L’Edito du Psy : les relations sino-africaines

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Vaste tournée du Président chinois, larges promesses financières, aide au développement, investissements massifs dans les infrastructures pétrolières, « désintéressement » politique, les Africains pouvaient-ils espérer mieux ? Mais, s’interroge notre psychanalyste et chroniqueur Jean-Luc Vannier, combien de temps durera la lune de miel avec une mariée si belle ?

La Chine s’intéresse – c’est un euphémisme – à l’Afrique. D’autres nations l’avaient fait avant elle. Sans parler de la France qui pour des raisons historiques – coloniales diraient ses détracteurs – la considérait il y a encore quelques décennies comme son pré-carré. Sous le mandat de Bill Clinton, les Etats-Unis y ont également tenté leur chance. On se souviendra du voyage de la Secrétaire d’Etat Madeleine Albright et de sa formule lancée aux responsables africains « Trade not aid » (du commerce pas des dons) avec laquelle l’Amérique espérait reconquérir sa place en stimulant les échanges économiques. On sait le peu de succès qu’il en advint. A la fin des années quatre-vingt, le Japon s’est également efforcé de créer une dynamique commerciale spécifique dans cette direction. L’Ambassade du Japon à Paris avait installé un bureau spécialement dédié aux affaires africaines, estimant sans doute être en mesure de bénéficier des voies et clefs d’accès offerts par sa présence dans la capitale française. La Chine serait-elle en train de réussir là où d’autres ont échoué ?
La tournée africaine du Président chinois Hu Jintao a fait rêver les Africains comme elle a inquiété les puissances occidentales. Avec un programme de trois milliards de dollars de crédits préférentiels sur trois ans dont un plan de doublement de l’aide publique et des prêts à taux zéro, le président chinois remplit déjà une large partie des promesses annoncées lors du sommet Chine-Afrique de novembre dernier à Pékin. Les exportations africaines de matières premières, domaine dans lesquelles la croissance chinoise à deux chiffres semble la rendre insatiable, ont été multipliées par douze en valeur depuis six ans. Le commerce entre la Chine et l’Afrique est aujourd’hui cinq fois plus élevé qu’en 2001, avec des échanges frôlant les cinquante-six milliards de dollars. La longue liste des engagements pris par Pékin ne peut que susciter l’attention occidentale. Après tout, la Chine va consentir des prêts ou des remises de créances à des pays largement endettés, objets de délicates négociations entre créanciers publics du Club de Paris…dont l’Empire du milieu ne fait pas partie. Avec des investissements chinois sur le continent noir en hausse de 327 % en l’espace des deux dernières années, les inquiétudes des clients traditionnels de l’Afrique ne sont pas forcément infondées.
L’absence officielle de conditions politiques permet à la Chine d’apparaître comme un partenaire désintéressé. « La Chine n’a pas l’intention de répéter les prouesses des colonialistes occidentaux » ont martelé les responsables chinois à chacune de leurs étapes sur le Continent. Encore faut-il passer sous silence le souhait discrètement émis par le président Hu Jintao à ses homologues de ne pas nouer – ou de rompre – les relations avec Taïwan tout en les invitant à suivre les consignes de vote chinoises à l’Assemblée des Nations Unies et à la Commission des droits de l’homme. Tout a un prix.
Les nations qui n’ont pas réussi leur implantation durable en Afrique pourront toujours jouer les Cassandre et annoncer la déroute chinoise en raison de la corruption des élites et de l’instabilité politique qui minent in fine tout espoir de retour sur investissements. Mais la Chine n’est pas l’Occident. En Afrique, elle fait venir des populations asiatiques qu’elle emploie comme une main d’œuvre encore meilleur marché que les travailleurs africains. Les produits manufacturés sur place de même que les emplois de proximité pourraient également se trouver à terme menacés par la « déferlante » chinoise, voire créer des tensions sociales comme en Zambie. Sans parler des investissements dans les infrastructures pétrolières dans des pays peu respectueux des droits humains comme le Soudan où la Chine se refuse à jouer de son influence. Les critères de bonne gouvernance économique – on ne parlera même pas du politique – émergent à peine dans les discours du Parti Communiste Chinois. Washington vient d’ailleurs de porter plainte auprès de l’Organisation Mondiale du Commerce contre Pékin, membre de l’OMC depuis 2001. Les subventions étatiques pratiquées par la Chine à ses industries, les problèmes de quota dans le domaine du textile et la question de la valeur du yuan – la monnaie chinoise – en constituent les principaux griefs. Nombreux sont les Etats membres de l’OMC qui considèrent que la Chine a beaucoup reçu de cette adhésion pour laquelle elle a, en revanche, tres peu donné.
Le Président du Nigeria, pays le plus peuplé d’Afrique et aussi premier producteur de pétrole du continent, a lancé au Président chinois lors d’un dîner officiel : « Nous souhaiterions que la Chine dirige le monde… et dans ce cas nous voulons juste être derrière vous ». On aurait cru que l’expérience africaine aurait permis à ses dirigeants de tirer les leçons du passé : Etre fort pour avoir des amis. Etre faible n’attire en général que des « protecteurs ».

par JL Vannier

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