateurs circulent, depuis quelque temps, parmi les communautés juives et entre elles, d’une côte à l’autre des Etats-Unis. . Certains d’entre vous (plutôt : quelques-uns, parmi vous) peuvent avoir reçu certains de ces messages

Ces méls sont remplis de grands discours et de mises en garde comminatoires à propos d’un certain candidat à la présidence, que je ne nommerai pas. Tout ce que je tiens à dire, c’est ceci : si vous voyez ce type, un certain Barack Obama, faites-le moi savoir, car il a l’air vraiment effrayant !

Mais, au cas où quelqu’un aurait été troublé par ces méls, je tiens à ce que vous sachiez qu’aujourd’hui, je parlerai du fond du cœur, en véritable ami d’Israël. Et je sais que lorsque je suis en visite à l’Aipac, je suis chez des amis. De bons amis. Des amis qui partagent mon engagement inébranlable à m’assurer que le cordon ombilical entre les Etats-Unis et Israël est incassable, aujourd’hui, demain et pour les siècles des siècles .

Une parmi les nombreuses choses que j’admire, chez vous, à l’Aipac, c’est le fait que vous vous battez pour cette cause commune, depuis la base jusqu’au sommet.

La sève nourricière de l’Aipac est ici, dans cette salle : des militants au niveau des pâquerettes [oups : de la base (am. ‘grassroot’), ndt], de tous les âges, venus de toutes les régions du pays, qui sont venus ici, à Washington, année après année, pour que votre voix soit entendue. Rien ne reflète mieux le visage de l’Aipac que les 1 200 étudiants venus ici afin de faire clairement entendre au monde entier que le lien entre Israël et les Etats-Unis est enraciné dans bien davantage que nos intérêts nationaux partagés : ce lien est enraciné dans les valeurs partagées, et dans l’histoire partagée de nos deux peuples. Et quand je serai président (des Etats-Unis), je travaillerai avec vous afin de faire en sorte que ce lien soit (encore) renforcé !

C’est à l’âge de onze ans que l’histoire d’Israël m’est devenue familière. J’ai appris la longue pérégrination et la détermination constante du peuple juif à conserver son identité à travers sa foi, ses familles et sa culture. Année après année, siècle après siècle, les juifs ont perpétué leurs traditions, et leur rêve d’un pays [ça m’suffit] et ce, dans la confrontation avec une adversité incroyable.

Cette histoire a fait une puissante impression sur moi. J’avais grandi jusqu’alors sans avoir la notion d’enracinement. Mon père était noir ; il était originaire du Kénya, et il nous avait laissés tomber alors que je n’avais que deux ans. Ma mère était blanche : elle était originaire de l’Etat du Kansas, et je suis parti avec elle en Indonésie, après quoi, nous sommes rentrés aux Etats-Unis, à Hawaii. A plus d’un titre, je ne savais pas vraiment d’où je venais. Et c’est ainsi que j’ai été subjugué par l’idée que vous aviez été capables de conserver une identité culturelle, émotionnelle et spirituelle. Et j’ai profondément compris alors l’idée sioniste – cette idée qu’il y a toujours un pays, au centre de notre histoire (personnelle).

J’ai aussi appris l’horreur de l’Holocauste, et la terrible urgence que celui-ci a conféré à la nécessité d’effectuer le voyage de retour chez vous, en Israël. Jai passé le plus gros de mon enfance chez mes grands-parents. Mon grand-père avait combattu lors de la Seconde guerre mondiale, il en allait de même pour mon grand-oncle. C’était un jeune homme du Kansas, qui probablement n’aurait jamais imaginé qu’il verrait un jour l’Europe – et encore moins toutes les horreurs qui l’attendaient, là-bas. Plusieurs mois, après son retour chez nous, d’Allemagne, il était resté en état de choc, seul, en proie aux souvenirs insoutenables qui l’obsédaient.

Vous savez, mon grand-oncle faisait partie de la 89ème Division d’Infanterie – les premiers soldats américains à être parvenus dans un camp de concentration nazi. Ils ont libéré Ohrdruf, une partie de Buchenwald, par un certain jour du mois d’avril 1945. Les horreurs, dans ce camp, dépassent notre imagination. Des dizaines de milliers de personnes y moururent de faim, sous la torture, de maladies, ou furent exécutés – dans le cadre de la machine à tuer nazie qui massacra six millions de personnes.

