900. Intervention du député UFP Mohamed El Moustapha O/ Bedreddine devant l’Assemblée Nationale, à l’occasion de la déclaration de politique générale présentée par le Premier Ministre le 27/12/2007

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Monsieur le président,
Monsieur le Premier Ministre,

En exposant la déclaration de politique générale de votre gouvernement l’année dernière, vous vous étiez engagés à réaliser les objectifs suivants :

• la consolidation de l’unité nationale et la lutte contre la pauvreté ;
• la réforme de l’Etat sur des bases saines ;
• l’ancrage de la culture démocratique ;
• la moralisation de la vie publique ;
• la relance de la croissance économique ;
• la promotion des ressources humaines ;

Si votre gouvernement a réalisé des progrès tangibles en matière de consolidation de l’unité nationale, à travers la décision présidentielle portant sur le retour des réfugiés, le règlement du passif humanitaire et la promulgation de la loi sur l’abolition des pratiques esclavagistes, aucun progrès n’a par contre été réalisé concernant les autres objectifs.
En effet, l’Etat a échoué à remplir ses fonctions régaliennes puisque le crime organisé, les agressions armées contre les biens des citoyens et de l’Etat, mais aussi le kidnapping, le viol de femmes paisibles, le trafic et l’acheminement de la drogue à l’intérieur comme à l’extérieur du pays, sans parler des meurtres et assassinats pour des raisons les plus banales sont désormais le lot quotidien des citoyens.

Plutôt que de réaliser des progrès en matière de lutte contre la pauvreté, votre gouvernement a échoué à faire face à la cherté de la vie et à la baisse du pouvoir d’achat des citoyens. Ainsi, les éleveurs ont vécu, au cours des derniers mois, des moments difficiles car, en plus de la disparition d’une partie de leur cheptel , les prix du bétail ont baissé de plus de 100% sans aucun effet en retour sur les prix de la viande ou des produits laitiers.

Les agriculteurs, qui ont pâti du retard dans la pluviométrie, ont fait face au refus de votre gouvernement de leur apporter une quelconque aide, même celles dérisoires que les gouvernements précédents avaient l’habitude de leur fournir et qui consistaient à les transporter en période d’hivernage vers leur terroir et à leur fournir des engrais.

Lorsque les prix des denrées de première nécessité ont monté en flèche, votre gouvernement, au lieu d’y faire face avec l’énergie requise, s’est montré incapable d’autre chose que de s’employer à justifier la catastrophe et à appeler les populations à s’y résigner. Il a fallu qu’une autre catastrophe survienne, provoquant les manifestations que l’on sait, avec leurs conséquences humaines et matérielles regrettables, pour que votre gouvernement réalise la gravité de la situation et tente d’entreprendre des palliatifs ; mais le programme d’urgence que vous avez présenté était, une fois encore, en deçà des attentes ; les montants mobilisés permettaient à peine de couvrir les besoins du pays, pour une période d’un mois, alors que le minimum vital réclamait au moins une couverture pour 10 mois.

Pour ce qui est des augmentations de salaires annoncées, elles se situent entre 2 et 6 % tandis que les hausses des prix s’élèvent à 10 à 43%.

Monsieur le Président,
Monsieur le Premier Ministre,
La corruption et la gabegie poursuivent leur emprise dévastatrice sous votre auguste gouvernement et les établissements publics continuent d’être à la merci des mauvais gestionnaires. C’est ainsi que la société Air Mauritanie est entrain de disparaître et que la SOMAGAZ, la SOMELEC et le Port Autonome de Nouakchott sont en état de déchéance. Plutôt que de faire face à la corruption comme vous vous y étiez engagés dans votre précédente déclaration de politique générale, en procédant à des audits de ces différentes sociétés, vous avez choisi de sanctionner les victimes en licenciant les cadres et employés d’Air Mauritanie qui ont lié leur destin et celui de leurs enfants depuis plusieurs décennies à cette société et qui se retrouvent aujourd’hui dans la rue, après avoir été pendant longtemps parmi les catégories privilégiées.
Quant à ceux qui ont été à l’origine de cette banqueroute d’Air Mauritanie et des multiples autres sociétés, ils été promis pour la plupart à des postes supérieurs et se trouvent aujourd’hui parmi les mieux lotis plutôt que d’être à leur place naturelle, c’est-à-dire la prison.
Les travailleurs d’Air Mauritanie ont rejoint l’armée des chômeurs aux cotés des diplômés chômeurs, des médecins et pharmaciens chômeurs, des anciens travailleurs de la société Mendez Junior et de centaines de milliers d’autres chômeurs. Si cette même politique est maintenue, ils seront prochainement rejoints par de nouveaux contingents de travailleurs de la SOMAGAZ, de la SOMELEC et de la SNIM.

Monsieur le président,
Monsieur le Premier Ministre,
Notre peuple mérite une meilleure politique que celle-là car la Mauritanie possède des potentialités matérielles et humaines qui le lui permettent.
Je vous suggère donc, Monsieur le Premier Ministre, d’organiser des journées de concertation sur la situation économique et sociale afin de faire un diagnostic à la lumière duquel seront définies les grandes lignes d’une politique à même de délivrer les citoyens des chaînes de la pauvreté, de l’ignorance et de la violence.

Je vous remercie

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