Opérer le changement attendu ou disparaître

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Porté comme le futur Premier ministre à partir de la date de son ralliement discrètement négocié au prix d’or entre les deux tours de scrutin présidentiel au candidat Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallahi – si celui-ci- l’emportait- Zeine Ould Zeidane s’est comporté comme tel et comme un ayant droit depuis la confirmation officielle de son idolâtré politique comme Président de la République. Les observateurs, les journaux et les sites électroniques se sont relayés l’information qui n’était plus un secret pour personne en raison des incessants va-et-vient de l’ex argentier entre son état-major politique et celui du Président élu.

Le décret présidentiel certifiant la nomination de Zeine Ould Zeidane comme Premier ministre chargé de la formation du futur gouvernement n’a donc pas surpris l’opinion publique nationale (l’opinion internationale lui étant acquise de facto) qui s’est trouvée depuis quelques jours préparée à une décision irréversible de l’homme devant incarner le changement et le consensus.

Maintenant que cette nomination est confirmée, elle reste relativement très controversée en raison de plusieurs facteurs qui créditent ou compromettent son auteur aux yeux de l’opinion publique et des acteurs politiques.

Atout politique

En nommant Zeine Ould Zeidane Chef du Gouvernement, le Président de la République ne fait que s’acquitter fidèlement de sa dette (un accord politique entre les deux hommes) envers l’un de ses puissants et malheureux rivaux au premier tour de l’élection présidentielle dont le ralliement a été décisif pour réconforter considérablement ses chances de l’emporter sans trop de peine au second tour.

En effet, avec plus de 15% des suffrages favorables, l’ex argentier est arrivé à se positionner à la troisième place ; ce qui lui a valu l’honneur d’être très courtisé par les deux finalistes de la présidentielle du 25 mars dernier. A l’époque, Zeine avait parlé de deux audiences qu’il avait accordées aux deux candidats du second tour et estimé avoir négocié particulièrement avec Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallahi, qui selon lui avait montré de grandes dispositions à prendre en considération son programme électoral et son implication dans la gestion des affaires de l’Etat s’il est élu.

Atout de la jeunesse

« Si vieillesse pouvait, si jeunesse savait ». Cet adage colle parfaitement au panorama qu’offre aujourd’hui aux mauritaniens le Président de la République et son tout nouveau Chef du gouvernement. Le Premier sait tout et sa clarté d’esprit, son intégrité et sa sagesse le prédisposent à porter son choix sur la personne la mieux appropriée pour matérialiser sa volonté de changement de consensus dont il n’a pas toute la force de faire en solo. Le second est un jeune à l’âge des meilleurs rendements dont le bagage intellectuel, l’expérience et la disposition à compléter l’action de son supérieur hiérarchique dans l’intérêt général du pays lui confèrent les facultés de bien réaliser de bonnes choses, dont celles qui brouillaient dans sa tête en raison de son jeune âge.

Autres atouts

La Mauritanie ne désemplit pas de cadres intellectuels aux compétences énormes. Mais la race des économistes et financiers expérimentés y est très rare. Par ailleurs, le défaut qu’on peut prêter à ces cadres c’est leur lecture incorrecte et simpliste des statistiques socioéconomiques portant sur le train de vie général du pays sur tous les plans par rapport aux progrès de la communauté internationale. Pour que la Mauritanie puisse véritablement situer ses besoins, ses potentiels et ses aspirations, il ne lui faut surtout pas des docteurs en lettres, mais surtout des économistes très rodés au monde de la coopération avec le reste du monde dont les ministères des finances, des affaires économiques et du développement ainsi que des organismes internationaux regorgent.

Toute cette élite composée de jeunes, de hauts cadres et intellectuels a été celle à l’origine de cette fulgurante montée en puissance du jeune ex argentier Zeine Ould Zeidane lors de la dernière élection présidentielle. Elle sera sans aucun doute mise à contribution pour mettre le pays sur le chemin de la croissance multiple dans tous les domaines. Ceci dit Zeine Ould Zeidane doit aussi faire preuve de grande vigilance et surtout opérer le changement attendu ou disparaître.

Opérer le changement attendu ou disparaître

Zeine Ould Zeidane est sans aucun doute conscient de la lourde mission dont il est chargée pour compléter le très beau décor attendu à travers la naissance imminente d’une Mauritanie réconciliée, juste et développée qui profilait avant sa nomination et qui de cette dernière ne doit pas souffrir. Cette perspective retenue, tout le reste fait partie du passé et peut-être définitivement relégué aux oubliettes si des actions gouvernementales dignes d’un Premier ministre irréprochable sont entreprises.

Zeine Ould Zeidane peut bien être cet homme. Rien ne lui manque pour faire l’unanimité politique autour de lui, dés lors où il se fait la conviction d’œuvrer pour le bien-être de son pays. « Opérer le changement attendu ou disparaître », cette alternative colle parfaitement au tout nouveau Premier ministre. En effet, dans sa mission Zeine Ould Ziedane ne peut pas occulter les conditions imposées par son Patron ; lequel soucieux des priorités du changement et du consensus ne lui accorderait jamais carte blanche s’il ne s’applique à la réalisation des aspirations populaires.

Combien Zeine pourra t-il tenir ?

Pour pouvoir rester aussi longtemps que possible, surtout clore le mandat présidentiel de son Chef M. Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallahi, Zeine Ould Zeidane aura tout d’abord intérêt à laisser l’idée de créer son parti jusqu’au moment où il sera libéré de tout engagement public de haut niveau. Ce profil lui permettra de traiter tous les acteurs politiques sur le même pied d’égalité et surtout une crédibilité supplémentaire en raison des ses grandes facultés économiques et financières. Il lui faut aussi tout coordonner avec son Patron jusqu’au moindre détail ; ce dernier étant responsable en premier de tout ce qui arrive, ne supportera pas d’être entraîné dans la boue par des décisions népotismes, clientélistes ou autres.

Le mythe Zeine Ould Zeidane pourra aussi s’écrouler très vite si le tout nouveau Premier ministre n’opère en toute indépendance ( à l’exception du Président), loin des lobbys, des cercles tribaux, régionaux et idéologiques dans le seul intérêt du pays.

S’il le faut, Zeine pourra t-il démissionner ?

Le Premier Zeine Ould Zeidane a démissionné du poste très convoité de Gouverneur de la Banque Centrale de Mauritanie, rien que pour contribuer à la construction politique du pays. Une démission difficile que les mauritaniens ont qualifié de stupide au vu du poste juteux que les auteurs du changement du 3 août 2005 n’ont pu lui confisquer. Les partenaires au développement étant satisfaits de son travail et ont eux aussi regretté son départ. C’est dire que pour être égal à lui-même, Zeine Ould Zeidane doit aussi servir de contre-pouvoir réel à son Président. D’une part, il comblera le vide laissé par la non participation de l’opposition traditionnelle à l’exécutif et d’autre part il s’érigera en modèle d’homme inflexible quand il s’agit de préserver les intérêts suprêmes du pays.

Mohamed Ould Mohamed Lemine

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