En pénétrant dans le camp, les Américains découvrirent d’immenses entassements de cadavres et de survivants émaciés par la famine. Le général Eisenhower donna l’ordre aux Allemands de la ville voisine de faire le tour du camp, afin qu’ils voient ce qui était commis en leur nom. Il ordonna aux soldats américains de faire le tour du camp, afin qu’ils vissent le mal contre lequel ils combattaient. Il invita des membres du Congrès et des journalistes, afin qu’ils témoignassent. Et il ordonna que des photos fussent prises et que des films fussent tournés. Expliquant ses actions, Eisenhower a dit qu’il voulait apporter «des preuves de première main de ces choses, au cas où, sait-on jamais, dans le futur, se développerait une tendance à attribuer ces allégations (sic) à une propagande pure et simple.»

J’ai vu certaines de ces photos, elles-mêmes, au mémorial de Yad Vashem : ce sont des photos qui ne s’effacent jamais de votre mémoire. Et ces photos ne font que faire allusion aux récits que les survivants de la Shoah n’ont cessé de porter en eux.

A l’instar d’Eisenhower, chacun de nous porte témoignage à tous ceux, quels qu’ils soient, qui s’aviseraient de nier ces crimes ineffables, ou oseraient se targuer de les réitérer. Nous devons mesurer l’importance de ce que nous disons, quand nous prononçons les mots : «Plus jamais ça !».
C’était quelques années, seulement, après la libération des camps que David Ben Gourion déclara la fondation de l’Etat juif d’Israël.

Nous savons que la fondation d’Israël était juste et nécessaire, enracinée qu’elle était dans des siècles de lutte et des décades de travail de fourmi. Mais, soixante ans plus tard, nous savons que nous ne pouvons pas baisser la garde, nous ne pouvons pas faiblir, et en tant que président, je ne ferai jamais le moindre compromis dès lors qu’il s’agira de la sécurité d’Israël !

Pas de concessions, alors qu’il y a encore des voix qui osent nier l’Holocauste.
Pas de concessions, alors qu’il y a des groupes terroristes et des leaders politiques qui ont juré de détruire Israël.
Pas de concessions, dès lors qu’il y a des cartes de géographie, au Moyen-Orient, qui ne reconnaissent même pas l’existence d’Israël, et des livres scolaires financés par les gouvernements qui sont remplis de haine envers les juifs.
Pas de concessions, tandis que des roquettes s’abattent sur Sdérot et que des enfants israéliens doivent prendre profondément leur souffle et mobiliser un courage hors du commun à chaque fois qu’ils prennent un autobus scolaire ou qu’ils se rendent à pied à leur école.

Il y a bien longtemps que j’ai compris la quête de paix et le besoin de sécurité d’Israël. Mais je ne les ai jamais aussi bien compris que depuis que je me suis rendu dans ce pays, voici deux ans. Volant à bord d’un hélicoptère des Forces Israéliennes de Défense, j’ai vu une étroite et belle bande de territoire blottie contre la Méditerranée. Sur le terrain, j’ai rencontré une famille qui avait vu sa maison détruite par une roquette Katyusha. J’ai parlé à des soldats israéliens, qui font face à des menaces quotidiennes, tandis qu’ils maintiennent la sécurité tout au long de la ligne bleue. J’ai parlé à des gens qui ne demandent rien de plus simple, ni de plus modeste, qu’un avenir dans la sécurité pour leurs enfants.

Je suis fier, depuis longtemps, de faire partie d’un consensus puissant, et bipartisan [= démocrate + républicain, ndt] qui se tient aux côtés d’Israël, face à toutes les menaces. C’est un engagement que nous partageons l’un comme l’autre, John McCain et moi, parce que le soutien à Israël, dans ce pays, transcende les partis.
Mais une conséquence de notre engagement doit être que nous élevions la voix dès lors que la sécurité d’Israël est menacée, et je ne pense pas que ni l’un, ni l’autre, nous puissions nous reposer sur l’idée trompeuse et fallacieuse selon laquelle la politique étrangère américaine, ces dernières années, aurait rendu Israël plus sûr.

