Une enquête franco-espagnole le révèle

0
226

Le lien entre les filières de trafic de drogue et les réseaux terroristes vient d’être confirmé avec les dernières conclusions de l’enquête franco-espagnole menée au lendemain des attaques de mars 2004 à Madrid. Les Renseignements généraux (RG) français et le Centro National de Iteligencia espagnol, qui avaient découvert à cette époque que les kamikazes avaient obtenu des explosifs contre d’importantes quantités de haschisch, ont conclu, après plus de deux ans d’enquête, que le trafic de drogue, notamment le cannabis en provenance du Maroc, est la source de financement des activités terroristes.

Le journal britannique The Observer, qui a rapporté l’information, a précisé, dans son édition d’hier, que l’Espagne est devenue le point de transit le plus important de drogues provenant du Maroc à destination du continent européen. Le financement des activités terroristes ne se limite plus au trafic de haschisch, affirme le journal selon lequel il existe des preuves montrant que les réseaux latino-américains utilisent désormais les côtes occidentales de l’Afrique pour convoyer de la cocaïne vers l’Europe.

Ces réseaux, poursuit The Observer, préfèrent utiliser les côtes les plus proches de l’Europe, en l’occurrence celles du Maroc. Selon de récents rapports, les réseaux colombiens, confrontés à un contrôle américain de plus en plus strict, auraient établi des contacts avec les réseaux marocains, expérimentés. Les mêmes rapports mettent en garde contre la convergence des intérêts des réseaux de trafic de drogues avec ceux des réseaux de trafic d’armes et des réseaux terroristes, qui pourrait représenter un danger réel pour la sécurité de la région. El Periodico, quotidien espagnol, a également rapporté, dans son édition de la semaine dernière, qu’«Al Qaïda au Maghreb s’est lancée dans le trafic de drogue et de cocaïne» pour se financer.

Selon le journal catalan, des sources proches des forces de sécurité expliquent qu’elles ont constaté que «les éléments du Groupe salafiste pour la prédication et le combat [GSPC] achetaient en Espagne des paquets de cocaïne et des comprimés psychotropes pour les revendre en Algérie où les prix sont 10 fois plus élevés que dans l’Union européenne, en raison de leur rareté». Ces psychotropes inondent «le marché marocain» et sont facilement acheminés par des filières vers la frontière algéro-marocaine.

Toujours selon le journal espagnol, chaque groupe terroriste dans les pays du Maghreb ou de l’Europe, regroupés tous sous la houlette d’Al Qaïda, a ses propres méthodes de recherche de sources financières. Des investigations menées conjointement par les polices espagnole, suisse, italienne et française ont permis la mise à nu des méthodes de financement des groupes terroristes dans ces pays. Pour l’Espagne, ce sont les vols, la mendicité et le trafic de stupéfiants. Les hold-up en Suisse et la fraude fiscale en Italie. Les Marocains, outre le trafic de haschich, se seraient spécialisés dans le vol et le recel de tous types de matériel informatique ou de nouvelles technologies comme le GPS, les téléphones mobiles de dernière génération et les agendas portables.

Ce matériel est, le plus souvent, revendu au Maroc ou en Espagne. «Ceux qui volent remettent le matériel à un expert faisant partie du réseau radical, qui est chargé de le revendre. Parfois, ces équipements sont envoyés à leurs commandos en Algérie ou au Maroc qui l’utilisent localement», est-il affirmé dans les derniers rapports d’enquête. Cette économie souterraine qui contribue à gonfler la part de l’informel constitue donc une vraie menace dont il devient urgent de mesurer le poids réel, de connaître les mécanismes d’organisation et d’articulation et d’évaluer les menaces sur la sécurité non seulement du pays qui l’abrite mais celle de toute la région.

Il faut rappeler la saisie, dernièrement, par la marine marocaine, d’importantes quantités de drogues près de Nador ainsi que celle par les gardes-côtes espagnols de 4,3 tonnes de cannabis traité en provenance du Maroc. Sans oublier la découverte, il y a quelques semaines, de plantations d’opium, une drogue forte d’origine asiatique, dans deux régions du Sud-Ouest algérien. Avec l’arrestation, il y a deux jours, de terroristes libyens à Alger, il n’y a plus aucun doute quant à la connexion entre les groupes d’Al Qaïda au Maghreb et entre ces derniers et les cartels de trafic de drogue maghrébins et latino-américains.

Hasna Yacoub
La Tribune (Algiers)

Source : AllAfrica.com

Laissez une réponse

Please enter your comment!
Please enter your name here