LA QUESTION PALESTINIENNE : QUOI DE NOUVEAU ?

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La situation au Moyen-Orient préoccupe le peuple mauritanien, les peuples arabes, les peuples musulmans et tous qui sont opposés à l’injustice, au diktat et à l’oppression. Les uns et les autres vivent la situation affligeante du peuple palestinien comme une tragédie. Les informations qui sont largement diffusées sont presque toujours unilatérales, du fait du contrôle des grandes puissances et de leurs alliés sur les médias. Nous nous préoccupons de lever, ne serait-ce qu’un tout petit peu, le voile pour faire entendre un autre son de cloche. En voici un qui a particulièrement retenu notre attention. Il s’agit d’une traduction non-officielle d’un article paru en anglais sous le titre : « The Palestinian question : What now ? »

LA QUESTION PALESTINIENNE : QUOI DE NOUVEAU ?
Par Mark Perry, Conflicts Forum, 18 juin 2007

Dans « Gaza : Un autre désordre made in USA » Tony Karon du Rootless Cosmopolitan, compare la défaite de Mohammad Dahlan, des forces de sécurité préventives, soutenues par les USA, à une intervention américaine antérieure, d’il y a plusieurs décades : le fiasco de la Baie des Cochons en 1961 (il s’agit du débarquement à Cuba, souligné par nous). Son analyse est brillante, mais, en vérité Karon pourrait avoir minimisé l’ampleur de la défaite – pour autant que c’est possible.

Fatah, le courant politique le plus prestigieux du mouvement national palestinien – le lieu de naissance de ses plus grands dirigeants – a été démoli. Mais la défaite du Fatah ne signifie pas la fin du Fatah – c’est simplement l’épilogue de qui est arrivé au mouvement ces deux dernières années. Le combat sanglant qui a pris fin la semaine dernière n’est pas, comme c’est largement rapporté, une guerre civile entre Hamas et Fath. C’est une épreuve de force entre la milice rémunérée d’un commandant du Fatah hautement impopulaire et les forces d’un mouvement uni et populaire qui a déjà défait incroyablement Fatah lors d’élections libres et équitables en janvier 2006.

Hamas n’est pas sans défauts, mais en dépit des comptes-rendus appuyés dans la presse américaine suggérant que Gaza est désormais sous l’emprise des « terroristes », Hamas a, en fait, su conserver sa popularité, tandis que Fatah est déchiré par ses divisions. À Gaza, comme Charles Levinson, le correspondant du Sunday Telegraph de Londres, l’a dit vendredi, dans son blog… « en comparaison à la semaine passée, les choses sont parfaitement calmes maintenant. Il semble que ceux qui m’écrivent nourrissent des craintes, maintenant que la situation est sous le contrôle de Hamas, mais la réalité est que la grande menace pour les étrangers et les journalistes ici n’est pas et n’a jamais été Hamas ».

Même sur la Rive Ouest (en Cisjordanie) où Fatah est plus fort, il y eût, il y avait, il y a encore de profondes désapprobations de la décision de Abou Mazen d’armer une milice dirigée par Fatah, de désigner Mohammad Dahlan comme son chef, d’avoir accepté son déploiement à Gaza, et de le soutenir dans sa confrontation avec Hamas. Les divergences ont conduit à des disputes véhémentes à l’intérieur du Comité Central de Fatah, dont la réunion la plus récente s’est tenue samedi. L’arrestation des dirigeants de Hamas sur la rive Ouest cette semaine, à la suite des événements de Gaza, aggrave simplement ces divisions.

Le point de vue, à partir de Washington, est tout à fait différent. Par exemple, dans le contrepoint à l’éditorial du Washington Post du vendredi dernier, on pourrait comprendre que « Hamastan » et « Fatahstine » (une séparation décrite dans les mêmes termes par de nombreux observateurs), auxquels Martin Indyk se refère, décrit ce que certains voient comme la fin d’un État, plutôt qu’une situation de facto dans les territoires palestiniens. Comme Daniel Levy l’écrit, « Le plan en cours est connu sous différentes appellations comme la promotion du Fatahland, contre la punition du Hamastan, ou la Rive Ouest d’abord, ou nourrir la Rive Ouest/affamer Gaza. Plus que tout, c’est l’expression de ceux qui, prenant leurs désirs pour des réalités, sont impatients d’annoncer l’effondrement du mouvement national palestinien.

La semaine dernière, plusieurs membres du Fath se sont mis de côté, effarés et furieux de voir leurs cohortes entraînées par les Américains défiler dans la Bande de Gaza (tout juste pour s’enfuir en toute vitesse) – tandis que les loyalistes du Fatah qui ne supportent pas Dahlan, continuent à travailler avec leurs homologues du Hamas. Une milice du Fatah a été défaite, mais il n’y a ni rangs, ni files de membres du Fath alignés contre des murs ou parqués dans des camps. Les journaux ne sont pas interdits et les magasins fermés. Personne ne dicte aux écoles ce qu’elles doivent enseigner et il n’y a pas de purge. Il n’y a pas une Révolution islamique mais simplement un parti politique qui essaie de se défendre contre la milice d’un seigneur de la guerre, qui n’a pas été élu et qui est soutenu par des pouvoirs étrangers. Non, la vie est en train de devenir normale, mais le peuple est en train de mieux respirer actuellement. L’instabilité et la violence qui ont marqué Gaza ces derniers mois ont disparu, dans une large mesure parce que les soldats des Services de la Sécurité Préventive ne sont plus là.