Aujourd’hui, le Hamas contrôle Gaza. Le Hezbollah a renforcé son emprise sur le Sud du Liban, et il roule les mécaniques à Beyrouth. A cause de la guerre en Irak, l’Iran – qui a toujours représenté une menace plus importante que l’Irak, pour Israël – est renforcé, et il lance le plus grand défi stratégique jamais connu au Moyen-Orient depuis une génération, tant aux Etats-Unis qu’à Israël.

L’Irak est instable, et Al-Qaida a accéléré son recrutement. La quête de la paix avec ses voisins d’Israël est grippée, en dépit des lourds fardeaux [les «concessions douloureuses», ndt] supportés par le peuple israélien. Et l’Amérique est plus isolée qu’elle ne l’avait jamais été dans cette région du monde, ce qui entame notre puissance, et met en danger la sécurité d’Israël.

La question qui nous est posée est de savoir comment aller de l’avant ? Il y a ceux qui voudraient poursuivre et intensifier ce statu quo désastreux, ignorant huit années de preuves accumulées démontrant que notre politique étrangère est dangereusement défectueuse. Et puis il y a ceux qui voudraient déposer tous les problèmes du Moyen-Orient sur le paillasson d’Israël et de ses soutiens, comme si le conflit israélo-palestinien était à l’origine de tous les problèmes de la région. Ces voix blâment la seule démocratie du Moyen-Orient de l’extrémisme régnant dans cette région du monde. Ils avancent la promesse fallacieuse selon laquelle l’abandon d’un allié de toujours serait, en quelque sorte, la voie vers la puissance. Cela n’est pas vrai. Cela n’a jamais été le cas, et cela ne le sera jamais !

Notre alliance est fondée sur des intérêts communs et sur des valeurs partagées. Ceux qui menacent Israël, nous menacent. Israël a toujours fait face à ces menaces sur les lignes de front. Et j’apporterai avec moi, à la Maison Blanche, un engagement inébranlable à défendre la sécurité d’Israël.

Cela commence avec la garantie de l’avantage militaire qualitatif pour Israël. Je ferai en sorte qu’Israël puisse se défendre contre n’importe quelle menace – venue depuis Gaza jusqu’à Téhéran. La coopération en matière de défense entre les Etats-Unis et Israël est un modèle de succès, et elle doit être approfondie.

Quand je serai président, je mettrai en œuvre un Mémorandum de Compréhension qui assurera 30 milliards de dollars d’aide à Israël durant la prochaine décennie – il s’agira d’investissements dans la sécurité d’Israël qui n’auront aucun lien avec un quelconque autre pays. Priorité des priorités, nous devons approuver la demande d’aide (formulée par Israël) au titre de l’année 2009.
Par la suite, nous pourrons renforcer notre coopération en matière de missiles de défense. Nous devrions exporter de l’équipement militaire vers Israël, qui est notre allié, dans les mêmes conditions que pour tous les pays de l’Otan. Et je m’élèverai toujours afin de défendre le droit, pour Israël, de se défendre, à l’Onu, et dans le monde entier.

D’une extrémité à l’autre du spectre politique, les Israéliens comprennent qu’une réelle sécurité ne peut découler que d’une paix durable. Et c’est la raison pour laquelle, nous – en tant qu’amis d’Israël – devons prendre la résolution de faire tout notre possible afin d’aider Israël et ses voisins à réaliser cette paix. Parce qu’une paix sûre et durable est dans l’intérêt national d’Israël. C’est dans l’intérêt national de l’Amérique. Et c’est dans l’intérêt du peuple palestinien et du monde arabe.

Quand je serai président, j’oeuvrerai à aider Israël à réaliser l’objectif des deux Etats, un Etat juif d’Israël et un Etat palestinien, vivant côte à côte en paix et dans la sécurité. Et je n’attendrai pas les derniers jours de ma présidence pour ce faire.

Je prendrai un rôle actif, et je m’engage personnellement à faire tout ce que je pourrai pour faire avancer la cause de la paix, dès le début de mon mandat présidentiel.

Le long chemin conduisant à la paix requiert des partenaires palestiniens qui soient déterminés à faire le voyage. Nous devons isoler le Hamas tant qu’il ne renoncera pas au terrorisme, tant qu’il ne reconnaîtra pas le droit d’Israël à exister et tant qu’il ne respectera pas les engagements signés. Il n’y a pas de place, à la table des négociations, pour des organisations terroristes.

C’est la raison pour laquelle je me suis opposé à la tenue d’élections, en 2006, dans lesquelles le Hamas aurait été candidat. Mais l’administration actuelle (de George Deubeuliou Bush, ndt) a précipité les choses, et le résultat, c’est que Gaza est contrôlé aujourd’hui par le Hamas, et que des roquettes pleuvent sur Israël…

Le peuple palestinien doit comprendre que le progrès ne sera pas amené ni par de faux prophètes, ni par l’extrémisme, ni par le détournement mafieux de l’aide étrangère.
Les Etats-Unis et la communauté internationale se tiennent au côté des Palestiniens qui sont déterminés à éliminer le terrorisme et à porter le fardeau du meccano de la paix.

J’inciterai fortement les gouvernements arabes à prendre des mesures de normalisation de leurs relations avec Israël, et à assumer leur responsabilité dans la lutte contre les terroristes et dans l’apport d’un réel soutien au président Abbas et au premier ministre Fayyad.

L’Egypte doit empêcher le passage en contrebande d’armes vers la bande de Gaza. Israël doit, lui aussi, faire progresser la cause de la paix en adoptant les mesures appropriées – cohérentes avec sa sécurité – afin d’améliorer la liberté de déplacement des Palestiniens et la situation économique en Cisjordanie, et en s’abstenant de construire de nouvelles colonies – comme il s’est engagé à le faire, vis-à-vis de l’administration Bush, à Annapolis.

Permettez-moi d’insister. La sécurité d’Israël est sacro-sainte. Elle n’est pas négociable. Les Palestiniens ont besoin d’un Etat qui soit continu et cohérent, et qui leur permette de prospérer – mais tout accord conclu avec le peuple palestinien devra préserver l’identité d’Etat juif d’Israël, avec des frontières sures, reconnues et défendables. Jérusalem restera la capitale d’Israël, et il doit rester réunifié.

Je ne me fais aucune illusion ; je sais que cela ne sera pas facile. Cela requerra des décisions difficiles, des deux côtés. Mais Israël est assez puissant pour réaliser la paix, s’il a des partenaires qui soient déterminés à atteindre ce but. La plupart des Israéliens et des Palestiniens veulent la paix, et nous devons les renforcer.

Les Etats-Unis doivent être un partenaire assuré et constant, dans ce processus – non pas pour imposer des concessions, mais pour aider des partenaires sincères à éviter le blocage et ce genre de vides qui sont immédiatement remplis par la violence. C’est ce que je m’engage à faire, quand je serai président des Etats-Unis.

Les menaces pesant sur Israël commencent près de chez lui, mais elles ne s’arrêtent pas là. La Syrie continue à soutenir le terrorisme et les immixtions dans les affaires intérieures du Liban. Et la Syrie a pris des initiatives dangereuses dans son projet de se doter d’armes de destruction massive, c’est la raison pour laquelle l’action israélienne était justifiée, qui visait à mettre un terme à cette menace.

Je pense, également, que les Etats-Unis ont une responsabilité dans les efforts d’Israël visant à reprendre des négociations de paix avec les Syriens : nous devons le soutenir. Nous ne devons jamais faire asseoir Israël de force à la table de négociation, mais nous ne devons pas non plus bloquer des négociations, dès lors que les dirigeants israéliens décident que celles-ci peuvent servir les intérêts d’Israël.
Une fois président, je ferai tout mon possible afin d’aider Israël à réussir, dans ces négociations. Et le succès requerra une mise en application totale de la Résolution 1701 du Conseil de Sécurité au Liban, et la mise d’un terme au soutien que la Syrie apporte au terrorisme. Il est grand temps que ce comportement inadmissible prenne fin.

Il n’est pas de menace plus grande pour Israël – ainsi que pour la paix et la stabilité dans la région – que celle que représente l’Iran. Vous qui êtes réunis ici, vous êtes aussi nombreux à être républicains que démocrates, et les ennemis d’Israël ne doivent avoir aucun doute sur le fait que, sans égard pour leur affiliation partisane, les Américains se serrent les coudes dans notre engagement à défendre la sécurité d’Israël. Aussi, bien que je ne veuille pas adopter un ton exagérément partisan, ici, aujourd’hui, je veux rectifier certaines présentations déformées de mes positions.