Cependant, «Fatahstine» n’est en ce moment, rien d’autre que le produit de l’imagination de Martin Indyk. L’année dernière, Hamas remporta la majorité – quelques fois la grande majorité – dans les principales villes de la Rive Ouest, lors des élections parlementaires. Hamas demeure encore fortement implantée dans ces villes. Ce n’est pas l’arrestation des activistes de Hamas sur la Rive Ouest, ordonnée simplement deux jours auparavant par Abou Mazen, qui convaincra les Palestiniens que ce qui est réellement arrivé à Gaza est un « coup de Hamas » – comme Washington le conçoit. L’argument que Hamas est en train de donner au peuple palestinien – selon lequel seuls les Israéliens et les obligés des Américains mettent les Palestiniens en prison – a de plus en plus d’impact au sein du peuple. Ce ne sont pas les Palestiniens auxquels les médias accordent plus d’attention mais ce sont ceux pour lesquels le peuple a de la considération.

Même si les activistes de Hamas dans la Rive Ouest sont submergés pour faire connaître leurs points de vue, ils ne sont pas isolés. Les dissidents à l’intérieur du Fatah, soucieux de se démarquer de Abou Mazen, expriment également une ligne plus indépendante : «Le programme américain n’est pas un programme destiné à créer un État palestinien, ou à promouvoir la démocratie – c’est pour une seule raison, et uniquement une raison, défendre Israël» a dit un activiste lors d’un meeting public à Ramallah le 15 juin. « Ceux qui, au sein de la direction palestinienne, sont d’accord sont appelés ‘modérés’ et ‘hommes de paix’, et ceux qui ne sont pas d’accord sont taxés de ‘terroristes’ et ‘alliés de l’Iran’ par les Américains. C’est un mensonge. »

Même le courant principal au sein des activistes de Fath, aigris par les manières de leurs riches dirigeants, considère que cette affection américaine pour ces ‘modérés’ du Fatah qui font la promotion pour la paix et reconnaissent Israël est une concession sans bénéfice tangible. Un activiste de Fatah, aujourd’hui à la retraite, l’a exprimé en ces termes : « Qu’avons-nous obtenu en contrepartie de la reconnaissance d’Israël, tous les jours, quand nous levons les yeux, il y a une nouvelle colonie et nos dirigeants ne font rien contre cela. »

Ce qu’il y a de choquant au sujet des derniers événements à Gaza ce n’est pas le sang versé – quoique cela soit suffisamment choquant – ou même la victoire décisive de Hamas (qui aurait pu être prédite), mais le manque total d’embarras du côté de la Maison Blanche. La seule exception semble être le Lieutenant Général Keith Dayton, coordinateur de la sécurité américaine sur la Rive Ouest et Gaza – il a systématiquement refusé de répondre aux appels des reporters jusqu’à ce que les événements de Gaza en arrivent à leur fin inévitable. Il devrait certainement être dans l’embarras, dans la mesure où il décrit sa requête comme « une tentative de rétablir la loi et l’ordre. » Il n’apparaît pas non plus que Elliott Abrams ou d’autres membres du staff du Conseil National de Sécurité aient même été vaguement perturbés. Bien au contraire, les événements de Gaza montrent que la voie suivie est d’en faire davantage, dans la même direction. « Ils vivent dans un univers parallèle là-bas », dit un collègue de Washington. « Ils sont dans leur propre bulle. Ils pensent certainement avoir remporté une grande victoire. »

Abou Mazen peut dissoudre le gouvernement unitaire palestinien, mais il reste mal à l’aise avec la tournure des événements à Gaza. Il n’est ni persuadé que Hamas a tenté un coup d’État, ni qu’il faille concéder que l’avenir de la Palestine dépend des promesses américaines. Les Etats-Unis ont déclaré qu’il vont le soutenir. Ils ont déclaré qu’avec Salam Fayyad aux commandes d’un gouvernement sans Hamas, les Etats-Unis et l’Union Européenne vont lui apporter un soutien économique constant, pour la reconstruction des infrastructures, la promotion des affaires et permettre au Fatahstine de devenir une terre prospère gouvernée par des Palestiniens disposés à vivre en paix avec leurs voisins. En retour – selon les promesses américaines – Israël sera soumis à des pressions pour démanteler ses avant-postes, enlever ses postes de contrôle et ses barricades qui constituent une humiliation quotidienne pour des millions de Palestiniens. Israël le fera-t-il ? Ils l’affirment– mais personne ne le croit.

Et il en sera ainsi. Les Etats-Unis ne tiendront pas leurs promesses. De la monnaie va s’écouler mais pas suffisamment. Le peu qui sera disponible sera dépensé inconsidérément. Israël enlèvera quelques avant-postes, mais seulement quelques-uns, et les colonies continueront à s’étendre, les routes de colonisation continueront à être construites, et les Palestiniens continueront à mourir. Les Israéliens mourront également. Une garde palestinienne de sécurité sera entraînée et marchera élégamment dans les rues de Ramallah. S’il lui arrivait d’échanger des coups de feu avec une milice conduite par Hamas, elle sera juste tout aussi élégamment défaite. Et s’il y a une élection dans « Fatahstine », Hamas l’emportera, tandis qu’à la Maison Blanche Tony Snow dira comment tous ses résultats ont été orchestrés de Téhéran. Et dix-neuf mois plus tard, durant la période de déclin de l’administration Bush, avec la politique étrangère américaine en lambeaux – Elliott Abrams et Keith Dayton se tiendront fièrement debout aux côtés d’un Président Bush souriant, pendant qu’il les honore en tant que derniers récipiendaires de la médaille de la liberté.

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