Le régime iranien soutient des extrémistes violents, et il nous défie dans l’ensemble de la région. Il poursuit la production d’une capacité nucléaire qui risque de mettre le feu à la mèche d’une dangereuse course aux armements, et il soulève la perspective d’un transfert de savoir-faire nucléaire vers des groupes terroristes. Son président nie l’Holocauste, et il menace de rayer Israël de la carte. Le danger représenté par l’Iran est grave, c’est un danger réel, et mon objectif sera d’éliminer cette menace.

Mais autant nous sommes clairvoyants en ce qui concerne la menace, autant nous devons être clairs au sujet de l’échec de la politique menée jusqu’ici. Nous savions, déjà en 2002, que l’Iran soutenait le terrorisme. Nous savions que l’Iran avait un programme nucléaire illicite. Nous savions que l’Iran représentait une grave menace pour Israël. Mais, au lieu d’adopter une stratégie permettant de traiter cette menace, nous l’avons ignorée, et en lieu et place, nous avons envahi, puis occupé l’Irak.

Quand je me suis opposé à cette guerre, j’ai averti qu’elle ne ferait qu’attiser les flammes de l’extrémisme au Moyen-Orient. C’est précisément cela qui s’est produit, en Iran : les partisans de la ligne dure ont resserré leur emprise, et Mahmoud Ahmadinejad a été élu président, en 2005. Et les Etats-Unis et Israël sont encore moins en sécurité…

J’ai du respect pour le Sénateur McCain, et je suis impatient d’avoir un débat substantiel avec lui, au cours des cinq mois qui nous séparent de l’élection présidentielle. Mais sur cette question, nous avons pris des positions différentes, et nous continuerons à nous opposer. Le Sénateur McCain refuse de comprendre, ou d’admettre, l’échec de la politique qu’il poursuivrait, s’il accédait au pouvoir. Il critique ma volonté de recourir à une diplomatie puissante, mais il ne propose aucune autre alternative que la réalité – une réalité dans laquelle c’est la guerre en Irak qui aurait, de quelque manière, acculé l’Iran. La vérité est tout-à-fait à l’opposé : l’Iran a renforcé sa position.

L’Iran, désormais, est en train d’enrichir de l’uranium, et il aurait déjà accumulé un stock de 150 kilogrammes d’uranium enrichi. Son soutien au terrorisme et ses menaces contre Israël se sont accrus. Tels sont les faits, ils ne sauraient être niés, et je refuse de poursuivre une politique qui a rendu les Etats-Unis et Israël moins sûrs.

Le Sénateur McCain propose un faux choix, entre poursuivre l’offensive en Irak, ou céder la région à l’Iran. Cette logique, je la rejette, parce qu’il y a une autre solution, bien préférable. Maintenir toutes nos armées indéfiniment enlisées en Irak, ça n’est pas la meilleure manière d’affaiblir l’Iran – c’est précisément ce qui l’a renforcé. C’est une politique de statu quo, mais absolument pas un plan permettant d’arracher une victoire.

J’ai proposé un redéploiement responsable et séquencé de nos troupes actuellement en Irak. Nous sortirons de ce pays avec autant de prudence que l’insouciance avec laquelle nous y sommes entrés. Nous imposerons – enfin ! – aux dirigeants irakiens d’assumer une responsabilité significative dans leur propre avenir.

Nous utiliserons aussi tous les éléments de la puissance américaine pour exercer une pression sur l’Iran. Je ferai tout ce qui est en mon pouvoir afin d’empêcher l’Iran d’obtenir une arme nucléaire. Cela commence par une diplomatie agressive et morale, sans pré-conditions assurant notre propre défaite, mais avec une compréhension lucide de nos intérêts. Il n’y a pas de temps à perdre. Nous ne pouvons pas écarter inconditionnellement une quelconque approche qui serait susceptible d’empêcher que l’Iran puisse disposer d’une arme nucléaire. Nous avons tenté des pourparlers limités, progressifs, tout en sous-traitant le travail soutenu à nos alliés européens. Il est temps, pour les Etats-Unis, de (re)prendre la tête de cette action.

Il y aura des préparatifs soigneux. Nous ouvrirons des lignes de communication, nous mettrons en place un calendrier, nous établirons une coordination étroite avec nos alliés, et nous évaluerons les potentiels d’avancées. Contrairement à ce que d’aucuns clament, je n’ai aucun intérêt à m’asseoir face à nos adversaires pour le simple plaisir de bavarder avec eux. Mais, en tant que président des Etats-Unis, je souhaiterais mener une diplomatie implacable mais réglo avec le dirigeant iranien approprié, en un lieu et en un moment de mon choix – si, et seulement si, cela peut contribuer à servir les intérêts des Etats-Unis.

Ce n’est que récemment que d’aucuns en sont venus à penser que la diplomatie, par définition, ne saurait être implacable. Ils ont oublié les exemples donnés par Truman, Kennedy et Reagan. Ces présidents avaient compris qu’une diplomatie soutenue par un réel rapport de force était un outil fondamental de gouvernance internationale.

Et le temps est venu, à nouveau, de faire de la diplomatie américaine un outil de succès, et non pas simplement un moyen permettant de limiter les dégâts résultants des échecs. Nous mènerons cette diplomatie sans nourrir d’illusions sur le régime iranien. Mais nous présenterons un choix clair à l’Iran : soit vous abandonnez votre programme nucléaire dangereux, votre soutien au terrorisme et vos menaces à l’encontre d’Israël, et vous recevrez des encouragements significatifs – dont la levée des sanctions, et votre intégration politique et économique à la communauté internationale. Soit, si vous refuser, nous augmenterons considérablement la pression sur vous.

Ma présidence va renforcer notre autorité, tout en restaurant notre prestige. Notre volonté de poursuivre la voie diplomatique facilitera notre mobilisation de nos partenaires pour notre cause. Si l’Iran refuse de changer de comportement, lorsque les Etats-Unis lui soumettront ce choix, il sera clair – pour le peuple iranien, et pour le monde entier – que le régime iranien est le responsable de son propre isolement. Cela renforcera notre poids, vis-à-vis de la Russie et de la Chine, lorsque nous insisterons pour que nouvelles sanctions soient adoptées par le Conseil de Sécurité.

Et nous devons travailler avec l’Europe, le Japon et les pays du Golfe afin de trouver toutes les voies, en-dehors de l’Onu, permettant d’isoler le régime iranien – depuis la suppression de garanties bancaires et l’imposition de sanctions financières, jusqu’au boycott des entreprises associées aux Gardes de la Révolution iranienne, dont la brigade Al-Quds a été à juste titre cataloguée dans les organisations terroristes, en passant par l’interdiction d’exporter du pétrole raffiné vers l’Iran.

J’ai été intéressé par la proposition formulée par le Sénateur McCain de désinvestissements comme source de levier politique – non pas ce désinvestissement sectaire qui entendait punir des savants et des universitaires israéliens, mais un désinvestissement visant spécifiquement le régime iranien.
C’est un bon concept, mais ça n’est pas une nouveauté. J’ai introduit une loi, voici de cela un an, qui permettrait aux Etats et au secteur privé de désinvestir de compagnies qui font du business avec l’Iran. Le projet de loi a un soutien bipartisan, mais pour des raisons que je lui confie le soin d’expliquer, le Sénateur McCain ne l’a jamais signé. Dans l’attente, un sénateur strictement inconnu continue à bloquer ce projet de loi.

Cette loi, il est grand temps de la voter, afin que nous puissions resserrer le garrot autour du cou du régime iranien. Nous devrions aussi étudier de nouvelles sanctions unilatérales qui visent les banques et les avoirs iraniens. Et nous devons nous libérer de la tyrannie du pétrole. Le prix du baril de pétrole est une des armes les plus dangereuses au monde.

Les pétrodollars paient l’achat d’armes qui tuent des soldats américains et des citoyens israéliens. Et la politique de l’administration Bush a fait terriblement augmenter le prix du pétrole brut, alors que sa politique en matière d’énergie nous a rendus plus dépendants du pétrole et du gaz importés de l’étranger. Il est plus que temps, pour les Etats-Unis, de prendre de réelles mesures afin de mettre un terme à notre addiction au pétrole.

Et nous pouvons travailler avec Israël, dans ce domaine, en nous appuyant sur l’U.S.-Israel Energy Cooperation Act, signé l’année dernière, afin de développer des sources d’énergie alternatives en accroissant notre collaboration scientifique, ainsi que notre recherche-développement commune. La manière la plus sure d’augmenter notre capacité de nous imposer, à long terme, c’est de cesser de financer le régime iranien.

Enfin, que personne n’en doute : je garderai en permanence la menace d’une action militaire directe sur mon bureau afin de défendre notre sécurité et notre allié : Israël. Parfois, il n’y a, en effet, pas d’alternative à la confrontation. Mais cela ne fait que rendre la diplomatie plus importante que jamais. Si nous devons recourir à la force militaire, nous aurons plus de chances de réussir, et nous bénéficierons d’un soutien bien supérieur, tant aux Etats-Unis qu’à l’étranger – si nous avons préalablement épuisé toutes nos tentatives diplomatiques.

Tel est le changement que nous devons apporter à notre politique étrangère. Un changement qui rétablit la puissance et l’influence américaines. Un changement accompagné d’un serment que je tiens à faire connaître aussi bien à nos alliés qu’à nos adversaires : ce serment, c’est que l’Amérique maintient une amitié de tous les instants avec Israël, et un engagement inébranlable à en garantir la sécurité.

En étant membres de l’Aipac, vous avez contribué à forger ce consensus bipartisan à soutenir et à défendre notre allié : Israël. Et je suis certain qu’aujourd’hui, à Capitol Hill, vous rencontrerez des membres du Congrès et que vous ferez passer le mot. Mais nous sommes ici pour bien davantage que la politique. Si nous sommes ici, c’est en raison des valeurs qui nous sont chères, et qui sont si profondément enracinées dans l’histoire d’Israël.

Regardez, simplement, ce qu’Israël a réussi à faire, en soixante ans. Sortant de décennies de lutte et au lendemain terrible de l’Holocauste, un pays a été forgé afin d’assurer un abri aux juifs dans tous les coins du monde – depuis la Syrie et l’Ethiopie jusqu’à l’Union soviétique.

Face à des menaces incessantes, Israël a triomphé. Face à un péril constant, Israël a prospéré. Dans un état d’insécurité constante, Israël a pérennisé un discours vivant et ouvert, et un engagement résilient à maintenir l’état de droit.

Comme n’importe quel Israélien vous le dirait, Israël n’est pas un pays parfait. Mais, comme les Etats-Unis, Israël donne un exemple à tout le monde en recherchant un futur plus parfait. Ces mêmes qualités existent en abondance chez les juifs américains.

C’est la raison pour laquelle (sic) les juifs américains sont si nombreux à se tenir aux côtés d’Israël, tout en contribuant à l’histoire américaine. C’est parce qu’il y a un engagement intrinsèque à la foi et à la tradition juives : un engagement envers la liberté et envers l’honnêteté ; envers la justice sociale et l’égalité des chances. Afin de « tikkun olam » : afin de réparer ce bas-monde.

Je n’oublierai jamais que je ne serais pas devant vous, ici, aujourd’hui, sans cet engagement. Dans les grands mouvements sociaux de l’histoire de notre pays, les Américains juifs et les Afro-Américains se sont toujours tenus épaule contre épaule. Ils ont pris les autobus ensemble, vers le sud. Ils ont manifesté ensemble. Ils ont versé leur sang ensemble. Et des juifs américains comme Andrew Goodman et Michael Schwerner ont voulu mourir avec un Noir – James Chaney – au nom de la liberté et de l’égalité.

Leur legs est notre héritage. Nous ne devons pas permettre que la relation entre les juifs américains et les Noirs américains puisse être atteinte. C’est un lien qu’il faut renforcer.

Ensemble, nous pouvons nous engager à nouveau à mettre un terme aux préjugés et à combattre la haine sous toutes ses formes. Ensemble, nous pouvons renouveler notre engagement envers la justice. Ensemble, nous pouvons élever la voix et, ce faisant, faire tomber les murailles, aussi épaisses soient-elles.

Cette action commune doit inclure notre engagement partagé envers Israël. Vous savez, nous savons, que nous ne devons pas nous contenter de rester bien tranquilles.

Le temps est venu d’être vigilant face à chaque ennemi, exactement de la même manière dont nous allons de l’avant à la recherche d’un avenir de paix pour les enfants d’Israël et pour tous les enfants.

Le temps est venu de nous tenir aux côtés d’Israël tandis qu’il est en train d’entamer le prochain chapitre de son Odyssée extraordinaire.
Le temps est venu d’unir nous forces, afin d’œuvrer à réparer ce monde !

Barak Obama n’a certainement jamais vu et entendu cette petite fille

Retranscription proposée par National Public Radio (NPR), 4 juin 2008
Source : http://www.npr.org/
Traduction : Marcel Charbonnier

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